Nous voilà une nouvelle fois repartis dans l’étude du livre de l’Apocalypse, avec l’un de ses chapitres les plus connus, mais aussi les plus mal compris : Apocalypse 13. Chapitre à la fois fascinant et énigmatique, qui a su intéresser des personnes différentes à travers les époques. Autant dire que ce chapitre a nourri beaucoup d’interprétations, parfois sérieuses, parfois beaucoup plus fantaisistes.
Mais avant toutes choses, puisque c'est pour cela que vous êtes ici probablement, que disent les Témoins de Jéhovah à ce sujet ? Et pourquoi nous y intéresser de près ?
Si c’est la première fois que vous consultez notre site Periagoge, nous vous invitons d’ores et déjà à lire les articles que nous avons publiés ces dernières semaines sur le livre de l’Apocalypse. Ils expliquent comment lire et comprendre ce livre sans tomber dans l’anachronisme, en tenant compte de son contexte, des questions auxquelles il répondait, et de ce qu’il peut encore apporter aux chrétiens aujourd’hui.
Introduction
Dans notre précédent article sur Apocalypse 20, nous avons vu que les fidèles qui règnent avec le Christ sont décrits comme ceux qui n’ont pas adoré la bête, ni son image, et qui n’ont pas reçu sa marque. Mais cela soulève naturellement une question : qui est cette bête ?
Apocalypse 13 est l’un des chapitres les plus connus du livre. Il parle d’une bête sauvage qui monte de la mer, d’une autre bête qui monte de la terre, d’une image de la bête, d’une marque sur la main ou sur le front, et du fameux nombre 666. Autant dire que ce chapitre a suscité énormément d’interprétations et de fantasmes depuis deux mille ans.
On a appliqué ces symboles à certains empires, à des papes, à des dictateurs ou à des organisations internationales. Plus récemment, la marque a été associée aux cartes bancaires, aux vaccins, aux puces électroniques et, de manière générale, à tout ce qui inquiétait une génération donnée.
Mais avant de chercher à appliquer Apocalypse 13 à notre époque, il faut d’abord faire ce que nous avons essayé de faire dans les articles précédents, adopter une démarche exégétique : lire le texte dans son contexte littéraire et historique.
À qui Jean écrit-il ?
Quels symboles ou images utilise-t-il ? Que signifient-ils ?
Quels textes de l’Ancien Testament reprend-il ? Et pourquoi ?
Et surtout : qu’est-ce que les premiers lecteurs pouvaient comprendre ?
Dans cet article, nous allons nous concentrer uniquement sur l’identité des deux bêtes d’Apocalypse 13 : la bête qui monte de la mer et la bête à deux cornes qui monte de la terre. Les quarante-deux mois, liés ailleurs aux 1 260 jours et aux « trois temps et demi », feront également l’objet d’un article indépendant.
C’est important de séparer les deux sujets, sinon on risque de tout mélanger et de perdre le fil.
Les Témoins de Jéhovah ont une interprétation assez précise d’Apocalypse 13. Dans La Tour de Garde de mai 2022, article d’étude 20, intitulé « La Révélation : ce qu’elle signifiera pour les ennemis de Dieu », l’organisation affirme que les bêtes de la Révélation représentent des ennemis de Jéhovah.
Ensuite elle explique que la bête à sept têtes représente les puissances politiques qui ont dominé l’humanité au cours de l’histoire, que ses sept têtes représentent sept puissances mondiales, et que la septième tête correspond à la puissance anglo-américaine. Le même article affirme ensuite que la bête à deux cornes représente elle aussi la puissance mondiale anglo-américaine, appelée « faux prophète » en Apocalypse 16:13 et 19:20 — paragraphes 6 à 9.
Bon, l’objectif du présent article n’est pas simplement de dire : « c’est faux ».
En réalité, certains éléments de leur lecture sont justes ou au moins pertinents. Par exemple, le lien entre Apocalypse 13 et Daniel 7 est réel, également l’idée selon laquelle les bêtes représentent des puissances politiques hostiles à Dieu est aussi solidement ancrée dans le texte, la majorité des exégètes sont d'accord sur ces points.
Mais la question est de savoir si l’identification précise proposée par l’organisation — en particulier l’identification de la bête à deux cornes à la puissance anglo-américaine — découle réellement et naturellement du contexte d’Apocalypse 13.
Alors, prenons donc le temps de relire ce texte méticuleusement.
1. Apocalypse 13 : mise en contexte
Apocalypse 13 se place dans la continuité directe du chapitre 12 de l'Apocalypse. Dans ce chapitre, qui fera lui aussi l'objet d'un article à part, Jean voit un grand dragon rouge feu. Ce dragon est ensuite identifié clairement :
« Le grand dragon fut jeté dehors, le serpent ancien, celui qu’on appelle Diable et Satan. » — Apocalypse 12:9.
Le chapitre 12 montre donc Satan en guerre contre Dieu, contre le Messie, puis contre « le reste de la descendance » de la femme, c’est-à-dire ceux qui gardent les commandements de Dieu et qui ont le témoignage de Jésus (verset 17).
Autrement dit, le conflit est déjà posé avant même l’apparition des deux bêtes. Le dragon veut faire la guerre au peuple de Dieu. Mais comment agit-il ? C’est précisément ce que montre Apocalypse 13.
Jean écrit ensuite :
« Et il [le dragon] se tint sur le sable de la mer. » — Apocalypse 13:1.
Puis apparaît la première bête :
« Je vis monter de la mer une bête sauvage. Elle avait dix cornes et sept têtes. » — Apocalypse 13:1.
L'idée sous-jacente ici est de dire que la bête n’agit pas seule. Elle reçoit son pouvoir du dragon. Apocalypse 13:2 dit que « le dragon donna à la bête sa puissance, son trône et un grand pouvoir ». Dans la logique du livre, la bête est donc l’instrument visible d’un pouvoir spirituel invisible hostile à Dieu. Elle représente une puissance terrestre par laquelle le dragon exerce son opposition à Dieu et à ses fidèles.
Jean construit ici une sorte de contrefaçon. En quel sens ? Dieu donne son autorité à l’Agneau ; le dragon donne sa puissance et son trône à la bête. Le pouvoir politique devient bestial lorsqu’il exige l’adoration, blasphème Dieu, persécute les saints et réclame une fidélité qui n’appartient qu’à Dieu.
C’est ce que le texte dit ensuite :
« Ils adorèrent le dragon parce qu’il avait donné le pouvoir à la bête sauvage, et ils adorèrent la bête sauvage. » — Apocalypse 13:4.
Le problème n’est donc pas uniquement politique, au contraire. Il est théologique, ou plus simplement lié à la question de Dieu. La question de fond est surtout de savoir qui reçoit l’adoration ? Dieu et l’Agneau, ou le dragon et la bête ? Voilà tout l'enjeu de ce passage !
À savoir
Pourquoi la bête monte-t-elle de la mer ?
Dans la Bible, la mer symbolise souvent le chaos primitif, le désordre, les puissances démoniaques (Genèse 1:2 ; Psaume 74:13 ; Daniel 7:2). Ici, la mer représente l’origine chaotique et menaçante de cette bête (voir le lien : Avant l’univers, le chaos).
Dans plusieurs textes juifs anciens du tournant de notre ère, les deux monstres sont répartis entre la mer et la terre. Selon 1 Hénoch 60:7-9, Léviathan habite les profondeurs marines tandis que Béhémoth occupe la terre ferme. Une répartition comparable apparaît en 4 Esdras 6:49-52 et en 2 Baruch 29:3-4.
Pour les lecteurs juifs chrétiens, cela évoque avant tout Daniel 7, où quatre bêtes surgissent de la mer, représentant les grands empires oppresseurs de l’histoire. C’est une façon de dire que la bête sort de l’inconnu, comme une force politique surgissant brutalement du tumulte du monde.
2. Arrière-plan biblique : Daniel chapitre 7
Pour comprendre la bête qui monte de la mer, il faut revenir à Daniel 7. Sur ce point, les Témoins de Jéhovah ont raison de faire ce rapprochement. Dans Daniel 7, le prophète voit quatre bêtes sortir de la mer. Ces bêtes représentent des royaumes ou puissances politiques. Daniel 7:17 dit :
« Ces bêtes énormes, qui sont quatre, ce sont quatre rois qui se lèveront de la terre. » — Daniel 7:17.
Puis l’ange précise :
« La quatrième bête représente un quatrième royaume. » — Daniel 7:23.
Dans le langage apocalyptique, les bêtes peuvent donc représenter des royaumes, des empires, des pouvoirs politiques violents. Apocalypse 13 reprend clairement cette image.
Le terme grec thērion (« bête sauvage ») évoque une créature dangereuse et féroce. Elle incarne un pouvoir violent, ennemi de Dieu et de son peuple. L’image déshumanise volontairement le pouvoir : les empires qui écrasent les peuples ressemblent davantage à des prédateurs qu’à l’être humain auquel Dieu confie une domination juste.
La bête de Jean ressemble à un léopard, elle a des pieds d’ours, une gueule de lion, sept têtes et dix cornes. Or, dans Daniel 7, on trouvait justement un lion, un ours, un léopard et une quatrième bête terrible avec dix cornes.
La différence majeure dans le livre de l'Apocalypse, c’est que Jean ne voit pas quatre bêtes successives. Il voit une seule bête qui rassemble les traits des quatre bêtes de Daniel.
À savoir
On est dans un langage symbolique typique à l’apocalyptique juive. Ces images évoquent surtout Daniel 7, où quatre bêtes représentent quatre empires idôlatres successifs (Babylone, Médo-Perse, Grèce, etc.). Ici, Jean les combine pour dire : la bête est une synthèse de toutes les dominations oppressives passées.
Léopard : agilité, rapidité destructrice, évoque la Grèce d’Alexandre le Grand (Daniel 7:6).
Ours (pattes) : force écrasante, évoque l’empire mède-perse (Daniel 7:5).
Lion (gueule) : domination et férocité, évoque Babylone (Daniel 7:4).
Clairement Jean fusionne ces figures pour montrer que la bête en question est l’héritière de tous les régimes oppresseurs qui ont dominé le peuple de Dieu dans l’histoire. Mais alors qui est-elle ?
La Tour de Garde de mai 2022 remarque qu'Apocalypse 13 regroupe en une seule bête les caractéristiques des bêtes de Daniel 7. Ce lien est évident et reconnu par pratiquement tous les commentateurs.
Mais l’article en tire une conclusion erronée, que cette bête ne représente les puissances politiques humaines dans leur ensemble tout au long de l'histoire. Évidemment, Jean utilise bien Daniel 7 pour parler d’un pouvoir impérial violent, arrogant et opposé à Dieu.
Mais il faut aller plus loin. Voyons pourquoi l'interprétation des Témoins de Jéhovah n'est pas tout à fait juste sur le plan exégétique et manque le sens premier du texte. Il faut par ailleurs se demander à quelle puissance concrète cette image pouvait-elle renvoyer pour les premiers lecteurs ? Et là, le contexte du Ier siècle devient indispensable.
3. La bête qui monte de la mer : une puissance impériale ?
Jean écrit à des chrétiens situés en Asie Mineure, dans des villes comme Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée. Ces communautés vivent dans le monde romain. Elles connaissent la puissance de Rome, à travers son organisation impériale, ses cultes, ses images, ses fêtes, ses marchés, ses réseaux économiques et sa domination politique et militaire sur le monde de l'époque.
L'auteur ne décrit pas un « système politique mondial » abstrait, ou autrement dit toutes les puissances oppressives de l'Histoire, qui s'étalerait jusqu'au XXIe siècle. Il pointe du doigt la puissance impériale de son époque, celle qui écrase les chrétiens d'Asie Mineure à la fin du Ier siècle : l'Empire romain.
Cela ne veut pas dire que ce qu'elle [la bête] symbolise ne peut avoir aucune portée plus globale ou universelle. Une image apocalyptique peut dépasser son contexte initial. Mais si elle ne signifiait rien pour les premiers lecteurs, alors elle devient presque impossible à lire correctement et ne remplit pas son but premier.
Pour les premiers lecteurs, la puissance politique dominante, celle qui régnait sur les nations, exigeait loyauté et pouvait être associée à l’adoration impériale, c’était Rome.
C’est pourquoi de nombreux spécialistes comprennent la bête qui monte de la mer comme une représentation de l’Empire romain, ou plus exactement, du pouvoir impérial et militaire romain vu dans sa dimension idolâtre et persécutrice. L’Apocalypse doit être lue dans le contexte du pouvoir romain et de son idéologie impériale.
Craig R. Koester, par exemple, explique que l’Apocalypse cherche à transformer la manière dont les croyants perçoivent les dimensions politiques, religieuses et économiques du monde dans lequel ils vivent. Le but est d’appeler les croyants à une fidélité constante envers Dieu et l’Agneau.
Cela aide beaucoup à comprendre Apocalypse 13.
La bête représente le pouvoir politique lorsqu’il devient absolu, lorsqu’il se divinise, lorsqu’il exige une loyauté religieuse, et lorsqu’il persécute ceux qui refusent de l’adorer.
Les noms blasphématoires
C’est exactement ce que dit le texte :
« On lui donna une bouche qui prononçait des paroles arrogantes et des blasphèmes. » — Apocalypse 13:5.
Le blasphème ici ne consiste pas seulement à mépriser ou à insulter Dieu. Il peut aussi prendre la forme d’une usurpation : attribuer au souverain des titres, des honneurs ou une autorité relevant du domaine divin.
Auguste portait par exemple le titre latin divi filius, « fils du divin », parce qu’il était le fils adoptif de Jules César divinisé. Dans les provinces orientales (dans lesquelles se situent les Églises à qui Jean écrit), des souverains pouvaient être célébrés comme sōtēr, « sauveur », ou kyrios, « seigneur ».
L'auteur romain, Suétone, rapporte également que des documents produits sous Domitien employaient la formule dominus et deus noster, « notre Seigneur et notre Dieu » — Vie de Domitien 13. Ce témoignage bien qu'appartenant, au portrait particulièrement négatif que Suétone dresse de l’empereur, montre jusqu’où pouvait aller le langage visant à sacraliser le souverain.
Jean vise donc un pouvoir qui ne se contente plus de gouverner. Il entre dans la sphère du sacré et reçoit des honneurs qui ne sont réservés à Dieu et à l’Agneau uniquement.
« Qui est semblable à la bête ? »
Après la guérison de la blessure, les habitants de la terre s’écrient :
« Qui est semblable à la bête sauvage, et qui peut la combattre ? » — Apocalypse 13:4.
Cette acclamation détourne une formule biblique appliquée normalement à Dieu seul. Souvenez-vous après le passage de la mer du peuple d'Israël, Exode 15:11 demande : « Qui est comme toi parmi les dieux, ô YHWH ? ». Cette rhétorique trouve un écho dans le passage d'Isaïe 40:25, en ces termes : « À qui me comparerez-vous pour que je lui ressemble ? » ou encore Psaumes 35:10.
Jean suggère ici que la fascination pour la puissance militaire est une forme de foi pervertie. Le pouvoir impérial s’arroge les attributs de Dieu et impose la soumission à travers un système religieux étatique.
Jean cherche donc ici à parodier le pouvoir de la bête, où l’incomparabilité de Dieu est remplacée par l’invincibilité militaire de l’Empire. Puisque personne ne paraît capable de combattre Rome, sa puissance devient un motif d’adoration.
À retenir
C’est une critique directe du culte impérial : Les empereurs romains exigeaient qu’on leur rende un culte, ce que les chrétiens refusaient. Le blasphème ici, c’est l’usurpation de la place de Dieu et de ses attributs.
La bête vainc les saints, mais qui remporte réellement la victoire ?
Jean écrit encore :
« Il lui fut permis de faire la guerre aux saints et de les vaincre. » — Apocalypse 13:7.
Les « saints » sont les fidèles au Christ, ceux que le dragon combattait déjà en Apocalypse 12:17. La bête réussit donc à les vaincre du point de vue terrestre : elle peut les exclure, les emprisonner ou les mettre à mort.
Pourtant, Apocalypse 12:11 affirme que les croyants ont vaincu le dragon grâce au sang de l’Agneau et à leur témoignage. Apocalypse 15:2 les présente également comme les vainqueurs de la bête. Ce n'est pas une contradiction ; en fait Jean oppose ici deux conceptions de la victoire.
L’Empire vainc par la force et la mort. Les témoins de Jésus vainquent en demeurant fidèles, même lorsqu’ils sont mis à mort. Depuis la terre, la bête semble triompher ; depuis le ciel, les martyrs sont les véritables vainqueurs. D'ailleurs on notera que le texte répète que son autorité « lui fut donnée ». La bête agit bien réellement, mais elle n’est jamais souveraine ; au contraire, son pouvoir reste limité.
Le texte d'Apocalypse 13 mentionne ensuite la durée de quarante-deux mois ; nous y reviendrons dans un article indépendant.
Avant de passer à la suite, rappelons que dans la perspective de Jean, le problème n’est donc pas simplement que Rome gouverne. Le problème est que Rome se présente comme une puissance quasi divine, qu’elle exige l’honneur, l’adoration, la loyauté totale, et qu’elle écrase ceux qui résistent. Mais ce pouvoir est-il invincible ?
4. La blessure mortelle : Rome frappée, puis restaurée
Un des versets de ce chapitre laisse cependant planer pas mal de questions pour un lecteur moderne, lorsque Jean écrit :
« Je vis que l’une de ses têtes semblait avoir reçu une blessure mortelle, mais sa blessure mortelle avait été guérie. Et toute la terre suivit la bête sauvage avec admiration. » — Apocalypse 13:3.
Que veut dire l'auteur exactement ? Et à quoi fait-il référence exactement ?
Intéressons-nous d'abord au vocabulaire utilisé ici, en Apocalypse 5:6, Jean voit l’Agneau debout « comme égorgé ». En Apocalypse 13:3, l’une des têtes de la bête apparaît elle aussi « comme égorgée à mort ». Le même verbe grec, sphazō, est utilisé. Puis au verset 14, la bête est encore décrite comme celle qui a reçu la blessure de l’épée et qui a vécu. Que comprend-on ici ?
Il s'agit implicitement de dire que la bête imite donc l’Agneau. Le Christ a été mis à mort et se tient vivant ; pareillement la bête semble avoir subi une blessure mortelle, puis semble s'en remettre et revenir. Cette idée est essentielle à comprendre, elle évoque ainsi une contrefaçon de la résurrection qui met en scène un pouvoir politique capable de renaître malgré une défaite apparente. Mais tu te demandes, qu'est-ce que cette image évoque concrètement ?
En fait, cette image possède un arrière-plan très riche et précis sur le plan historique. Pour cela il faut revenir quelques années en arrière, où tout prend racine avec une seule et même figure : L'empereur Néron.
L'empereur Néron se suicide en 68 et sa mort met un terme à la dynastie julio-claudienne et aboutit sur une grave crise d'instabilité politique au sein de l'Empire romain. En moins de deux ans (68–69), Galba, Othon, Vitellius et Vespasien se disputent le pouvoir durant ce que les historiens appellent « l’année des quatre empereurs ». L’Empire paraît frappé à mort, avant de retrouver sa stabilité sous Vespasien.
Plusieurs commentateurs comprennent donc la blessure guérie comme une évocation de cette crise, où Rome semble s’effondrer à la mort de Néron, puis le système impérial finit par se relever.
À cela s’ajoute une rumeur persistante qui se répand dans certaines régions : la “légende du retour de Néron”, connue aussi sous le nom du Nero Redivivus, « Néron revenu à la vie ».
L'auteur Tacite rapporte qu’en Achaïe et en Asie la fausse nouvelle de son retour provoqua la peur, car beaucoup croyaient encore qu’il vivait :
« des bruits divers couraient sur sa fin et laissaient beaucoup de gens feindre ou croire qu’il vivait encore » — Histoires 2.8
Ainsi se répand l'idée selon laquelle l’empereur Néron, mort en 68 après un règne marqué par la démesure et la persécution (notamment contre les chrétiens à Rome, en 64), ne serait pas vraiment mort. Selon cette rumeur, il se cacherait en Orient (chez les Parthes) et reviendrait à la tête d’une armée pour reconquérir l’Empire.
Cette idée, attestée par des sources comme Suétone (Vie de Néron, 57), Dion Cassius (Histoire romaine, 66.19), ou les Oracles sibyllins juifs et chrétiens (livres 4, 5 et 8), contribue à transformer Néron en une figure quasi apocalyptique : une sorte de faux messie maléfique, réapparaissant depuis les ténèbres pour instaurer une tyrannie finale.
Dion Cassius par exemple, mentionne enfin un faux Néron nommé Terentius Maximus, originaire d’Asie, qui gagna des partisans puis chercha le soutien des Parthes — Histoire romaine 66.19.3.
Les oracles sibyllins juifs font plusieurs prédictions du retour de Néron :
Un roi puissant, tel un esclave en fuite,
s'enfuira par-delà l'Euphrate, invisible et
inconnu. Celui qui, un jour, osera commettre l'abominable crime
de matricide et bien d'autres atrocités,
confiant dans ses mains les plus perverses, aura le
pouvoir de conquérir le trône par le sang sur
le sol romain, tandis qu'il fuira en terre parthe. (4.155-161)Alors la discorde née de la guerre viendra à l'Occident,
et viendra aussi le fugitif de Rome,
portant une grande lance, ayant traversé
l'Euphrate avec ses myriades. (4.167-180)Celui dont la marque est cinquante sera seigneur,
un serpent redoutable qui souffle une guerre terrible…
Puis, se faisant l’égal de Dieu,
il reviendra ; mais Dieu ne le réduira à rien. (5.39-49)Le fugitif de Rome viendra, portant une grande lance,
traversant l'Euphrate avec ses myriades ;
il te brûlera et détruira tout. (8.161-165)
Imaginez un instant le climat dans lequel vivaient depuis des années les chrétiens d'Asie mineure à qui Jean écrit, et la peur que certains devaient ressentir devant la possibilité que Néron revienne pour établir un règne de terreur et de violence. C'est dans un tel environnement que circulaient ces rumeurs et ces textes dont ces chrétiens avaient très certainement connaissance.
D'autant qu'à l'époque de la rédaction du livre, à l’époque du règne de Domitien (81–96), cette image prend une nouvelle forme. Plusieurs auteurs antiques décrivent Domitien comme un nouveau Néron : cruel, autoritaire, obsédé par son propre culte, il se fait appeler Dominus et Deus (« Seigneur et Dieu ») et impose plus systématiquement que ses prédécesseurs le culte impérial en Orient.
Cette politique est vécue comme une oppression, en particulier par les chrétiens d’Asie Mineure, qui refusent de rendre un culte à un homme. Des auteurs comme Suétone (Domitien, 10), Juvénal (qui le surnomme ironiquement « Néron chauve »), ou Tacite décrivent un règne marqué par la peur et la répression. Pour les communautés chrétiennes, Domitien n’est pas simplement un empereur injuste ; il incarne le retour de la Bête, la permanence du mal sous une autre figure.
C’est précisément ce que met en scène Apocalypse 13 : la bête qui avait une blessure mortelle, mais qui fut guérie (v.3), est à la fois un écho à Néron – dont la disparition aurait pu marquer la fin du mal – et une désignation implicite de Domitien, ressurgissant comme la réincarnation politique du même système idolâtre.
Comme l’a montré Craig R. Koester, cette blessure guérie symbolise la capacité du pouvoir impérial à se régénérer, à revenir sous de nouvelles formes, sans que ses fondements idolâtres et oppressifs ne changent. Ce n’est pas la personne seule de Néron ou de Domitien qui est visée, mais une dynamique de pouvoir déshumanisante, un empire qui exige une allégeance totale et se substitue à Dieu.
Ainsi, le message adressé aux croyants prend tout son sens : ce qu’ils affrontent n’est pas simplement un empereur, mais un système spirituellement corrompu, capable de se camoufler sous différents visages au fil des époques. La Bête n’est jamais vraiment morte : elle se relève, elle ressuscite, et elle impose à nouveau sa marque.
Dans un tel contexte, résister à Domitien, c’est résister à la tentation permanente de diviniser le pouvoir politique, de le laisser occuper la place de Dieu.
5. Le problème de l’identification à la puissance anglo-américaine
Dans l’article de mai 2022, les Témoins de Jéhovah affirment que les sept têtes de la bête représentent sept puissances mondiales ayant influencé les serviteurs de Dieu : Égypte, Assyrie, Babylone, Médo-Perse, Grèce, Rome, puis la puissance anglo-américaine. Selon eux, la Grande-Bretagne et les États-Unis constituent la septième tête de la bête.
Cette liste est reconstruite à partir d’une lecture générale de l’histoire biblique. Apocalypse 13 et 17 ne donnent pourtant jamais ce critère des « puissances ayant eu une influence déterminante sur les serviteurs de Dieu ». Le texte ne nomme ni l’Égypte ni l’Assyrie parmi les sept têtes.
Apocalypse 17 explique :
« Les sept têtes représentent sept montagnes sur lesquelles la femme est assise. Et il y a sept rois : cinq sont tombés, l’un est là, et l’autre n’est pas encore arrivé. La bête sauvage qui était mais qui n’est pas, elle est aussi un huitième roi, mais elle vient des sept. » — Apocalypse 17:9-11.
Les spécialistes discutent de la manière exacte de compter les sept rois, car le résultat varie selon le premier empereur retenu et selon la place donnée aux règnes très courts de 68–69. Pour les cinq qui sont tombés, les exégètes s'accordent généralement à les énumérer comme suit : Auguste, Tibère, Caligula, Claude et Néron (certains commentateurs, dont Aune lui-même, comptent à partir de Jules César, ce qui change qui est le cinquième ou sixième roi).
La mention « l’un est là » désignerait Vespasien, le septième serait Titus, qui n’a régné que brièvement, puis la bête apparaîtrait comme un huitième roi tout en étant « l’un des sept ». La bête qui revient comme huitième tout en appartenant aux sept prolongerait le thème de Néron redivivus. Néron revenu, éventuellement sous les traits d’un nouveau tyran impérial, Domitien étant vu comme une sorte de « nouveau Néron ».
Cela dit, les sept montagnes évoquent naturellement Rome, célèbre comme la ville aux sept collines, et la formule « l’un est là » inscrit la vision dans l’horizon historique de Jean.
Ainsi pour n’importe quel habitant du monde antique, la ville aux sept collines (ou sept montagnes) désigne une seule puissance : la cité de Rome (Urbs Septicollis).
Le nombre sept possède aussi une valeur symbolique de totalité. Les sept têtes peuvent donc représenter la puissance impériale romaine dans sa plénitude, tout en évoquant ses collines et ses souverains. Ces dimensions ne s’excluent pas mutuellement.
La Tour de Garde s’appuie également sur Apocalypse 13:7 : puisque la bête reçoit une autorité « sur toute tribu, et peuple, et langue, et nation », elle représenterait davantage qu’un seul empire.
Mais cette formule décrit l’étendue du pouvoir universel revendiquée par la bête, non une succession de tous les gouvernements de l’Histoire. Les propagandes impériales utilisaient volontiers un langage universel, même si Rome ne contrôlait pas littéralement toute la planète à proprement parler.
Quoi qu'il en soit, l’identification faite par les Témoins de Jéhovah de la septième tête à la puissance anglo-américaine dépend surtout d’un autre élément de leur système doctrinal : l’idée que le « jour du Seigneur » aurait commencé à l’époque moderne, nous avons déjà abordé cette question autour de la thématique des « derniers jours ».
Or, elle ne découle pas des données fournies par Apocalypse 13. Le texte n’avait donc pas besoin d’attendre le XXe siècle pour devenir compréhensible. C’est une règle importante pour lire l’Apocalypse, le livre peut évidemment nous parler encore aujourd’hui, mais il devait d’abord parler à ses premiers destinataires.
6. La bête à deux cornes qui monte de la terre
Après la bête de la mer, Jean voit une deuxième bête :
« Puis je vis une autre bête sauvage monter de la terre. Elle avait deux cornes comme celles d’un agneau, mais elle se mit à parler comme un dragon. » — Apocalypse 13:11.
Cette deuxième bête est différente de la première. Elle monte de la terre, non de la mer. Cette opposition peut rappeler le couple Léviathan–Béhémoth évoqué plus haut, mais le texte insiste surtout sur son apparence et sur sa fonction. Elle a deux cornes comme un agneau, mais elle parle comme un dragon. L’image est très forte. Elle ressemble à un agneau, mais sa voix révèle son véritable maître.
Dans l’Apocalypse, l’Agneau véritable, c’est Jésus Christ. Donc une bête qui ressemble à un agneau mais parle comme un dragon représente une sorte d'imitation trompeuse. Et que fait cette deuxième bête ?
Le texte précise ensuite son rôle :
« Elle exerce tout le pouvoir de la première bête sauvage sous les yeux de celle-ci. Et elle amène la terre et ses habitants à adorer la première bête sauvage. » — Apocalypse 13:12.
La fonction de la deuxième bête est donc de faire adorer la première. La seconde bête est au service de la première. Elle ne la remplace pas : elle rend sa domination légitime, religieuse et presque sacrée. C’est pourquoi elle sera appelée plus tard « le faux prophète » — Apocalypse 16:13 ; 19:20 ; 20:10. Un prophète dirige vers Dieu ; ce faux prophète dirige l’adoration vers la bête.
Dans Apocalypse 13, la bête qui monte de la terre est donc une puissance de propagande religieuse et idéologique. Elle pousse les habitants de la terre à adorer la première bête. Elle fait des signes. Elle séduit. Elle dirige l’attention des humains vers la bête de la mer.
Là encore, il faut revenir au contexte historique.
Le culte impérial et les élites locales d’Asie Mineure
Dans l’Asie Mineure romaine, le culte impérial était soutenu par des cités, des prêtres, des magistrats, des associations et de riches bienfaiteurs. La seconde bête correspond bien à ce réseau religieux et civique qui donnait à la domination de Rome une légitimité sacrée. Parmi les églises auxquelles Jean écrit, on peut relever par exemple :
Pergame possédait vers 29 avant notre ère un temple provincial consacré à Rome et Auguste.
Smyrne obtint en 26 de notre ère un temple consacré à Tibère, Livie et au Sénat.
À Éphèse, un temple provincial dédié aux Sebastoi, la famille impériale flavienne, fut établi sous Domitien vers 89–90.
Les études consacrées aux cités dites « néocores » montrent que Pergame, Smyrne et Éphèse ne se contentaient pas d’abriter des temples impériaux. Le titre de neōkoros, littéralement « gardienne du temple », constituait un honneur officiel que les villes mettaient en avant dans leurs inscriptions, leurs monnaies et leurs monuments.
De plus, les autorités locales prenaient une part active à leur organisation. Les villes rivalisaient pour obtenir l’honneur d’accueillir un temple impérial ; les élites finançaient des bâtiments, des fêtes, des sacrifices, des concours et des processions. Le culte renforçait leur prestige local et leur relation avec Rome.
Le professeur Steven J. Friesen montre par exemple qu’à Milet, des récits mythologiques locaux furent intégrés dans un espace lié au culte impérial afin de présenter l’autorité romaine comme l’instrument de la justice divine. À Aphrodisias, le Sébasteion associait les empereurs à des dieux, à des héros et à des peuples vaincus. L’iconographie plaçait ainsi les victoires de Rome dans un récit sacré.
Dans l’Apocalypse, Jean renverse ce discours. Ce que les inscriptions et les cérémonies présentent comme de la piété bienfaisante apparaît sous les traits d'une bête qui parle comme le dragon. Jean reprend les images reconnues par la société et les transforme pour détacher ses lecteurs de l’idéologie impériale.
Le culte impérial appartenait à la vie publique des cités : cérémonies, fêtes, associations, honneurs, repas et activités civiques. Un chrétien qui refusait certaines pratiques pouvait apparaître comme déloyal envers la cité ou ingrat envers ses bienfaiteurs. Cette pression sociale et religieuse explique beaucoup mieux la seconde bête qu’une puissance politique moderne apparue près de deux mille ans plus tard...
Le verbe « adorer » revient cinq fois dans Apocalypse 13 : deux fois au verset 4, puis aux versets 8, 12 et 15. C’est bien le cœur du chapitre. Le pouvoir devient bestial lorsqu’il exige que les humains lui donnent ce qui revient à Dieu.
Ainsi lorsqu'au verset 9 il est dit :
« Si quelqu’un a des oreilles, qu’il écoute. »
Cette formule est classique dans la Bible, surtout dans les paroles de Jésus (Marc 4:9, Luc 8:8b), et dans les lettres aux 7 Églises (Apocalypse 2–3). Elle interpelle le lecteur/auditeur : ouvre bien les yeux, sois attentif, il y a ici un message crucial, même si caché sous des symboles.
Le verset 10 se termine par un appel à l’endurance des saints :
« C’est ici qu’il faut aux saints de l’endurance et de la foi. » — Apocalypse 13:10.
Ce verset fournit ici la clé de lecture du passage, à visée pastorale. Jean ne cherche pas d’abord à satisfaire notre curiosité prophétique. Il appelle les croyants à discerner le vrai visage de la bête et à rester fidèles à Christ.
De plus, Jean n’encourage pas les chrétiens à se rebeller par la force contre Rome. Il ne prône ni la violence ni la vengeance. Il appelle à la persévérance dans la foi, même au prix de la souffrance ou de la mort. Ceux qui veulent répondre au mal par le mal, ne font que prolonger le cycle de la bête.
Il faut donc distinguer deux niveaux.
Premier niveau :
le sens historique du texte. Pour les premiers lecteurs, la bête renvoie au pouvoir impérial romain et à son système idolâtre.
Deuxième niveau :
l’application théologique. La bête peut devenir une image de tout pouvoir humain qui se divinise, exige l’adoration, persécute les fidèles et impose une loyauté absolue.
Le problème est de sauter directement au deuxième niveau en oubliant le premier. La lecture des Témoins de Jéhovah passe directement à une application moderne en oubliant l’ancrage historique qui donne d’abord tout le sens aux symboles présents dans le texte.
À retenir
Apocalypse 13 présente deux bêtes.
La première monte de la mer. Elle reçoit son pouvoir du dragon. Elle blasphème, domine les nations, reçoit l’adoration et fait la guerre aux saints. Dans le contexte du Ier siècle, elle renvoie d’abord au pouvoir impérial et militaire romain, compris comme puissance idolâtre et violente.
La deuxième monte de la terre. Elle a deux cornes comme un agneau, mais parle comme un dragon. Elle exerce l’autorité de la première bête et pousse les habitants de la terre à l’adorer. Elle représente le pouvoir lié à la propagande religieuse et idéologique, liée au culte impérial et aux structures religieuses ou civiles qui soutenaient Rome et rendaient son pouvoir sacré aux yeux des peuples.
L'Apocalypse parle d’abord aux chrétiens d’Asie Mineure, vivant sous la domination de Rome, entourés par le culte impérial, confrontés à la pression sociale, religieuse, politique et économique de leur monde.
Conclusion
Apocalypse 13 ne présente pas des symboles restés incompréhensibles jusqu’à l’apparition de puissances modernes. Dans ce chapitre Jean réutilise un grand nombre d’images que ses premiers lecteurs pouvaient reconnaître que nous avons développées tout au long de cet article.
La bête de la mer prend ainsi le visage de Rome : une puissance politique et militaire qui se présente comme invincible et reçoit des honneurs religieux. La bête de la terre donne à cette domination une apparence sacrée et dirige l’adoration vers elle.
Malgré tout, son message profond reste actuel : le chrétien doit apprendre à reconnaître et discerner les puissances qui réclament l’adoration, à discerner les discours qui rendent ces puissances séduisantes, et à rester fidèle à l’Agneau. Mais d'en faire une quelconque application, il faut user de prudence, et comprendre le sens premier du chapitre, pour ne pas passer totalement à côté de la logique du livre.
La puissance anglo-américaine n’est ni nommée ni suggérée par l’horizon historique d’Apocalypse 13.
Mais plusieurs éléments du chapitre restent encore à examiner. Pourquoi la seconde bête accomplit-elle des signes ? Que représente l’image qu’elle fait fabriquer ? Pourquoi une marque est-elle placée sur la main ou le front ? Quel lien entretient-elle avec l’achat et la vente ? Et que signifie réellement le nombre 666 ?
Ce sera l’objet de la deuxième partie.
Sources
Tacite, Histoires, 2.8.
Suétone, Vie de Néron, 57 ; Vie de Domitien, 13.
Dion Cassius, Histoire romaine, 66.19.3.
Oracles sibyllins, livres 4, 5 et 8.
1 Hénoch 60:7-9 ; 4 Esdras 6:49-52 ; 2 Baruch 29:3-4.
La Tour de Garde annonce le Royaume de Jéhovah, mai 2022, article d’étude 20, « La Révélation : ce qu’elle signifiera pour les ennemis de Dieu ».
Traduction du monde nouveau, Apocalypse 13.
Richard Bauckham, The Theology of the Book of Revelation, Cambridge, Cambridge University Press, 1993.
Richard Bauckham, The Climax of Prophecy: Studies on the Book of Revelation, Edinburgh, T&T Clark, 1993.
Craig R. Koester, Revelation: A New Translation with Introduction and Commentary, Anchor Yale Bible 38A, New Haven, Yale University Press, 2014.
Craig R. Koester, « Revelation’s Visionary Challenge to Ordinary Empire », Interpretation 63/1, 2009, p. 5-18.
David E. Aune, Revelation 6–16, Word Biblical Commentary 52B, Nashville, Thomas Nelson, 1998.
G. K. Beale, The Book of Revelation, New International Greek Testament Commentary, Grand Rapids, Eerdmans, 1999.
Adela Yarbro Collins, Crisis and Catharsis: The Power of the Apocalypse, Philadelphia, Westminster Press, 1984.
Pierre Prigent, L’Apocalypse de saint Jean, Genève, Labor et Fides, 2000.
Steven J. Friesen, « Myth and Symbolic Resistance in Revelation 13 », Journal of Biblical Literature 123/2, 2004, p. 281-313.
Michael Naylor, « The Roman Imperial Cult and Revelation », Currents in Biblical Research 8/2, 2010, p. 207-239.
S. R. F. Price, Rituals and Power: The Roman Imperial Cult in Asia Minor, Cambridge, Cambridge University Press, 1984.