Si tu es ici, c’est sûrement parce que tu te poses des questions. Mais rassure-toi, tu es au bon endroit. Si tu as cliqué sur ce lien c'est que tu es probablement intrigué : qu’est-ce que l’exégèse au juste ? Et pourquoi n’en as-tu peut-être jamais entendu parler clairement, alors que cela fait peut-être des années que tu es Témoin de Jéhovah ?
D’abord, il est intéressant de faire une petite expérience. Rends-toi sur la Bibliothèque en ligne des Témoins de Jéhovah et tape dans la barre de recherche : « exégèse », « exégétique » ou encore « exégète ».
En parcourant les résultats tu te rends assez vite compte d’une chose : ce terme, les rares fois où il apparaît, n’est jamais vraiment défini clairement dans les publications. Il peut apparaître ici ou là, souvent à côté de mots comme « biblistes », « spécialistes », « théologiens » ou « érudits », mais sans que soit vraiment expliqué ce qu’est l’exégèse, à quoi elle sert, ni pourquoi elle est importante pour comprendre la Bible.
C’est pourtant étonnant quand on sait qu’un Témoin de Jéhovah est habitué, parfois depuis l’enfance, à tout un vocabulaire religieux très précis, qui n’a souvent de sens que dans ce milieu. On peut citer, par exemple : « esclave fidèle et avisé », « Collège central », « grande foule », « autres brebis », « chrétiens oints », « l’organisation », « proclamateurs », « pionniers » ou encore « béthélites ».
Ces mots sont expliqués et répétés constamment lors des réunions, dans les publications, les discours et les conversations. Tu es sûrement très familier avec tous ces termes.
Mais le mot « exégèse », lui, reste presque absent du vocabulaire courant et demeure, pour le moins, obscur pour la majorité. Et c’est bien dommage, parce que l’exégèse est justement l’un des outils les plus importants pour lire sérieusement un texte biblique.
1. L’exégèse, c’est quoi ?
Le mot « exégèse » vient du grec et signifie, pour le dire simplement, « faire sortir le sens » d’un texte. Faire de l’exégèse, ce n’est pas simplement lire un verset et dire ce à quoi il nous fait penser. Ce n’est pas non plus chercher rapidement un autre verset pour justifier une doctrine déjà formulée.
L’exégèse consiste à étudier un texte biblique en se demandant :
Que dit réellement ce texte ?
Dans quel contexte a-t-il été écrit ? À quelle date ? Dans quel lieu ?
À qui s’adressait-il au départ ? Et pourquoi ?
Quel problème l’auteur voulait-il traiter ? Quels sont les enjeux ?
Quels mots utilise-t-il ? Sont-ils rares ? Ont-ils plusieurs sens ?
Quel genre littéraire l’auteur emploie-t-il ?
Comment ce passage s’inscrit-il dans l’ensemble du livre ?
Comment les premiers lecteurs auraient-ils pu le comprendre ?
Autrement dit, l’exégèse cherche d’abord à comprendre le texte dans son contexte, avant de l’appliquer à aujourd’hui. Car, comme le dit l’adage : « Un texte hors de son contexte est un prétexte. »
C’est une différence importante.
Lire la Bible sérieusement, ce n’est pas seulement se demander : « Comment ce verset s’applique-t-il à moi ? » ou « Qu’est-ce qu’il m’apprend sur Jéhovah et ses qualités ? » C’est d’abord se demander : « Qu’est-ce que ce texte voulait dire au départ ? »
Le message du texte ne doit jamais être plié à notre propre vision des choses ; c’est à nous de nous adapter à ce qu’il veut vraiment dire.
2. Un exemple simple
Prenons un exemple.
Quand Jésus dit : « Si ton œil droit te fait trébucher, arrache-le » (Matthieu 5:29), il est évident que personne ne comprend cela comme un ordre à appliquer littéralement, en se mutilant.
Pourquoi ?
Parce qu’on tient compte du type de langage utilisé. Jésus emploie ici une image forte, ce qu’on appelle dans le jargon une hyperbole. Une hyperbole est une exagération volontaire qui sert à frapper l’esprit. Jésus ne donne pas une consigne médicale : Il insiste sur la gravité du péché et sur la nécessité de couper radicalement avec ce qui peut nous détruire.
Ça, c’est déjà faire un début d’exégèse.
On regarde le contexte, le style, le langage, l’intention de l’auteur ou du locuteur.
Autre exemple : en Apocalypse 17, Babylone la Grande est décrite comme une femme, une prostituée, une grande ville, une puissance assise sur des eaux, liée aux rois de la terre et aux marchands.
Si on lit cela sans méthode, on peut très vite plaquer une interprétation déjà toute prête sur le texte. Mais une lecture exégétique va d’abord se demander : dans le contexte du Ier siècle, quelle grande ville dominait les rois de la terre ? Quelle puissance était à la fois politique, économique, religieuse et persécutrice pour les auditeurs du texte ? Comment les premiers chrétiens d’Asie Mineure, à qui le livre de l’Apocalypse est adressé, auraient-ils compris cette image ?
L’exégèse nous oblige donc à ralentir. Elle nous pousse à prendre le temps de nous poser des questions sérieuses. Elle empêche de sauter trop vite vers une conclusion doctrinale déjà formulée. Elle invite le lecteur à analyser la profondeur et la richesse du texte, afin de pouvoir l’apprécier et le comprendre par lui-même.
3. Exégèse et doctrine : ce n’est pas la même chose
Il faut bien distinguer deux choses : l’exégèse et la doctrine. L’exégèse part du texte pour essayer d’en comprendre le sens. La doctrine, elle, organise plusieurs textes pour construire un enseignement religieux.
Les deux ne s'opposent pas forcément. Une doctrine peut s’appuyer sur une bonne exégèse. Mais le danger apparaît quand la doctrine décide à l’avance de ce que le texte doit dire.
Dans ce cas, on ne lit plus vraiment le texte. On cherche seulement à confirmer une conclusion déjà fixée.
Par exemple, si on part déjà du principe que « Babylone la Grande représente toutes les fausses religions », alors on va lire Apocalypse 17–18 à travers cette conclusion. On ne va peut-être plus se demander sérieusement ce que le symbole pouvait signifier dans le contexte romain du Ier siècle.
Même chose pour Jean 1:1, Colossiens 1:15, Matthieu 24:45, Luc 23:43 ou Apocalypse 7. Si on aborde ces textes uniquement avec une doctrine déjà construite, on risque de ne plus voir les difficultés, les nuances et les débats réels autour de ces passages.
L’exégèse ne demande pas d’abandonner toute conviction. Elle demande simplement de laisser le texte être étudié avant d’être utilisé.
4. Pourquoi ce mot est-il si peu présent chez les Témoins de Jéhovah ?
Les Témoins de Jéhovah lisent beaucoup la Bible, et elle a une grande valeur à leurs yeux. Ils citent énormément de versets, et la grande majorité d'entre eux ont une vraie culture biblique. Beaucoup de Témoins sincères connaissent très bien certains passages bibliques et prennent leur étude au sérieux.
Le problème n’est donc pas qu’ils ne lisent pas la Bible.
Le problème est plutôt la manière dont la Bible est encadrée.
Dans la pratique, l’interprétation officielle passe par les publications de l’organisation. Le lecteur n’est pas vraiment invité à construire une analyse indépendante du texte à partir des langues originales, grecque ou hébraïque, du contexte historique, du genre littéraire, du milieu juif ou gréco-romain, des débats académiques passés ou actuels, ou encore de l’histoire de l’interprétation.
Il est surtout invité à lire la Bible avec l’aide des publications, qui donnent déjà l’explication du texte jugée correcte. Et c’est sur la base de cette explication que le Témoin de Jéhovah construira le plus souvent sa méditation personnelle. Il devient donc difficile, mais pas impossible, de prendre du recul sur un texte et d’arriver parfois à une conclusion différente de celle que propose l’organisation. L'article de La Tour de Garde, de novembre 2016, « Attaches-tu une grande valeur à la Parole de Jéhovah ? », déclare ainsi au paragraphe 9 :
« Certains pensent pouvoir interpréter la Bible par eux-mêmes. Mais Jésus a établi “l’esclave fidèle” comme seul canal pour dispenser la nourriture spirituelle. Depuis 1919, le Christ glorifié se sert de cet esclave pour aider ses disciples à comprendre la Parole de Dieu et à s’y conformer. »
Chacun tirera ses propres conclusions, mais si l’organisation affirme être le canal par lequel les disciples comprennent la Bible, quelle place reste-t-il pour l’exégèse indépendante ?
C’est là que l’absence du mot « exégèse » devient intéressante. Il ne s’agit pas forcément d’un complot ou d’une volonté consciente de cacher un mot. D’autant plus que la Bible d’étude, régulièrement mise à jour, accompagnée d’Étude perspicace des Écritures, donne parfois de bons repères historiques ou contextuels pour analyser certains textes bibliques. Un Témoin de Jéhovah n’est donc pas dépourvu d’outils.
Ce qui peut lui manquer, en revanche, c’est l’accès à des ouvrages extérieurs au mouvement, pourtant reconnus sur le plan académique et scientifique. On peut penser par exemple à The Oxford Bible Commentary, dirigé par John Barton et John Muddiman, un ouvrage d’étude et de référence biblique important.
Évidemment, il faut éviter de tomber dans le procès d’intention. Mais cette absence révèle quand même quelque chose : la méthode historico-critique, l’étude indépendante des textes, le débat entre spécialistes et l’analyse contextuelle ne sont pas au centre de la formation biblique des Témoins de Jéhovah.
Le centre, c’est l’enseignement de l’organisation. Il devient donc difficile de laisser de la place à d’autres lectures, à d’autres interprétations des textes, issues d’autres milieux chrétiens, qui peuvent être tout aussi légitimes, voire parfois plus solides, que l’interprétation proposée par les Témoins de Jéhovah. Si leur lecture est présentée comme la seule correcte et valable, le dialogue avec les autres chrétiens devient alors difficilement envisageable.
5. Pourquoi l’exégèse peut déranger une organisation religieuse très structurée
L’exégèse peut déranger, parce qu’elle apprend à poser des questions.
Elle invite à se demander :
Le texte dit-il vraiment cela ?
Le contexte confirme-t-il cette interprétation ?
Est-ce que ce verset parle vraiment de notre époque ?
Est-ce qu’on respecte le genre littéraire ?
Est-ce qu’on isole une phrase de son contexte pour lui faire dire l’inverse de ce qu’elle dit réellement ?
Et surtout : est-ce qu’on lit dans le texte une idée qui vient en réalité de notre propre doctrine ?
Pour une organisation religieuse qui revendique une interprétation unique et universelle de la Bible, cette démarche peut être inconfortable.
Non pas parce que l’exégèse serait hostile à la foi. Beaucoup de croyants, de pasteurs, de théologiens, de biblistes et d’historiens utilisent l’exégèse tout en restant croyants et convaincus. L’exégèse n’est pas une attaque contre Dieu, contre la Bible ou contre la foi.
C’est un principe méthodologique. Il invite à la prudence, mais aussi à l’humilité, en acceptant que notre lecture n’est pas forcément meilleure ou plus légitime que celle de croyants qui vivent et pratiquent leur foi différemment.
Le danger que l’exégèse peut représenter pour les Témoins de Jéhovah, c’est qu’elle devient dérangeante lorsqu’une interprétation officielle s’écroule face à l’analyse du texte. Ensuite, il ne reste plus qu’à ramasser les morceaux.
6. L’exégèse n’est pas réservée aux universitaires
On pourrait croire que l’exégèse est une affaire de spécialistes, de professeurs ou de théologiens. On entend souvent cette objection : « Dans ce cas, la Bible est réservée à une élite ; seuls eux peuvent la comprendre. »
En réalité, tout lecteur peut commencer à faire de l’exégèse simplement. Le problème, c’est qu’on ne nous apprend pas toujours à la pratiquer.
S’autoriser à lire le texte par soi-même peut revenir, dans certains contextes religieux, à fragiliser l’autorité revendiquée par ceux qui prétendent en donner l’interprétation correcte. Dans le cas des Témoins de Jéhovah, cela peut conduire à questionner la légitimité du Collège central à interpréter correctement la Bible et, par conséquent, sa place dans ce qui est appelé « l’organisation de Jéhovah ».
Pas besoin de connaître l’hébreu ou le grec pour débuter. Ces langues sont utiles, mais elles ne sont pas le point de départ obligatoire.
On peut déjà poser quelques questions simples :
Quel est le contexte du passage ?
Qui parle ?
À qui ?
Dans quel livre se trouve le texte ?
Quel est le sujet du chapitre ?
Est-ce un récit, une parabole, une poésie, une loi, une prophétie, une lettre, une apocalypse ?
Le verset est-il cité entièrement ou seulement en partie ?
Y a-t-il une idée imposée au texte que le texte lui-même ne dit pas ?
Cette démarche suffit déjà à éviter beaucoup d’erreurs. Nous en aborderons plusieurs en détail sur ce site, au fur et à mesure que les articles paraîtront.
Par exemple, avant d’appliquer Matthieu 24:45 à un groupe d’hommes de notre époque moderne, il faut se demander ce que cette image voulait dire ou évoquait dans le discours de Jésus. Est-ce une prophétie sur une organisation religieuse précise à venir ? Ou simplement une parabole qui parle de la responsabilité confiée aux disciples de Jésus et de la nécessité de rester vigilants en attendant le retour du maître ?
Si on regarde le texte dans son contexte, Jésus enchaîne plusieurs paraboles sur le même thème : rester vigilant et agir de manière responsable en attendant le retour du maître (Matthieu 24–25). L’intendant, ou « l’esclave fidèle et avisé », n’est qu’un exemple parmi d’autres dans cette série d’illustrations utilisées par Jésus. Rien dans le passage ne permet d’identifier clairement un groupe particulier, encore moins un organe dirigeant moderne.
Pose-toi cette question honnêtement : pourquoi Jésus évoquerait-il soudainement la mise en place d’un Collège central à l’époque moderne ? Est-ce la lecture la plus évidente et la plus logique au regard du dernier discours que Jésus prononce avant sa mise à mort et son départ ?
Souviens-toi que les premiers disciples de Jésus attendaient eux aussi le retour de leur maître et sauveur. Dans un contexte où l’attente du retour de Jésus se prolonge, ses disciples se demandent comment vivre durant cet intervalle. La plupart des exégètes lisent ce passage comme une parabole générale sur la responsabilité de ceux qui occupent certaines fonctions dans les assemblées, et non comme une prophétie sur un unique groupe d’hommes dirigeant une organisation religieuse moderne.
De même, avant d’utiliser Luc 23:43 pour défendre ou nier une doctrine sur l’état des morts, il faut regarder la phrase, les choix de ponctuation, le contexte de Luc, la théologie du récit, et ne pas simplement déplacer une virgule pour sauver une doctrine.
Avant de lire Apocalypse 7 comme une distinction stricte entre deux classes de chrétiens, il faut regarder le fonctionnement symbolique du livre de l’Apocalypse, le lien entre les 144 000 et la grande foule, et le contexte du langage apocalyptique.
C’est ça l’exégèse : ne pas aller trop vite et ne pas faire dire au texte ce qu’il ne dit pas. C’est aussi être capable d’examiner les choses par soi-même et de ne pas déléguer toute réflexion autour d’un passage à quelques individus, aussi bien intentionnés soient-ils.
Dieu nous a donné un cerveau, c’est pour que nous l’utilisions. Avoir toutes les explications à portée de main c’est pratique, mais cela peut aussi créer une forme d’autosuffisance et de dépendance intellectuelle où l’on n’est plus capable de réfléchir et de chercher l’explication d’un verset par soi-même.
Alors ne laisse personne décider à ta place ce que tu dois croire ou non. Garde et développe ton esprit critique. Tu verras que tu peux apprendre à comprendre la Bible sans forcément passer par le filtre imposé par ton organisation.
7. La différence entre lire avec des versets et lire un texte
Évoquons maintenant une autre difficulté fréquente : la lecture par versets isolés. Les Témoins de Jéhovah ont souvent appris à raisonner avec une chaîne de versets. On prend un verset ici, un autre là, puis encore un autre ailleurs, et on construit une réponse doctrinale toute faite.
Cette méthode peut parfois être utile, mais elle a une limite importante : elle peut faire perdre le contexte d’un verset.
Or la Bible n’a pas été écrite comme une liste de citations indépendantes les unes des autres. Elle est composée de récits, de poèmes, de lettres, de visions, de lois, de discours, d’oracles prophétiques et de textes de sagesse.
Un verset appartient toujours à un passage. Un passage appartient à un livre. Un livre appartient à un projet éditorial et à un contexte historique, culturel, religieux et littéraire.
L’exégèse nous apprend donc à lire plus lentement, mais aussi et surtout plus solidement. Elle ne demande pas seulement : « Quels versets parlent de ce sujet ? » Elle demande : « Que fait ce texte, ici, dans ce livre, pour ses premiers lecteurs ? »
C’est une vraie différence de méthode.
8. L’exégèse ne détruit pas la Bible, elle évite de lui faire dire n’importe quoi
Certaines personnes ont peur de l’exégèse parce qu’elles l’associent à la critique, au doute ou même à l’apostasie. Mais ce n’est pas juste. Étudier un texte sérieusement ce n’est pas le mépriser. Au contraire, c’est le respecter.
Si on croit que la Bible mérite d’être prise au sérieux, alors il faut accepter de l’étudier avec rigueur. Il faut accepter de regarder les contextes, les langues, les genres littéraires, les destinataires, les difficultés, les tensions et parfois les zones d’incertitude.
L’exégèse ne dit jamais : « La Bible est fausse. » Elle dit au contraire : « Avant de dire ce que la Bible enseigne, vérifions ce que le texte dit réellement. »
C’est une démarche saine et humble. Elle protège contre les lectures trop rapides, les lectures superficielles, les raisonnements circulaires et les conclusions toutes faites.
9. Pourquoi c’est important pour quelqu’un qui se pose des questions
Si tu es Témoin de Jéhovah, ancien Témoin de Jéhovah, ou simplement en questionnement, l’exégèse peut être un outil précieux. Déjà, elle ne t’oblige pas à tout rejeter. Elle ne t’oblige pas à devenir athée. Elle ne t’oblige pas à rejoindre une autre Église. Elle t’aide surtout à reprendre une liberté dans ta lecture.
Pendant des années tu as peut-être appris à demander : « Que dit l’organisation sur ce verset ? »
L’exégèse t’invite à demander aussi : « Que dit le texte lui-même ? »
Ce n’est pas la même question.
Et parfois, cette simple différence change beaucoup de choses.
Elle permet de voir que certains versets ne disent pas exactement ce qu’on t’a appris. Que certaines doctrines reposent sur des associations discutables. Que certains textes sont plus complexes et demandent de l’humilité. Que certaines interprétations sont possibles, mais pas certaines, et qu’elles ne devraient pas être imposées au nom du culte pur.
Parfois, il faut simplement dire : « Je ne sais pas », parce que le texte ne permet pas de trancher avec certitude. Ça arrive. C’est frustrant, mais c’est aussi un bon moyen d’éviter d’enfermer le texte. C’est également une invitation à continuer de se poser des questions, et à aller vers l’autre sans le condamner ni le juger trop vite. Après tout, peut-être a-t-il raison ?
Alors ne parlons pas trop vite à la place de Dieu.
Ce n’est pas une faiblesse. C’est une forme d’honnêteté intellectuelle.
10. Alors, pourquoi les Témoins de Jéhovah n’en parlent-ils pas clairement ?
On ne peut pas affirmer avec certitude pourquoi le mot « exégèse » est si peu expliqué dans les publications, et ce serait présomptueux de ma part. On ne sait tout simplement pas, parce que nous n’avons pas accès aux intentions exactes des rédacteurs des publications.
Mais on peut faire un constat objectif : l’organisation parle beaucoup de Bible, mais très peu de méthode exégétique au sens académique du terme.
Elle cite des versets, propose des explications, construit des doctrines, répond à des objections, mais elle forme rarement ses lecteurs à analyser eux-mêmes les textes bibliques selon une méthode historique, littéraire et contextuelle.
C’est important parce qu’une personne peut connaître beaucoup de versets sans avoir appris à lire un texte dans son contexte.
Elle peut savoir répondre à des questions doctrinales sans savoir comment une interprétation a été construite.
Elle peut répéter une explication sans être capable de vérifier si cette explication est solide. L’exégèse sert justement à cela : vérifier (Actes 17:11).
Conclusion : apprendre à lire avant de conclure
L’exégèse, ce n’est pas un mot savant pour impressionner. C’est simplement l’art de lire un texte sérieusement. C’est chercher à comprendre ce qu’un passage biblique voulait dire dans son contexte, avant de l’utiliser pour défendre une doctrine.
C’est accepter de ralentir. C’est accepter de poser des questions, même si elles dérangent, et même si l’on n’a pas la réponse tout de suite. Il faut parfois être patient.
C’est accepter que certains textes soient plus complexes que ce qu’on nous a présenté. C’est accepter aussi que la Bible ne réponde pas toujours comme on voudrait.
Les Témoins de Jéhovah ont raison sur un point : il faut examiner les Écritures. Mais examiner les Écritures ne veut pas dire seulement vérifier si un verset cité existe bien et regarder comment les publications l’expliquent. Cela veut dire étudier le texte, son contexte, son genre, son vocabulaire, son intention et ses limites.
La vraie question à se poser à présent est donc :
Est-ce que ces versets, lus dans leur contexte, disent vraiment ce qu’on leur fait dire ?
C’est là que commence l’exégèse.
Et c’est souvent là que commencent aussi les vraies questions.