Lorsque nous posons cette question aux différentes communautés chrétiennes, nous entendons généralement deux réponses, qui semblent contradictoires :
Les catholiques, les orthodoxes et certains protestants historiques répondent : « Oui, Marie est restée toujours vierge. »
Les baptistes, les pentecôtistes, la grande majorité des évangéliques et les Témoins de Jéhovah, pour ne citer qu'eux, répondent : « Non. Marie était mariée à Joseph; ils ont eu une vie conjugale normale et d'autres enfants. »
Cet article propose donc d'examiner les arguments des uns et des autres à partir de la Bible. Nous verrons ensuite ce qu'enseignaient les Pères de l'église des Ier et IIe siècle sur cette question, puis comment la croyance en la virginité perpétuelle de Marie a été comprise au cours des siècles.
1. Les arguments Bibliques de ceux qui nient la virginité perpétuelle de Marie.
La sola Scriptura
A savoir : Les cinq solas sont cinq formules latines qui résument les grands principes de la réforme Protestante du XVIème siècle. Le mot sola signifie « seul » ou « seulement ». Les solas cherchent à définir sur quoi repose le salut et l'autorité chrétienne : On distingue traditionnellement la sola fide (« la foi seule »), la sola gratia (« la grâce seule »), solus Christus (« Christ seul »), soli Deo gloria (« à Dieu seul la gloire »), et enfin sola Scriptura (« L'Ecriture seule »).
Celui qui nous intéresse ici est le principe de la sola scriptura. Dans sa formulation classique, il signifie que la Bible est l'autorité suprême pour établir une doctrine chrétienne. Autrement dit, l'Ecriture est considérée comme l'autorité normative ultime, au-dessus des traditions humaines, des décisions ecclésiastiques ou des autorités religieuses.
Ceci étant posé, lorsque nous examinons les textes bibliques qui évoquent la famille de Jésus, nous constatons qu'aucun verset n'affirme explicitement que Marie est restée vierge toute sa vie.
Au contraire, plusieurs passages peuvent être lus comme indiquant que Jésus avait plusieurs frères et sœurs :
Matthieu 13,55-56 « N'est-il pas le fils du charpentier? N'est-ce pas Marie qui est sa mère? Jacques, Joseph, Simon et Jude ne sont-ils pas ses frères? Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes parmi nous? »
Pris littéralement, ce verset est explicite : on parle de la famille de Jésus, quatre frères sont nommément cités ainsi que des sœurs (donc il y en a au moins deux). Cela constitue une fratrie d'au moins sept personnes.
Matthieu 1,24-25 « Joseph donc étant réveillé de son sommeil, fit comme l'ange du Seigneur lui avait commandé, et il prit sa femme. Mais il ne la connut pas jusqu'à ce qu'elle eût enfanté son fils premier-né, et il lui donna le nom de Jésus. »
Dans ce passage, « connaître » est un euphémisme biblique pouvant désigner les relations sexuelles. Le texte affirme donc que Joseph n'eut pas de relations conjugales avec Marie jusqu'à la naissance de Jésus.
En Français, la formulation peut naturellement donner l'impression qu'un changement intervient après cette naissance. C'est d'ailleurs ainsi que le passage est souvent compris par ceux qui nient la virginité perpétuelle de Marie.
Luc 2,22-23 « Quand la période de leur purification prit fin, conformément à la loi de Moïse, Joseph et Marie l'amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur suivant ce qui est écrit dans la loi du Seigneur : Tout mâle premier-né sera consacré au Seigneur. »
Là encore, Jésus est littéralement décrit comme le premier-né d'une fratrie.
Galates 1,18-19 « Trois ans plus tard, je suis monté à Jérusalem pour faire la connaissance de Pierre, et je suis resté quinze jours chez lui. Mais je n'ai vu aucun autre apôtre, si ce n'est Jacques, le frère du Seigneur. »
Dans ce passage, c'est l'apôtre Paul qui parle, et il reconnaît au moins un frère à Jésus : Jacques.
Les contres arguments à la sola Scriptura
Comme nous venons de le voir, si l’on prend les passages concernant les frères et sœurs de Jésus dans leur lecture la plus immédiate, ils semblent indiquer que Jésus appartenait à une famille nombreuse.
Cependant, les catholiques et les orthodoxes proposent plusieurs arguments pour expliquer ces textes autrement. Examinons les à présent.
Matthieu 13,55-56 : qui sont les « frères » de Jésus?
Dans ces versets, le mot grec employé pour « frère » est adelphos. Or, ce terme peut désigner un frère au sens strict, mais également, dans certains contextes, un proche parent ou une personne appartenant à la même communauté.
L’argument avancé par les défenseurs de la virginité perpétuelle est que Jésus et les premiers chrétiens évoluaient dans un environnement sémitique largement araméophone, dans lequel les termes de parenté pouvaient avoir un champ sémantique plus large qu’en français moderne.
Un exemple souvent cité se trouve en Genèse 13,8. Abraham dit à Lot :
« Qu’il n’y ait pas de querelle entre moi et toi, ni entre mes bergers et tes bergers, car nous sommes frères. »
Or Lot est le fils de Haran, le frère d’Abraham. Lot est donc le neveu d’Abraham.
Le texte hébreu emploie ici le terme ’āḥ, « frère », qui peut avoir un sens plus large que celui de frère biologique. La Septante traduit ce terme par adelphos.
Cela montre donc que adelphos peut, dans certaines circonstances, désigner une relation familiale plus large qu’une fraternité biologique.
Mais l’argument possède une limite importante.
Le grec ancien dispose également d’un terme spécifique pour désigner un cousin : anepsios. On le trouve notamment en Colossiens 4,10, où Paul parle de Marc comme du « cousin (anepsios) de Barnabas ».
Si les « frères » de Jésus étaient réellement ses cousins, il était donc théoriquement possible pour un auteur grec d’employer anepsios.
L’argument en faveur des cousins n’est donc pas impossible, mais il ne peut pas être démontré simplement à partir de l’existence d’un usage élargi de adelphos. Il faut encore expliquer pourquoi les évangélistes auraient choisi adelphos plutôt que anepsios.
Matthieu 1,24-25 : que signifie « jusqu'à »?
En français, le mot « jusqu’à » peut naturellement suggérer qu’une situation change après le moment indiqué.
Par exemple, si je dis : « Je n’ai pas mangé jusqu’à midi », on comprend généralement que j’ai mangé après midi.
Cependant, le terme grec heōs (« jusqu’à ») ne signifie pas nécessairement qu’un changement de situation intervient ensuite.
Un exemple célèbre se trouve dans le Psaume 110,1 (version grecque de la Septante) :
« Le Seigneur a dit à mon Seigneur : "Assieds toi à ma droite, jusqu’à (heōs) ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied." »
Or, le règne du Messie ne cesse évidemment pas une fois ses ennemis vaincus. Le « jusqu’à » ne signifie donc pas nécessairement que le Messie cessera ensuite d’être assis à la droite de Dieu.
Ainsi, le fait que Joseph « ne connut pas » Marie jusqu’à la naissance de Jésus ne permet pas, à lui seul, de démontrer qu’il eut ensuite des relations conjugales avec elle.
Le passage affirme clairement la virginité de Marie avant la naissance de Jésus, mais il ne tranche pas explicitement la question de ce qui s’est passé après.
Luc 2:22 et 23 : Jésus est-il nécessairement le premier de plusieurs enfants?
Le terme « premier-né » peut sembler, à première lecture, impliquer qu’un autre enfant est né ensuite.
Mais dans le contexte biblique, le premier-né possède également un statut juridique et religieux.
Exode 13,2 ordonne :
« Consacre moi tout premier-né : tout premier-né parmi les Israélites, qu’il soit homme ou animal, m’appartient. »
Le terme hébreu pour premier né est bekhor et il désigne le premier enfant mâle qui « ouvre la matrice ». Ce statut ne dépend pas du fait qu’un autre enfant naisse ultérieurement.
Un exemple particulièrement intéressant nous vient d’une inscription funéraire juive découverte à Tell el-Yehudiyeh, en Égypte. Elle concerne une femme nommée Arsinoé, morte en couches en donnant naissance à son premier enfant. L’épitaphe indique qu’elle mourut alors qu’elle mettait au monde son « premier-né ». Elle n’a donc manifestement pas eu d’enfant après celui-ci, mais son enfant est néanmoins désigné comme son « premier-né ».
Cette inscription constitue donc un exemple extra biblique intéressant : le terme « premier-né » pouvait désigner le premier enfant sans impliquer qu’il y en ait nécessairement d’autres par la suite.
Ainsi, lorsque Jésus est appelé « premier-né » de Marie, le terme ne suffit pas à démontrer que Marie eut d’autres enfants.
Jésus est celui qui « ouvre la matrice » de Marie et possède donc le statut de premier-né, qu’il ait eu ou non des frères et sœurs plus jeunes.
2. Les arguments Bibliques de ceux qui croient en la virginité perpétuelle de Marie.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, certains passages bibliques peuvent être lus comme compatibles avec l’idée que Marie n’a pas eu d’autres enfants.
Contrairement aux textes précédemment examinés, ces passages ne constituent cependant pas des affirmations explicites de la virginité perpétuelle. Ils demandent davantage d’interprétation.
Marc 3,21 : la famille de Jésus vient le chercher
Marc 3,21 rapporte :
« Lorsqu'ils l'apprirent, les gens de sa famille vinrent pour se saisir de lui, car ils disaient : "Il a perdu la raison."»
Ce passage mérite que l’on s’y attarde.
D’après les récits de l’enfance, Marie avait reçu la visite de l’ange Gabriel, qui lui avait annoncé qu’elle concevrait miraculeusement un enfant par l’action du Saint-Esprit, que celui-ci serait appelé « Fils du Très-Haut » et qu’il régnerait pour toujours (Luc 1,26-38).
Joseph, de son côté, reçoit également en songe l’annonce de l’origine divine de l’enfant (Matthieu 1,20-23).
Marie se rend ensuite chez Élisabeth, qui, sous l’inspiration de l’Esprit Saint, reconnaît en Jésus le « Seigneur » et proclame Marie « bénie entre les femmes » (Luc 1,41-45).
Si les personnes présentées dans les Évangiles comme les « frères » de Jésus étaient ses propres frères, nés de Marie et élevés avec lui, on pourrait donc s’attendre à ce qu’ils aient été informés de son identité particulière et de sa mission.
Pourtant, durant le ministère public de Jésus, ses proches semblent parfois ne pas comprendre son comportement.
Marc 3,21 est particulièrement intéressant dans ce contexte : des membres de sa famille viennent pour se saisir de lui, estimant qu’il a perdu la raison. Le texte ne précise pas explicitement que les personnes venues se saisir de Jésus étaient ses frères. Cependant, certains versets nous laisse penser que c'était bien eux. (Jean 7,3-5 par exemple, que l'on abordera juste après).
On pourrait évidemment répondre que Marie et Joseph ont pu choisir de ne pas révéler à leurs autres enfants tous les événements extraordinaires entourant la naissance de Jésus. On peut également imaginer qu’avec les années, certains éléments aient été oubliés ou interprétés différemment.
Il faut cependant reconnaître que le comportement des « frères » de Jésus demeure difficile à concilier, à première vue, avec l’idée qu’ils auraient grandi depuis leur enfance aux côtés d’un frère dont ils connaissaient parfaitement l’identité messianique.
Cela constitue donc un élément intéressant en faveur de l’hypothèse selon laquelle les « frères » de Jésus pourraient être des demi-frères ou des membres de sa parenté élargie.
Mais il faut rester prudent : ce passage ne prouve pas à lui seul qu’ils n’étaient pas les enfants de Marie.
Jean 7,3-5 : Les frères de Jésus ne croient pas en lui
« Ses frères lui dirent: "Pars d'ici et va en Judée afin que tes disciples voient aussi ce que tu fais. Personne n'agit en secret, s'il cherche à être connu. Puisque tu fais ce genre de choses, montre toi au monde!" En effet, ses frères non plus ne croyaient pas en lui. »
Nous avons déjà évoqué le caractère surprenant du fait que les frères de Jésus ne croyaient pas en lui. Mais un autre élément mérite ici notre attention : le ton de leurs paroles, qui peut être compris comme ironique ou provocateur.
Ils ne croient pas en lui, alors ils lui lancent une sorte de défi : s’il accomplit réellement de grandes œuvres, pourquoi ne pas se montrer publiquement ?
Là encore, ce passage soulève une question : si les frères de Jésus avaient grandi avec lui depuis leur enfance et avaient été témoins, ou informés, des circonstances extraordinaires entourant sa naissance, leur attitude peut paraître surprenante.
Certains défenseurs de la virginité perpétuelle y voient donc un argument indirect en faveur de l’idée selon laquelle ces « frères » n’auraient pas grandi avec Jésus comme ses frères cadets.
Toutefois, cet argument demeure indirect. Le fait que les frères de Jésus ne croient pas en lui ne permet pas, à lui seul, de déterminer avec certitude leur lien de parenté avec Marie.
Ezéchiel 44,1-2 : Marie, la porte orientale?
« Puis l'homme m'a ramené du côté de l'entrée extérieure du sanctuaire qui était orientée vers l'est, mais elle était fermée. Alors l'Eternel m'a dit : "Cette entrée restera fermée. Elle ne s'ouvrira plus et plus personne n'y passera, car l'Eternel, le Dieu d'Israël, est entré par là. Elle restera fermée. »
Dans ces versets, une porte du Temple demeure fermée parce que l’Éternel est passé par elle.
Les défenseurs de la virginité perpétuelle de Marie ont vu dans ce passage une image symbolique de la Vierge. Puisque le Verbe de Dieu s’est fait chair et est venu au monde par Marie, la « porte orientale » devient une image de sa virginité.
Cette interprétation est notamment défendue à partir du IVe siècle. Ambroise de Milan écrit ainsi :
« Marie est la porte orientale. Elle est restée fermée, parce que le Christ est passé par elle. »
(Expositio Evangelii secundum Lucam, II, 7)
Jérôme et Grégoire de Nysse développeront également des interprétations similaires.
Il faut cependant admettre que, malgré son intérêt théologique et symbolique, cette interprétation constitue une lecture typologique du passage et non une preuve exégétique directe de la virginité perpétuelle de Marie.
Jean 19,25-27 : « Femme, voici ton fils. »
« Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère, la sœur de sa mère, Marie la femme de Clopas et Marie de Magdala. Jésus vit sa mère et, près d'elle, le disciple qu'il aimait. Il dit à sa mère: "Femme, voici ton fils." Puis il dit au disciple: "Voici ta mère." Dès ce moment là, le disciple la prit chez lui. »
Ces versets comptent parmi les plus souvent utilisés dans le débat sur la virginité perpétuelle de Marie.
Jésus est en train de mourir. Il sait qu’il va ressusciter et retourner auprès du Père. Il confie donc sa mère au disciple qu’il aimait afin que celui-ci prenne soin d’elle.
Pour les défenseurs de la virginité perpétuelle, cette scène soulève une question importante : si Marie avait eu d’autres fils biologiques, pourquoi Jésus la confierait-il à Jean plutôt qu’à ses propres frères ?
Dans la culture juive de l’époque, la prise en charge des parents constituait un devoir moral et religieux important. Le commandement d’honorer son père et sa mère impliquait notamment de veiller à leurs besoins.
Jésus lui-même reproche aux pharisiens de permettre à certains de déclarer leurs biens corban, c’est-à-dire consacrés à Dieu, afin d’éviter d’utiliser ces ressources pour soutenir leurs parents (Marc 7,9-13).
Ainsi, le fait que Jésus confie sa mère à Jean peut être interprété comme un argument en faveur de l’idée qu’elle n’avait pas d’autres fils susceptibles de s’occuper d’elle.
Ceux qui répondent à cet argument soulignent généralement que les frères de Jésus ne croyaient pas encore en lui à ce moment-là, tandis que Jean était l’un de ses disciples fidèles. Jésus aurait donc pu confier Marie à un disciple croyant plutôt qu’à ses propres frères.
Cette réponse est possible. Mais elle soulève elle aussi une question : le fait que les frères de Jésus ne croient pas encore en lui suffit-il à expliquer pourquoi leur mère serait confiée durablement à une personne extérieure à la famille ?
Le passage ne constitue donc pas une preuve absolue de la virginité perpétuelle, mais il représente un argument important en faveur de cette croyance. Il oblige en tout cas à expliquer pourquoi Jésus confie sa mère au disciple qu’il aimait plutôt qu’à ses « frères ».
3. Comment la virginité de Marie a-t-elle été comprise à travers les siècles.
Comme nous pouvons le constater, la Bible est utilisée par les deux camps pour défendre leur position. Il est difficile de trancher définitivement la question de la virginité perpétuelle de Marie en s'appuyant uniquement sur une lecture littérale de certains versets ou, au contraire, sur des constructions théologiques élaborées à partir de ceux-ci.
Nous allons donc maintenant examiner comment cette question a été comprise au cours de l'histoire de l'Église.
Ier siècle
Nous ne possédons pratiquement aucun témoignage explicite concernant Marie dans les écrits chrétiens extra bibliques du Ier siècle qui nous sont parvenus.
Par exemple, Clément de Rome, qui écrit aux Corinthiens vers l'an 96, ne mentionne jamais Marie. Pourtant, Clément cite abondamment les Écritures et connaît manifestement une tradition chrétienne déjà bien développée. Il ne développe cependant aucune théologie particulière concernant Marie.
Il en va de même pour la Didachè, généralement datée de la fin du Ier siècle. Elle aborde le baptême, l'Eucharistie, le jeûne, les prophètes, la vie chrétienne et la venue du Seigneur, mais Marie n'y est jamais mentionnée.
La question de la virginité perpétuelle de Marie ne semble donc pas être au centre des préoccupations des auteurs chrétiens dont nous possédons les écrits pour cette période.
C'est au IIe siècle que la situation évolue : Marie commence à occuper une place plus importante dans la réflexion chrétienne, et l'on voit apparaître les premières traditions explicitement favorables à sa virginité perpétuelle.
IIe siècle
Le Protévangile de Jacques (vers 150)
Le Protévangile de Jacques est un écrit apocryphe rédigé en grec, qui développe l'histoire de l'enfance de Marie ainsi que les circonstances de la naissance de Jésus.
On y apprend que Marie serait née de Joachim et Anne, deux parents âgés. Elle aurait ensuite été consacrée au Temple, où elle aurait grandi au service de Dieu, avant d'être confiée à Joseph.
Joseph y est présenté comme un veuf déjà avancé en âge et ayant eu des enfants d'une première union. Au chapitre 9, les fiançailles avec Marie sont organisées par le grand prêtre. Dans un premier temps, Joseph refuse en déclarant :
« J'ai des enfants et je suis un vieil homme, tandis qu'elle est une jeune fille. J'ai peur de devenir la risée des fils d'Israël. »
Le grand prêtre insiste et Joseph accepte finalement de prendre Marie sous sa protection. Leur union est toutefois présentée comme chaste.
Vient ensuite le moment de la naissance de Jésus. Au chapitre 19 du Protévangile, la sage-femme sort de la grotte, rencontre Salomé et lui déclare :
« J'ai de grandes merveilles à te raconter : une vierge a enfanté, et elle demeure vierge. »
Il s'agit de l'un des plus anciens témoignages extra bibliques explicitement favorables à la virginité perpétuelle de Marie.
On pourrait évidemment objecter que le Protévangile de Jacques est un écrit apocryphe et qu'il ne peut donc pas être considéré comme une source historique certaine.
Les défenseurs de la virginité perpétuelle soulignent cependant son ancienneté et rappellent qu'un livre apocryphe n'est pas nécessairement dépourvu de toute valeur historique ou traditionnelle. Par exemple, l'épître de Jude fait référence à une tradition également présente dans le livre d'Hénoch, qui n'appartient pas au canon biblique. Paul lui-même cite également des sources extérieures aux Écritures dans certaines de ses lettres.
L'Église catholique et les Églises orthodoxes ont d'ailleurs conservé plusieurs traditions présentes dans le Protévangile de Jacques, notamment les noms des parents de Marie, Anne et Joachim, aujourd'hui tous deux vénérés comme saints.
Selon le Protévangile de Jacques, Jésus a donc bien des frères et des sœurs, mais il s'agirait de demi-frères et de demi-sœurs, enfants de Joseph issus d'une première union.
Cette tradition permet de solutionner plusieurs problématiques :
1) Marie serait veuve durant le ministère de Jésus, puisque Joseph est présenté comme déjà âgé au moment de la naissance du Christ.
2) Les « frères » de Jésus ne croient pas en lui parce qu'ils sont plus âgés et n'ont pas grandi avec lui sous le même toit.
3) Jésus peut confier Marie au disciple bien-aimé, car il serait son seul enfant.
C'est cette tradition que les Églises orthodoxes ont largement conservée jusqu'à aujourd'hui.
Hégésippe et les Desposynes (vers 180)
Hégésippe est l'un des premiers historiens chrétiens dont nous ayons connaissance. Il aurait composé une histoire de l'Église primitive en cinq livres, dans le but de documenter notamment la succession des évêques de Jérusalem et les traditions concernant la vie des apôtres et des « frères du Seigneur ».
Il aurait beaucoup voyagé afin de recueillir les traditions transmises dans différentes communautés chrétiennes.
Hégésippe s'intéresse également aux Desposynes, terme grec signifiant « ceux qui appartiennent au Seigneur ». Cette expression désignait les membres de la famille de Jésus.
Au début du IIe siècle, certains membres de cette famille jouaient encore un rôle important au sein de la communauté chrétienne de Jérusalem.
Malheureusement, les cinq livres d'Hégésippe ont disparu. Cependant, Eusèbe de Césarée le cite abondamment dans son Histoire ecclésiastique, ce qui nous permet de conserver certains éléments de sa tradition.
Eusèbe écrit notamment :
« Après le martyre de Jacques le Juste, frère du Seigneur, et responsable de l'Église de Jérusalem, les apôtres et les disciples encore vivants se réunirent avec les parents du Seigneur selon la chair pour choisir celui qui devait succéder à Jacques. Tous proposèrent d'un commun accord Siméon, fils de Clopas, dont l'Évangile fait mention. Il était, disait-on, cousin du Sauveur, car Hégésippe rapporte que Clopas était le frère de Joseph. »
(Histoire ecclésiastique, III, 11)
Voilà un élément important que les Évangiles ne nous donnent pas directement : selon la tradition rapportée par Hégésippe, Clopas et Joseph étaient frères.
Gardons cet élément en tête : nous y reviendrons plus tard.
Clément d'Alexandrie (150-215)
Clément d'Alexandrie semble aller dans le sens de la tradition présentée par le Protévangile de Jacques.
Dans ses Commentaires sur l'Épître de Jude, il écrit :
« Jude, qui écrivit l'Épître catholique, frère des fils de Joseph, très religieux, bien qu'il connût sa parenté étroite avec le Seigneur, ne dit pourtant pas qu'il était lui-même son frère. Mais que dit-il ? "Jude, serviteur de Jésus-Christ" — de lui comme Seigneur — "et frère de Jacques" — car cela est vrai : il était son frère, fils de Joseph. »
Clément affirme donc que Jacques et Jude sont frères et fils de Joseph. Il ne précise cependant pas qu'ils sont également fils de Marie.
Il souligne même que Jude ne se présente pas comme « frère du Seigneur », mais comme « serviteur de Jésus-Christ » et frère de Jacques.
Dans un autre ouvrage, les Stromates (livre VII, chapitre 16), Clément écrit :
« Mais la plupart, semble-t-il jusqu'à présent, pensent que Marie a souffert les douleurs de l'enfantement ; certains, cependant, disent qu'après avoir enfanté, elle fut examinée et se trouva vierge. »
Le rapprochement avec le Protévangile de Jacques est ici évident.
Cependant, il faut rester prudent. Clément ne présente pas cette croyance comme une tradition apostolique certaine. L'expression « certains disent » montre qu'une tradition circulait parmi les chrétiens de son époque, mais ne permet pas, à elle seule, d'en établir l'origine.
Il semble néanmoins que Clément lui-même soit favorable à l'idée d'une virginité conservée après la naissance de Jésus.
IIIe siècle
Tertullien (vers 210) : une position qui semble contredire la virginité perpétuelle
Nous avons vu que, dès les premiers siècles, certaines traditions chrétiennes présentent Marie comme demeurée vierge après la naissance de Jésus. Tertullien constitue cependant une exception importante.
Dans son ouvrage De carne Christi (« La chair du Christ »), il écrit au sujet de Marie :
virgo quantum a viro, non virgo quantum ad partum
Cette formule peut être traduite approximativement ainsi : « vierge quant à l'homme, mais non vierge quant à l'enfantement ».
Tertullien semble donc affirmer que Marie était vierge lors de la conception de Jésus, tout en considérant que l'accouchement a mis fin à sa virginité.
Mais son œuvre contient d'autres passages importants pour notre sujet. Dans Contre Marcion, en commentant l'épisode où Jésus demande : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? », Tertullien s'oppose aux hérétiques qui utilisaient ce passage pour nier la réalité de la naissance et de la famille de Jésus.
Il affirme clairement que Jésus avait une véritable mère et de véritables frères. Selon lui, lorsque Jésus redéfinit sa famille en termes spirituels — « ceux qui font la volonté de Dieu » — il ne nie pas l'existence de sa famille biologique. Il préfère simplement les liens de la foi aux liens du sang.
Dans un autre ouvrage, De la monogamie, Tertullien semble également indiquer que Marie devait connaître une véritable vie conjugale avec Joseph après la naissance de Jésus. Il présente Marie comme une vierge ayant enfanté le Christ et devenue ensuite l'épouse d'un seul mari.
Ces textes font donc de Tertullien l'un des premiers auteurs chrétiens dont la position semble difficilement conciliable avec la doctrine ultérieure de la virginité perpétuelle de Marie.
Il faut néanmoins rester précis : aucun texte conservé de Tertullien ne dit explicitement : « Marie a eu d'autres enfants avec Joseph. » Il affirme l'existence des « frères » de Jésus et semble considérer que Marie a été véritablement l'épouse de Joseph après la naissance du Christ, mais le lien exact entre ces deux affirmations n'est jamais formulé de manière totalement explicite.
Tertullien demeure donc un témoin particulièrement intéressant dans l'histoire du débat : il montre qu'aux IIe et IIIe siècles, la virginité perpétuelle de Marie n'était pas encore affirmée de manière uniforme par tous les auteurs chrétiens.
Origène (vers 248)
Dans son Commentaire sur Matthieu, livre X, § 17, Origène écrit à propos de Matthieu 13,55-56 :
« Certains disent, se fondant sur une tradition contenue dans l'Évangile selon Pierre, ainsi intitulé, ou dans le livre de Jacques, que les frères de Jésus étaient les fils de Joseph issus d'une première épouse, qu'il avait épousée avant Marie. »
Nous retrouvons ici la même difficulté que précédemment : l'expression « certains disent » donne l'impression qu'Origène rapporte une tradition connue dans son milieu, sans nécessairement la présenter comme une tradition certaine ou directement apostolique.
Quant aux sources mentionnées, il s'agit à nouveau d'écrits apocryphes : l'Évangile selon Pierre et le livre de Jacques.
Quoi qu'il en soit, Origène se positionnera clairement comme défenseur de la virginité perpétuelle de Marie.
Il écrit notamment :
« Je pense qu'il est conforme à la raison que Jésus soit le premier fruit, parmi les hommes, de la pureté qui consiste dans la chasteté, et Marie parmi les femmes. »
Il faut toutefois souligner qu'Origène ne présente pas cette affirmation comme une certitude explicitement transmise par les apôtres. Il dit : « Je pense », et non : « La tradition apostolique affirme ».
Cela ne signifie évidemment pas que sa conviction soit faible, mais cela montre que l'argumentation d'Origène repose également sur une réflexion théologique.
IVe siècle
Athanase d'Alexandrie et Grégoire de Nysse
À partir du IVe siècle, l'expression « Marie toujours vierge » devient de plus en plus fréquente dans la littérature chrétienne.
Athanase d'Alexandrie et Grégoire de Nysse emploient notamment des formules qualifiant Marie d'άειπάρθενος Μαρία (Aeiparthenos Maria), c'est-à-dire de « Marie toujours vierge ».
Cela montre qu'à cette époque, la virginité perpétuelle de Marie occupe une place de plus en plus importante dans la prédication et la réflexion théologique.
Ephrem le Syrien
Dans ses Hymnes sur la Nativité, Éphrem le Syrien affirme sans ambiguïté :
« Marie est vierge avant l'enfantement, vierge dans l'enfantement et vierge après l'enfantement. »
La formule résume parfaitement la doctrine qui va progressivement s'imposer dans les grandes traditions chrétiennes : Marie est vierge avant, pendant et après la naissance de Jésus.
Basile de Césarée
Basile de Césarée emploie une formule particulièrement forte :
« Les amis du Christ n'admettent pas que la Mère de Dieu ait cessé d'être vierge. »
Autrement dit, pour Basile, la virginité perpétuelle de Marie est devenue une conviction théologique profondément associée à la foi chrétienne.
C'est précisément à cette époque qu'apparaît l'une des premières contestations connues de cette doctrine.
Pour la première fois, de façon claire et précise, un auteur chrétien nommé Helvidius va défendre l'idée que les « frères » de Jésus étaient réellement les enfants de Marie et de Joseph.
Sa position provoquera une réponse particulièrement célèbre de Jérôme de Stridon.
Helvidius contre Jérôme de Stridon
Malheureusement, aucun écrit d'Helvidius ne nous est parvenu. Nous ne connaissons donc sa position qu'à travers les écrits de son adversaire théologique, Jérôme de Stridon. Il convient par conséquent de rester prudent : notre connaissance d'Helvidius provient essentiellement de celui qui cherchait précisément à réfuter ses arguments.
D'après Jérôme, Helvidius défendait, vers la fin du IVe siècle, une position relativement simple : Marie était vierge avant et lors de la naissance de Jésus, mais elle aurait ensuite eu une vie conjugale normale avec Joseph et donné naissance à d'autres enfants. Les « frères » de Jésus — Jacques, Joseph, Simon et Jude — seraient donc, selon cette compréhension, ses frères biologiques et les enfants de Marie et de Joseph.
Helvidius semble ainsi avoir privilégié une lecture directe des textes bibliques, en particulier des passages mentionnant les « frères » et les « sœurs » de Jésus, ainsi que Matthieu 1,25, qui affirme que Joseph ne connut pas Marie « jusqu'à » la naissance de Jésus.
Jérôme, pour sa part, était un ardent défenseur de la virginité perpétuelle de Marie. Plus largement, il accordait une très grande valeur spirituelle à la virginité et à la continence. Son objectif n'était donc pas seulement de défendre l'idée que Marie était demeurée vierge, mais également de soutenir l'idée que son union avec Joseph avait été une union chaste.
C'est dans ce contexte qu'il rédige, vers 383, son traité Adversus Helvidium (« Contre Helvidius »), afin de répondre point par point aux arguments de son adversaire. Jérôme y développe notamment une explication destinée à identifier les « frères du Seigneur » mentionnés dans les Évangiles.
Son raisonnement repose notamment sur un rapprochement entre les différents récits de la crucifixion.
En Matthieu 27,56, plusieurs femmes sont mentionnées au pied de la croix :
« Marie de Magdala, Marie la mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée. »
En Jean 19,25, on trouve une liste différente :
« Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère, la sœur de sa mère, Marie la femme de Clopas, et Marie de Magdala. »
Jérôme rapproche ces deux passages. Il distingue tout d'abord clairement Marie, la mère de Jésus, de « Marie, mère de Jacques et de Joseph » mentionnée par Matthieu. Il propose ensuite d'identifier cette dernière à « Marie, femme de Clopas », mentionnée par Jean.
Ainsi, selon sa reconstruction, Jacques et Joseph ne seraient pas les fils de Marie, la mère de Jésus, mais les fils d'une autre Marie : Marie, femme de Clopas.
C'est maintenant que l'on doit se rappeler d'Hégésippe et de ce qu'il a dit : Clopas était le frère de Joseph. Les enfants de Clopas et de son épouse Marie sont les cousins de Jésus.
Jérôme en conclut que les « frères du Seigneur » ne sont pas ses frères biologiques, mais des membres de sa parenté élargie. Comme nous l'avons vu précédemment, adelphos, les « frères », désignerait ici des cousins, et non des frères au sens biologique.
Il faut toutefois souligner les limites de cette interprétation. La généalogie proposée par Jérôme repose sur plusieurs rapprochements entre différents passages évangéliques et sur l'identification de personnages portant des noms identiques ou similaires. Aucun Évangile n'affirme explicitement que Marie, mère de Jacques et de Joseph, est la même personne que Marie, femme de Clopas, ni que l'ensemble des « frères du Seigneur » sont les fils de Clopas.
La théorie de Jérôme constitue donc une reconstruction historique et exégétique. Elle peut être considérée comme plausible par certains chercheurs, mais elle ne peut pas être démontrée avec une certitude absolue à partir des seuls textes bibliques.
Cette interprétation deviendra néanmoins celle qui sera majoritairement retenue dans la tradition occidentale et, plus particulièrement, dans l'Église catholique romaine : les « frères » de Jésus y sont généralement compris comme des cousins ou des proches parents, plutôt que comme des enfants de Marie.
La position des réformateurs sur la question
Cela peut paraître surprenant aujourd'hui, mais les premiers réformateurs étaient, dans leur grande majorité, favorables à la virginité perpétuelle de Marie.
En 1539, dans ses Sermons sur Jean, Martin Luther affirme que « le Christ fut le seul fils de Marie et que la Vierge Marie n'eut pas d'autres enfants que lui ».
À la question : « Qui sont les frères de Jésus ? », Luther semble également se rapprocher de la tradition occidentale qui les identifie à des cousins ou à d'autres proches parents. Il écrit ainsi qu'il est « enclin à être d'accord avec ceux qui affirment que les “frères” signifient réellement ici des “cousins” ».
Ulrich Zwingli, quant à lui, défend explicitement la virginité perpétuelle de Marie. Dans un sermon prêché à Zurich le 17 septembre 1522, il déclare :
« Je crois de tout mon cœur, conformément à la parole du Saint Évangile, que cette pure Vierge a enfanté pour nous le Fils de Dieu et qu'elle est demeurée, dans l'enfantement et après celui-ci, une vierge pure et sans souillure, pour l'éternité. »
La position de Jean Calvin est plus difficile à déterminer avec précision. Contrairement à Luther ou à Zwingli, Calvin ne développe pas une défense aussi explicite de la virginité perpétuelle de Marie.
Dans son commentaire sur Matthieu 1,25, il écrit notamment que, sous le terme de « frères », les Hébreux peuvent comprendre « les cousins et autres parents, quel que soit le degré de parenté ». Il reconnaît donc la possibilité d'un sens élargi du terme « frère ».
Cependant, la question demeure : Calvin présente-t-il ici sa propre interprétation ou décrit-il simplement un usage linguistique possible ? Il ne se prononce pas avec autant de clarté que Luther ou Zwingli sur la question de la virginité perpétuelle de Marie.
Ainsi, l'historien protestant Jaroslav Pelikan faisait remarquer un fait souvent oublié : les premiers réformateurs ont conservés plus de doctrines traditionnelles sur Marie que leurs héritiers des XVIIIe au XXe siècles. Sur ce point, le protestantisme évangélique moderne est plus éloigné de Luther ou Calvin que ceux ci ne l'étaient de la tradition ancienne.
Alors, comment s'est opérée cette évolution ?
L'abandon progressif de la croyance en la virginité perpétuelle de Marie ne s'est pas produit du jour au lendemain. Il résulte d'une évolution longue et complexe dans la manière dont certains courants protestants ont lu et interprété les Écritures.
À partir des XVIIe et XVIIIe siècles, certains mouvements protestants accordent une importance croissante à une lecture plus directe et plus littérale du texte biblique, tout en se montrant plus critiques à l'égard de certaines traditions héritées des Pères de l'Église et du Moyen Âge.
Le développement de l'exégèse historico-critique aux XVIIIe et XIXe siècles contribue également à modifier la manière dont de nombreux chrétiens abordent les récits bibliques. L'accent est davantage mis sur le contexte historique et linguistique des textes, parfois au détriment des lectures typologiques et traditionnelles développées au cours des siècles précédents.
Parallèlement, dans de nombreux courants protestants, le principe de la sola Scriptura conduit à réexaminer les doctrines qui ne sont pas affirmées explicitement dans les textes bibliques. La virginité perpétuelle de Marie, qui repose largement sur la Tradition et sur des interprétations théologiques des Écritures, devient alors de plus en plus contestée.
Au cours des XIXe et XXe siècles, avec l'expansion des mouvements baptistes, évangéliques et pentecôtistes, l'idée selon laquelle Marie et Joseph ont ensuite vécu une vie conjugale normale devient progressivement majoritaire dans une grande partie du protestantisme populaire.
Les Témoins de Jéhovah adopteront également cette lecture des textes bibliques et considéreront les « frères et sœurs » de Jésus comme les enfants biologiques de Marie et de Joseph.
Conclusion
Alors, Marie est-elle restée toujours vierge ou a-t-elle eu d'autres enfants ?
Si vous défendez le principe de la sola Scriptura, une lecture privilégiant le sens le plus immédiat des textes bibliques peut vous conduire à conclure que Marie a eu une vie conjugale normale avec Joseph et qu'ils ont eu d'autres enfants. Cependant, il faut garder à l'esprit que, dès le IIe siècle, la virginité perpétuelle de Marie apparaît dans les sources chrétiennes anciennes et qu'elle sera progressivement défendue par une grande partie de la tradition chrétienne. Cet élément invite donc à ne pas rejeter trop rapidement la position adverse.
À l'inverse, si vous adoptez une lecture plus traditionnelle, vous pourrez considérer que Jésus est l'enfant unique de Marie parce qu'elle est restée toujours vierge. Il faut cependant reconnaître qu'aucun des témoignages chrétiens les plus anciens dont nous disposons n'affirme explicitement et sans ambiguïté que cette croyance constitue une tradition directement transmise par les apôtres.
La diversité même des explications proposées au sein de la tradition montre que la question n'a pas toujours été comprise de manière uniforme. Les orthodoxes soutiennent généralement que les « frères » de Jésus étaient ses demi-frères, enfants de Joseph issus d'une première union, tandis que la tradition catholique latine les identifie généralement à ses cousins. Cette diversité devrait, là encore, nous encourager à ne pas juger trop rapidement ceux qui défendent une position différente.
Pour notre part, nous estimons, en toute objectivité, qu'il est difficile de trancher cette question avec une certitude absolue. Les textes bibliques permettent différentes interprétations, et les témoignages de la tradition ancienne, bien qu'ils montrent une forte progression de la croyance en la virginité perpétuelle, ne permettent pas de résoudre définitivement toutes les questions historiques et exégétiques.
D'ailleurs, au sein même de Périagogè, les auteurs ne partagent pas tous la même position sur cette question.
Nous pensons cependant que la virginité perpétuelle de Marie ne devrait pas devenir un sujet capable de rompre l'amour et la communion fraternelle entre chrétiens.
Au final, que nous soyons catholiques, orthodoxes, protestants, évangéliques ou Témoins de Jéhovah, nous avons tous en commun de reconnaître en Marie la mère de Jésus, le Seigneur et le Christ. Nous pouvons donc débattre de cette question avec conviction, tout en conservant le respect et la fraternité envers ceux qui arrivent à une conclusion différente.
Et peut-être est-ce là l'essentiel : chercher honnêtement la vérité, sans transformer une question sur laquelle les chrétiens ont longtemps divergé en raison de mépriser ou de rejeter les autres.