La résurrection : quand et comment selon le livre de l’Apocalypse ? — Troisième partie

Bible et exégèse · Romain ·

Les Témoins de Jéhovah utilisent Apocalypse 20 pour distinguer la première résurrection, réservée aux chrétiens oints appelés à régner avec Christ au ciel, et la résurrection des autres humains, qui seraient progressivement amenés à la perfection pendant les mille ans. Mais est-ce vraiment ce que dit le texte ?

Dans les deux articles précédents, nous avons examiné deux textes majeurs de Paul : 1 Thessaloniciens 4 et 1 Corinthiens 15 qui abordent la question de la résurrection.

Dans le premier, Paul répondait à une inquiétude concrète des Thessaloniciens, qui se demandaient ce qui allait arriver aux croyants morts avant la venue du Seigneur Jésus ? Paul y répond simplement en disant que les morts en Christ ne seront pas oubliés, les vivants ne les précéderont pas, et tous seront réunis avec le Seigneur lors de sa venue (parousia).

Dans le deuxième, nous avons vu que Paul ne décrit pas une résurrection immatérielle, comme si les croyants abandonnaient leur corps pour devenir des esprits. Paul y parle d’un corps (somā) transformé. D'un corps corruptible devenu incorruptible, mortel revêtu d’immortalité, faible devenu glorieux, naturel devenu spirituel, c’est-à-dire animé par l’Esprit de Dieu.

Il reste cependant un passage central dans les croyances des Témoins de Jéhovah : Apocalypse 20.

Si vous n'avez pas eu l'occasion de lire les articles sur la question de l'espérance chrétienne dans le Nouveau Testament nous vous invitons à en prendre connaissance avant de poursuivre votre lecture :

Venons-en maintenant à ce fameux chapitre de l'Apocalypse qui depuis près de deux mille ans a fait couler beaucoup d’encre. Ce passage fait partie des passages les plus discutés du Nouveau Testament.

Le danger quand on analyse ce genre de passage serait de vouloir l'expliquer au regard d'autres passages du Nouveau Testament afin de construire une explication cohérente et harmonieuse sur la résurrection à l'intérieur de son propre système doctrinal.

Mais avant cela prenons le temps de nous poser quelques questions : Si Paul parle d’une résurrection future, liée à la venue du Christ, comment comprendre Apocalypse 20 ? Et puis, que signifie la « première résurrection » dont il est question ?

Ou encore qui sont « les autres morts » qui ne reviennent pas à la vie avant la fin des mille ans ? Faut-il y voir deux résurrections séparées par un programme millénaire d’enseignement ? Et que faire du jugement final, des livres ouverts, de la résurrection des justes et des injustes, et de la seconde mort ?

C'est un vaste programme.

D'abord l'Apocalypse n'est pas une lettre de Paul, ce texte est historiquement situé dans les événements de la fin du Ier siècle, dont nous avons déjà parlé dans les articles précédents, et s'adressant aux chrétiens d'Asie mineure.

Par ailleurs, les Témoins de Jéhovah affirment ceci à propos de la résurrection dont il est question dans le chapitre 20 de l'Apocalypse (voir l'article ici) :

La malédiction liée à ce péché aura complètement disparu. Ainsi, à la fin des 1 000 ans, les humains auront « pris vie » en ce sens qu’ils auront atteint la perfection (Rév. 20:5).

— La Tour de Garde annonce le Royaume de Jéhovah, 1er mai 2022, La Révélation : ce qu’elle signifiera pour toi, §18.

On peut lire également dans un autre article paru la même année :

QUELS moments merveilleux nous connaîtrons quand la résurrection commencera sur la terre durant le règne de mille ans de Christ !

[...] Peut-être que la résurrection commencera par ceux qui sont morts fidèles durant les derniers jours, puis qu’elle se poursuivra avec la génération précédente et ainsi de suite. Si les choses se passent effectivement ainsi, les personnes de chaque génération auront la possibilité d’accueillir ceux qu’ils auront connus personnellement.

— La Tour de Garde annonce le Royaume de Jéhovah, 1er septembre 2022, « Ils amènent la multitude à la justice », §1 (voir note).

Bien, ceci étant dit abordons cela méthodiquement.

1. L'Apocalypse : genre littéraire et mise en contexte

Le mot « apocalypse » signifie révélation, ou littéralement « dévoilement des choses cachées ». C'est important à savoir pour comprendre le type de texte que l'on a en face de nous et à quel genre littéraire il appartient.

De ce fait ce type de littérature, l’apocalyptique, utilise des visions (scènes imaginées et racontées comme vues), des symboles (images qui représentent autre chose qu’elles-mêmes), et toute sorte d'images parlante pour ces auditeurs.

L’Apocalypse est écrite à la fin du Ier siècle (souvent datée vers 95 ap. J.-C.), sous Domitien ou un peu avant, dans un contexte de tensions ou persécutions. Les premiers auditeurs étaient des chrétiens d’Asie Mineure, nourris par l’imaginaire biblique juif et par les traditions apocalyptiques.

Le but du genre apocalyptique n’est donc pas d’informer, mais de faire comprendre autrement la réalité historique et spirituelle dans laquelle vivent les lecteurs. Ce genre n’a pas pour but de décrire des faits de manière littérale ou chronologique. Il fonctionne par visions symboliques, souvent déroutantes, pour proposer une lecture théologique de l’histoire. Les images, les symboles et les visions servent à faire réfléchir le lecteur.

En résumé, l'Apocalypse a pour objectif de révéler le sens profond des réalités célestes, par des rêves et des visions symboliques, liée aux événements passés et présents que vivent les premiers destinataires du texte. Le but est surtout de rassurer, d'encourager, et de mettre en garde le Peuple de Dieu en période de crise face à l'empire romain, la puissance politique et militaire de l'époque du livre.

Cela signifie que l’auteur, Jean, ne cherche pas d’abord à construire un calendrier précis d’événements futurs, ni à produire un reportage prophétique permettant d’identifier une période en particulier de l’histoire moderne.

Ce livre ne nous est donc pas adressé directement en premier lieu. Il s’adresse d’abord aux chrétiens du Ier siècle. Mais son message demeure actuel pour les croyants : tenir bon dans l’épreuve, refuser l’idolâtrie des puissances humaines, rester fidèle à l’Agneau et vivre dans l’espérance de la victoire finale de Dieu.

On peut noter que le spécialiste du Nouveau Testament Richard Bauckham, dans The Theology of the Book of Revelation, souligne que l’Apocalypse ne doit pas être lue comme un calendrier ésotérique des événements futurs, mais comme une vision théologique du Royaume de Dieu, située dans le monde de la fin du Ier siècle dominé par la puissance et l’idéologie romaine. Le livre appelle les chrétiens à discerner et à refuser les idolâtries politiques de leur temps, dans le contexte de l’Empire romain.

Craig R. Koester va dans le même sens. Dans son article « Revelation’s Visionary Challenge to Ordinary Empire », il explique que les visions de l’Apocalypse cherchent à transformer la manière dont les croyants perçoivent les réalités politiques, religieuses et économiques de l’Empire romain. L’Apocalypse ne cherche donc pas seulement à prédire l’avenir ; elle forme le regard des croyants, pour qu’ils voient Rome, l’idolâtrie, la violence et la séduction impériale depuis le point de vue de Dieu.

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Jean de Patmos - vision d'Apocalypse 20.

À retenir

Une apocalypse — du grec apokalypsis, qui signifie « révélation » ou « dévoilement » — n’est pas d’abord une annonce de la fin du monde. C’est une révélation qui dévoile la réalité cachée derrière les événements visibles.

Autrement dit, l’apocalypse invite le lecteur à voir le monde avec le regard de Dieu. Elle interprète l’histoire, les puissances politiques, la souffrance des fidèles et le jugement du mal à partir d’une perspective divine.

Un texte apocalyptique doit donc être lu dans son contexte historique. Il utilise des symboles, des images et des références que ses premiers lecteurs pouvaient reconnaître : les bêtes, les empires, les chiffres, les visions célestes, les trônes, les livres ouverts, le jugement. Avant de chercher à appliquer ces images à notre époque, il faut d’abord se demander ce qu’elles signifiaient pour les lecteurs auxquels le texte s’adressait.

L’objectif est de donner une perspective céleste sur nos circonstances de vie terrestres, afin que chaque génération de croyants puisse être exhortée à agir, trouver du réconfort et recevoir de l'espoir pour l’avenir.

2. Où se place Apocalypse 20 dans le livre ?

Avant d'aborder les questions liées à la résurrection, il faut regarder où se situe Apocalypse 20 dans le déroulement du livre. Ce chapitre arrive juste après après la chute de Babylone la Grande, après la victoire du Christ sur la bête et le faux prophète, et avant la vision du jugement final puis de la nouvelle création.

Le chapitre s’inscrit dans une série de visions qui montrent progressivement la défaite des puissances opposées à Dieu.

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La chute de Babylone la Grande — Chapitre 17-18.

Dans les chapitres précédents, Jean a vu Babylone tomber. Cette Babylone représente un système religieux, politique, économique et impérial corrompu, associé à la violence, à l’idolâtrie et à la persécution des fidèles (voir cet article). Puis, au chapitre 19, Jean voit la victoire du Christ sur la bête et sur le faux prophète. Ces deux figures sont alors jetées dans le lac de feu. L'idée est que les puissances qui s’opposent à Dieu ne triompheront pas.

Ensuite seulement vient Apocalypse 20.

Ce chapitre est central dans le développement du livre car il répond d’abord à une question théologique et pastorale (qui est celle de rassurer et d'encourager les croyants) : que deviennent les fidèles qui ont souffert et parfois été tués à cause de leur fidélité au Christ ? Le pouvoir de la bête a-t-il eu le dernier mot ? Les martyrs sont-ils perdants ?

L'auteur montre que non.

Mais le chapitre commence avec un ange qui descend du ciel, saisit le dragon, c’est-à-dire Satan, et le lie pour mille ans :

« Il saisit le dragon, le serpent ancien, qui est le diable et Satan, et il le lia pour mille ans. » — Apocalypse 20:2.

Après Babylone, après la bête et le faux prophète, c’est maintenant Satan lui-même qui est neutralisé. Le mal est traité à sa racine. Le texte ne s’intéresse pas seulement aux instruments visibles du mal, mais aussi à la puissance spirituelle qui se tient derrière eux.

Mais que voit ensuite Jean ?

3. Les fidèles vaincus par la bête règnent avec le Christ

Puis Jean voit des trônes, des personnes à qui le pouvoir de juger est donné, et les fidèles qui ont refusé d’adorer la bête :

« Je vis des trônes. À ceux qui s’y assirent fut donné le pouvoir de juger. Je vis aussi les âmes de ceux qui avaient été décapités à cause du témoignage de Jésus et de la parole de Dieu, et ceux qui n’avaient pas adoré la bête ni son image et qui n’avaient pas reçu la marque sur le front ni sur la main. Ils revinrent à la vie et ils régnèrent avec le Christ pendant mille ans. » — Apocalypse 20:4.

Les enjeux de ce passage sont :

  1. D'abord ces personnes ont été mises à mort « à cause du témoignage de Jésus et de la parole de Dieu ». Cela rejoint un thème déjà présent dans l’Apocalypse. En Apocalypse 6:9, Jean avait déjà vu « les âmes de ceux qui avaient été immolés à cause de la parole de Dieu et du témoignage qu’ils avaient rendu ». Le chapitre 20 reprend donc cette même question : que deviennent ceux qui ont été tués à cause de leur fidélité au Christ ?

  2. Ensuite Jean précise qu’ils n’ont pas adoré la bête ni son image, et qu’ils n’ont pas reçu sa marque. Cela montre que le passage s’inscrit directement dans le conflit décrit dans les chapitres précédents. La bête représente une puissance hostile à Dieu, qui exige l’adoration, impose sa marque et persécute ceux qui résistent (nous ferons un article sur l'identité de la bête et le pouvoir qu'elle représente par la suite).

Ainsi ceux que la bête a fait mourir vivent et règnent avec le Christ. Leur mort n’est pas une défaite définitive. Leur fidélité est reconnue par Dieu. Ils participent à la victoire du Christ, alors même que, du point de vue humain, ils semblaient avoir été vaincus.

Voilà le coeur du message adressé à ces chrétiens d'Asie mineure, et par extension à tous les croyants depuis deux mille ans. Le point de départ, c’est la réhabilitation des témoins fidèles.

Mais alors à qui s'adresse ce passage exactement ? Uniquement à un groupe restreint de chrétiens ou selon l'organisation aux 144 000 chrétiens oints d’esprit ? Le chapitre 20 ne fait aucune mention des 144 000 ou de la grande foule, et il est même assez évident que ce passage ne fait encore une fois aucune distinction entre deux groupe de chrétiens.

Mais parle de tous ceux qui ont souffert à cause du témoignage de Jésus, de ceux qui ont refusé d’adorer la bête, et qui participent maintenant au règne du Christ.

Autrement dit, Apocalypse 20:4 parle de fidèles qui ont résisté à la bête, parfois jusqu’à la mort. Les Témoins de Jéhovah tordent ce passage pour le faire rentrer dans leur système du royaume millénaire et de deux espérances, sauf que le texte ici parle de fidélité au Christ face à la bête. Il ne donne pas un nombre. Il ne mentionne pas les 144 000. Il ne parle pas d’une distinction entre une partie céleste et une partie terrestre. Il ne dit pas que seuls certains chrétiens sont prêtres et rois, tandis que les autres seraient bénéficiaires de leur règne. Toutes ces données ne se trouvent pas dans le texte.

Ce point est d’autant plus important que le langage royal et sacerdotal n’apparaît pas seulement en Apocalypse 20. Dès le début du livre, Jean affirme que Jésus a fait des croyants « un royaume, des prêtres pour son Dieu et Père » (Apocalypse 1:6). Puis, en Apocalypse 5:9-10, le cantique adressé à l’Agneau déclare qu’il a racheté pour Dieu des personnes « de toute tribu, langue, peuple et nation » et qu’il a fait d’eux « un royaume et des prêtres ».

Pour plus d'informations sur le sujet, lire cet article : Genèse 1:26 : « Faisons les humains à notre image ».

Ce langage ne sort pas de nulle part. Il reprend l’appel adressé au peuple d'Israël en Exode 19:6 : devenir « un royaume de prêtres » et une nation sainte. Le Nouveau Testament applique ensuite cette vocation au peuple de Dieu en Christ, comme le montre 1 Pierre 2:9, qui parle des croyants comme d’un « sacerdoce royal » et d’une « nation sainte ».

Autrement dit, dans la logique biblique, être roi et prêtre correspond à la vocation du peuple racheté : appartenir à Dieu, lui rendre un culte, témoigner de lui, et participer à son règne.

Sur le plan exégétique, on ne peut pas présenter comme explicite ce qui est en réalité reconstruit à partir d’un système doctrinal, qui plus est fragile.

À savoir

L'auteur cherche à renverser encore une fois le regard que l'on a sur les choses, c'est typique de l'Apocalypse. L’Agneau paraît égorgé, mais il est debout. Les martyrs paraissent vaincus, mais ils sont vainqueurs. Babylone paraît glorieuse, mais elle est jugée. La bête paraît dominer, mais elle est détruite.

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En quel sens règne-t-il ? Car ils participent à la victoire du Christ. Ils vivent. Ils règnent. Ils sont associés au jugement de Dieu. Ainsi les fidèles qui paraissaient perdants dans l’histoire sont en réalité vainqueurs du point de vue de Dieu.

En quel sens ont-ils reçu le pouvoir de juger ? Le passif (« il fut donné ») est un passif divin : Dieu délègue l’autorité. « Juger » (krinein) n’évoque pas seulement de trancher des litiges, mais d'exercer la royauté (dans la Bible, régner et juger vont ensemble : 1  Rois 3 ; Psaumes 72). On y trouve des échos dans le Nouveau Testament : Matthieu 19:28 (« vous siégerez sur des trônes »), Luc 22:29‑30, 1  Corinthiens 6:2‑3 (« les saints jugeront le monde »).

La visée du texte est pastorale et a pour but d’encourager les chrétiens, l’auteur veut ainsi dire ne vous laissez pas intimider par les « tribunaux » de l’Empire  ; le vrai jugement a été confié par Dieu à ceux qui lui sont fidèles.

À retenir

Dans Apocalypse 20, ceux qui règnent avec Christ sont surtout les martyrs et témoins fidèles, ceux qui ont refusé d'adorer la Bête. Ici la scène veut les réhabiliter en quelque sorte : ceux que l’Empire a condamnés sont justifiés par Dieu et associés au règne du Christ. Dieu récompense leur fidélité jusqu'à la mort. 

4. Que signifie « ils revinrent à la vie » ?

'[Les autres morts ne revinrent pas à la vie avant que les 1000 ans soient passés.] C'est la première résurrection. ' — Apocalypse 20:5

En grec, le verbe utilisé est zaō, « vivre ». Apocalypse 20:4 dit que les fidèles « vécurent » ou « revinrent à la vie » et régnèrent avec Christ pendant mille ans. Puis le verset 5 ajoute : « les autres morts ne revinrent pas à la vie avant que les mille ans soient achevés ».

Selon l'interprétation des Témoins de Jéhovah, les premiers “reviennent à la vie” par une résurrection céleste, tandis que les autres “prennent vie” à la fin des mille ans en atteignant la perfection humaine. C'est ce qu'explique la Tour de Garde de mai 2022.

Le premier problème de cette lecture, c'est qu'elle donne deux sens différents à cette expression « prendre vie » ou « revinrent à la vie ». On est donc face à un problème exégétique, rien dans le texte n'évoque le fait d'atteindre une supposée perfection à la fin des mille ans.

Dans le passage lui-même, “revenir à la vie” appartient au vocabulaire de la résurrection. C’est même pour cela que Jean peut dire immédiatement : “C’est la première résurrection.” Donc que la deuxième est à venir, puisque le “reste des morts”, lui, ne participe pas à cette première résurrection. Il est concerné par la scène de jugement qui suit, devant le grand trône blanc à partir du verset 11.

Donc pour faire simple, ceux qui ont part à la deuxième résurrection, dans la logique du texte, il s’agit des morts qui n’appartiennent pas aux fidèles ou aux martyrs — autrement dit, ceux qui ne sont pas comptés parmi les vainqueurs de la foi.

Le deuxième problème, c’est que cette lecture oblige à placer la résurrection des « autres morts » progressivement pendant les mille ans, alors que le texte dit précisément l’inverse.

Jean écrit :

« Les autres morts ne revinrent pas à la vie avant que les mille ans soient achevés. »

Dans l’interprétation des Témoins de Jéhovah, la résurrection terrestre commencerait pendant le règne millénaire du Christ. Les morts reviendraient progressivement, seraient enseignés, puis avanceraient vers la perfection. Mais cette lecture créée une confusion inutile en ajoutant au texte un scénario monté de toute pièce par l'organisation.

Ainsi on se retrouve avec le fait que des personnes peuvent être ressuscitées physiquement pendant les mille ans, mais qu’elles ne « prennent vie » pleinement qu’à la fin, lorsqu’elles atteignent la perfection. Mais le texte ne dit absolument pas cela, et malheureusement l'interprétation qu'ils en font complique inutilement les choses.

Jean dit simplement qu’ils [les autres morts] ne revinrent pas à la vie avant que les mille ans soient achevés. C'est tout. Donc, si l’on reste proche de la formulation du texte, il est difficile de faire de ce verset la preuve d’une résurrection progressive pendant le Millénium. À moins de faire preuve d'une imagination débordante.

Le troisième problème, c’est que le Nouveau Testament, lorsque nous l’avons étudié dans les articles précédents, ne décrit pas la résurrection comme un processus progressif vers la perfection pendant mille ans. Paul parle d’une transformation au moment de la venue du Christ (1 Corinthiens 15:51-52 et 53).

Donc l'idée, ou dirons-nous plutôt l'innovation faite par l'organisation d’une résurrection suivie d’un long processus vers la perfection est absolument étrangère du langage du Nouveau Testament lorsqu’il parle de la résurrection finale.

'Heureux et saints ceux qui ont part à la première résurrection! La seconde mort n'a pas de pouvoir sur eux, mais ils seront prêtres de Dieu et de Christ et ils régneront avec lui pendant 1000 ans. ' — Apocalypse 20:6

De plus ce texte ne parle pas explicitement d’une « deuxième résurrection ». Jean oppose surtout la « première résurrection », à la « seconde mort ».

C’est important parce que le contraste principal du passage n’est pas entre une résurrection céleste et une résurrection terrestre. Il est entre ceux qui ont été fidèles au Christ, qui règnent avec lui, sur qui la seconde mort n’a pas de pouvoir et ceux qui restent exposés au jugement final, les autres morts.

Mais alors, en quel sens ceux qui ont part à la première résurrection reviennent-ils à la vie ? Que signifie cette première résurrection ? Et comment la comprendre ?

5. Prémillénarisme et amillénarisme : deux grandes lectures

En fait, plusieurs explications sont possibles car tous les spécialistes ne sont pas d'accord sur la nature exacte de cette résurrection. Ce passage est l'un des plus débattue du Nouveau Testament. Le texte d'Apocalypse 20 a donné naissance à deux grandes écoles d'interprétation qui s'affrontent depuis le IIe siècle :

Première possibilité.

Dans une lecture prémillénariste, on l’appelle souvent, dans les premiers siècles, le chiliasme, du grec chilia, « mille ». L’idée générale est simple : le Christ reviendra, les justes ressusciteront, puis ils régneront avec lui pendant mille ans avant le jugement final. Cette lecture se retrouve chez certains auteurs chrétiens des premiers siècles, elle est donc très ancienne. Notons par exemple :

  1. Le premier témoin est Papias de Hiérapolis, généralement situé au début du IIe siècle, vers 60–130 ap. J.-C. Son ouvrage, Expositions des paroles du Seigneur, est malheureusement perdu. Nous ne le connaissons que par des fragments transmis par d’autres auteurs, notamment Irénée de Lyon (fin du IIe siècle) et Eusèbe de Césarée (début du IVe siècle). Papias enseignait qu’après la résurrection des morts viendrait un règne terrestre et corporel du Christ pendant mille ans.

  2. Justin Martyr ou de Naplouse, vers 100–165 ap. J.-C., dans son Dialogue avec Tryphon, notamment au chapitre 80. Justin affirme attendre une résurrection des morts et un règne de mille ans à Jérusalem, tout en reconnaissant que tous les chrétiens de son époque ne partageaient pas cette opinion.

  3. Irénée de Lyon, vers 130–202 ap. J.-C., dans Contre les hérésies, livre V, chapitres 32 à 36, pour lui, le règne millénaire est lié à la résurrection corporelle des justes, suivi du jugement final et à la restauration concrète de la création.

Cependant ce n’est pas parce qu’une lecture est ancienne qu’elle est automatiquement la seule possible et la seule légitime. Dès Justin de Naplouse, on voit déjà que tous les chrétiens ne lisaient pas Apocalypse 20 de la même manière.

Comme nous l'avons déjà évoqué, les premiers auditeurs étaient majoritairement des chrétiens issus d’un milieu juif, imprégnés d’attentes messianiques juives. Dans le judaïsme du Second Temple, l’attente d’un règne messianique terrestre avant la transformation finale du monde était courante (1 Hénoch 91-104, 2 Baruch, 4 Esdras).

Plus tard, Eusèbe de Césarée critiquera sévèrement Papias, en l’accusant d’avoir compris trop littéralement certaines traditions et d’avoir transmis des éléments de nature plus fabuleuse. Cela montre que, dès l’Antiquité, le millénarisme a été discuté, parfois défendu, parfois critiqué, surtout lorsqu’il prenait des formes trop matérialistes ou imaginatives.

Deuxième possibilité.

Dans une lecture amillénariste ou symbolique, les mille ans ne désignent pas nécessairement un règne terrestre littéral futur de mille années. Ils symbolisent plutôt le règne du Christ déjà inauguré, depuis sa victoire, sa résurrection et son exaltation. Il est donc actuellement en cours.

Le “a” de “amillénarisme” ne signifie pas que les chrétiens nient ou rejettent Apocalypse 20, mais qu’ils ne comprennent pas les mille ans comme un royaume terrestre littéral séparé de la résurrection finale.

La théologie du Nouveau Testament permet aussi de comprendre le règne du Christ comme déjà inauguré au ciel, sans devoir nécessairement postuler à un royaume terrestre temporaire distinct avant la nouvelle création (Actes 2:32-36 ; Actes 7:55-56 ; Romains 8:34 ; 1 Corinthiens 15:24-28 ; Éphésiens 1:20-22 ; Colossiens 3:1 ; Hébreux 1:3 ; Apocalypse 1:5-6 ; Apocalypse 3:21 ; Apocalypse 12:10-12).

Dans cette lecture, la première résurrection désigne la vie des fidèles auprès du Christ, leur réhabilitation céleste, leur participation actuelle au règne du Christ, avant la résurrection finale générale et le jugement dernier.

Cette lecture est défendue, sous des formes différentes, par plusieurs exégètes contemporains.

G. K. Beale comprend la première résurrection comme la participation des croyants morts à la vie et au règne du Christ dans le ciel.

Craig R. Koester insiste aussi sur la réhabilitation des martyrs : ceux que les puissances terrestres ont condamnés sont vivants devant Dieu et associés au règne du Christ.

Pierre Prigent, dans son commentaire sur l’Apocalypse, lit également ce passage dans la logique du témoignage, du martyre et de la victoire des fidèles avec le Christ.

Ainsi le « règne de mille ans » est vu par beaucoup d’exégètes modernes comme symbolique : mille ans correspondent à une longue période fixée par Dieu.

À Périagogè, notre lecture se rapproche de cette deuxième approche.

La phrase « c’est la première résurrection » indique que la résurrection dont il est question n’est pas seulement un événement physique placé dans une chronologie future. Elle désigne aussi un état privilégié réservé aux disciples fidèles, ici surtout ceux qui ont été persécutés ou exécutés à cause de leur foi.

La résurrection finale, physique et universelle, apparaît ensuite à la fin du chapitre, dans la scène du grand trône blanc, lorsque les morts se tiennent devant Dieu et que les livres sont ouverts.

Cette lecture permet de respecter le langage symbolique de l’Apocalypse, sans nier l’espérance biblique d’une résurrection finale des morts (les différences de lectures prémillénaristes, amillénaristes et postmillénaristes feront l’objet d’un prochain article).

6. Les autres morts, les justes et les injustes

Mais alors que faire des « autres morts » ?

Apocalypse 20:5 dit qu’ils ne reviennent pas à la vie avant que les mille ans soient achevés. Puis, à partir du verset 11, Jean voit le grand trône blanc. Les morts, grands et petits, se tiennent devant Dieu. Des livres sont ouverts. Un autre livre est ouvert, le livre de vie. Les morts sont jugés selon leurs œuvres.

En Actes 24:15, Paul affirme :

« Il y aura une résurrection des justes et des injustes. »

Mais Actes 24:15 ne dit pas où ni quand précisément les injustes ressuscitent. Le texte affirme seulement le fait de leur résurrection. Dans le cadre juif de Paul, cela désigne une résurrection corporelle en vue du jugement final. On ne peut donc pas prétendre que ce verset donne une chronologie précise du millénium, cette idée ne se trouve pas chez Paul.

Cependant, on peut rapprocher ce verset de Daniel 12:2 :

« Beaucoup de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte, pour l’horreur éternelle. »

Et de Jean 5:28-29 :

« Tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix et sortiront : ceux qui auront fait le bien pour une résurrection de vie, ceux qui auront pratiqué le mal pour une résurrection de jugement. »

D'ailleurs Jésus parle au passé de ceux qui « ont fait des choses bonnes » et de ceux qui « ont pratiqué des choses détestables », ce qui renvoie aux actions accomplies avant leur mort. Daniel 12 et Jean 5 affirment une résurrection en vue d’une distinction finale, soit la vie soit le jugement.

Apocalypse 20 développe cette espérance dans son propre langage symbolique. L’arrière-plan biblique le plus évident est Daniel 7, où le tribunal céleste siège et où des livres sont ouverts.

Il est donc plus naturel de comprendre Apocalypse 20:11-15 comme une scène de jugement final, et non comme la description d’un programme d'enseignement pendant le millénium comme le pense l'organisation, idée absolument absente de l'Écriture.

'Je vis les morts, les grands et les petits, debout devant le trône. Des livres furent ouverts. Un autre livre fut aussi ouvert: le livre de vie. Les morts furent jugés conformément à leurs œuvres, d'après ce qui était écrit dans ces livres. ' — Apocalypse 20:12

L’expression « selon leurs actions » du verset 12, est également importante. Le texte ne dit pas que les morts sont jugés selon ce qu’ils feront après une période d’instruction pendant les mille ans. Il dit simplement qu’ils sont jugés selon leurs œuvres, c’est-à-dire selon la réalité de leur vie devant Dieu. Le jugement révèle la vérité des personnes : leurs choix, leur fidélité ou leur opposition à Dieu durant leur vie.

Cela ne veut pas dire que toutes nos questions sont résolues ou trouvent réponses ici. Le texte ne détaille pas le sort de chaque catégorie humaine. Il ne répond pas à toutes les questions pastorales que nous pourrions poser : qu’en est-il de ceux qui n’ont jamais connu Dieu ? Des ignorants ? Des enfants ? Des victimes de leur contexte de vie ou d'un système ? Des personnes manipulées ? Le texte ne donne pas de réponse précise à ces questions.

Alors les morts seront relevés devant Dieu, les œuvres seront jugées, le livre de vie sera ouvert, et la mort elle-même sera détruite. Car le sommet du passage n’est pas seulement la résurrection des morts. C’est la disparition de la mort :

« La mort et l’Hadès furent jetés dans le lac de feu. Le lac de feu, c’est la seconde mort. » — Apocalypse 20:14.

Voilà tous l'enjeu du chapitre : les fidèles sont réhabilités, Satan est jugé, les morts comparaissent devant Dieu, et la mort elle-même disparaît à jamais.

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Le jugement final révélera la vérité de chaque vie devant Dieu : ce qui a été fait, ce qui a été choisi, ce qui a été refusé, et ce qui doit être jugé avec justice.

On pourrait alors se demander : pourquoi ressusciter des personnes si c’est pour les juger et les condamner ? Dans ces textes, la résurrection n’est pas seulement un retour à la vie. Elle est aussi la comparution de tous devant Dieu. Le jugement final manifeste publiquement la justice de Dieu : aucun mort n’est oublié, aucune vie n’échappe à son regard, et chacun est jugé selon ses œuvres.

Autrement dit, les injustes ne sont pas ressuscités pour bénéficier d'une seconde période d'évaluation, mais pour être placés devant le jugement de Dieu. La résurrection de jugement n’est donc pas absurde ou “inutile” : elle signifie que Dieu rend justice, que le mal est dévoilé, et que la mort elle-même n’a pas le dernier mot.

C'est une résurrection judiciaire. Les morts sont relevés non pour simplement être “supprimés immédiatement” mais pour que le jugement de Dieu soit manifesté publiquement et définitivement.

Cela dit Jean énonce qu’après les mille ans Satan est relâché, qu’il égare les nations « aux quatre coins de la terre », appelées symboliquement Gog et Magog, et qu’elles montent contre « le camp des saints » et « la ville bien-aimée ». Il ne suffirait donc pas d’un article pour traiter correctement cette scène : qui sont Gog et Magog ? Comment comprendre cette attaque contre les saints ? De quoi s'agit il exactement ?

7. Le problème de la lecture des Témoins de Jéhovah

La difficulté principale de la lecture des Témoins de Jéhovah n’est pas qu’elle parle d’une espérance terrestre. La Bible parle bien d’une création renouvelée, d’une terre restaurée, d’un monde où Dieu demeurera avec les humains. Apocalypse 21–22 va même dans ce sens : la nouvelle Jérusalem descend du ciel, Dieu habite avec les humains, et la mort n’est plus.

L’Oxford Bible Commentary souligne que la formule « je fais toutes choses nouvelles » implique le renouvellement de la création par Dieu, non simplement son remplacement par une autre. Il observe aussi que la Nouvelle Jérusalem qui vient de Dieu « joint véritablement le ciel à la terre », contrairement au projet orgueilleux de Babylone.

Le problème réside dans le fait que l’Organisation fait dire à Apocalypse 20 des choses que le texte ne dit pas explicitement.

Le texte ne dit pas que les 144 000 sont les seuls concernés par la première résurrection. Il ne mentionne pas les 144 000. Il ne parle pas de deux parties de chrétiens, l’une appelée à la vie céleste et l’autre à la vie terrestre. Il ne décrit pas un programme mondial d’enseignement pendant les mille ans. Il ne dit pas que les livres ouverts sont de nouvelles instructions pour les ressuscités. Il ne dit pas non plus que “prendre vie” signifie atteindre la perfection humaine à la fin du millénium.

Tout cela est reconstruit à partir du système doctrinal des Témoins de Jéhovah.

Or, si l’on reste dans le texte, le message est plus sobre : les fidèles qui ont souffert pour le Christ vivent et règnent avec lui ; les autres morts sont concernés par le jugement final ; et la mort elle-même est détruite.

Cela ne règle pas tous les débats entre prémillénaristes et amillénaristes. Et à bien des égards, cela évite au contraire d’enfermer ce texte riche et complexe dans une lecture en excluant toute lecture différente.

Encore une fois, faire comme si une seule lecture était possible pose problème, parce que cela nous empêche de questionner notre rapport au texte et de nous demander si l’auteur voulait réellement répondre aux mêmes questions que nous.

Avant d’intégrer Apocalypse 20 dans un système doctrinal déjà construit, il faut donc accepter de revenir au texte lui-même : son genre littéraire, son contexte, ses images, ses silences, et la manière dont ses premiers lecteurs pouvaient le comprendre.

En tout cas, cet article suffit à montrer que la lecture proposée par les publications de l’Organisation ne découle pas naturellement d’Apocalypse 20.

Elle cherche à harmoniser Apocalypse 20 avec leur distinction entre les chrétiens oints, les autres brebis, les 144 000, la grande foule, la perfection progressive et l’épreuve finale. Mais cette harmonisation oblige à introduire dans le texte des éléments qui ne s’y trouvent pas. C'est très problématique pour un mouvement qui revendique ne se baser que sur la Bible et rien que sur la Bible.

C’est précisément là que se situe le problème exégétique.

À retenir

Apocalypse 20 ne dit pas que les humains “prennent vie” à la fin des mille ans parce qu’ils ont atteint la perfection. Le texte dit que les fidèles qui ont refusé la bête reviennent à la vie et règnent avec le Christ. C’est cela que Jean appelle la première résurrection.

Les autres morts, eux, ne reviennent pas à la vie avant la fin des mille ans. Ils sont ensuite associés à la scène du grand trône blanc, où les morts sont jugés selon leurs œuvres.

Le contraste principal n’est donc pas entre une résurrection céleste et une résurrection terrestre, mais porte surtout sur la première résurrection et la seconde mort.

Conclusion

Apocalypse 20 est un texte difficile. Il faut le reconnaître. Les chrétiens ne l’ont pas tous compris de la même manière.

Une lecture prémillénariste y voit une première résurrection corporelle des croyants avant un règne futur de mille ans, puis une résurrection générale à la fin. Cette lecture est très ancienne, déjà présente chez Justin Martyr et Irénée de Lyon au IIe siècle, influencée par l’espérance juive d’un royaume terrestre.

Une lecture amillénariste ou symbolique y voit plutôt la réhabilitation céleste des martyrs et des fidèles morts avec Christ, qui participent dès maintenant à son règne, avant la résurrection finale et universelle des morts.

La position défendue ici est proche de cette seconde lecture.

À savoir

Augustin d'Hippone, théologien chrétien (IVe–Ve siècle) : c’est celui qui institutionnalise l’amillénarisme. Dans La Cité de Dieu, livre XX, il comprend le règne de mille ans comme une réalité déjà en cours : le Christ règne avec ses saints, et Satan est “lié” en ce sens que son pouvoir est limité par la victoire du Christ et la prédication de l’Évangile.

Augustin critique surtout les formes trop matérielles du chiliasme, qui imaginaient le règne millénaire comme une période de jouissances terrestres excessives. À partir de cette lecture, l’interprétation symbolique des mille ans deviendra très influente dans l’Église occidentale, tandis que le millénarisme littéral deviendra progressivement marginal.

La première résurrection désigne l’entrée des fidèles morts dans la vie et le règne du Christ. C’est une manière apocalyptique de dire que ceux qui ont été vaincus aux yeux du monde sont vainqueurs aux yeux de Dieu. Ils ont été condamnés par la bête, mais ils sont justifiés par Dieu. Ils ont été tués, mais ils vivent avec le Christ.

Cela n’annule pas l’espérance d’une résurrection finale corporelle. Au contraire, Apocalypse 20 se termine bien par une scène où les morts se tiennent devant Dieu. Cette résurrection finale s’inscrit dans l’espérance déjà affirmée ailleurs : il y aura une résurrection des justes et des injustes, en vue du jugement final.

Mais en aucun cas Apocalypse 20 ne soutient naturellement l’idée d’une résurrection progressive pendant mille ans, ni celle d’un processus par lequel les humains “prennent vie” en atteignant la perfection à la fin du millénium.

Le message du texte est à la fois bien plus simple et plus puissant : les puissances du mal ne triompheront pas, les fidèles ne seront pas oubliés, Satan sera jugé, les morts seront relevés devant Dieu, et la mort elle-même sera détruite.

Voilà le cœur de l’espérance portée par Apocalypse 20.

Sources

  • G. K. Beale, The Book of Revelation, New International Greek Testament Commentary, Grand Rapids, Eerdmans, 1999.

  • David E. Aune, Revelation 17–22, Word Biblical Commentary, Nashville, Thomas Nelson, 1998.

  • Craig R. Koester, Revelation, Anchor Yale Bible, New Haven, Yale University Press, 2014.

  • Richard Bauckham, The Theology of the Book of Revelation, Cambridge, Cambridge University Press, 1993.

  • Adela Yarbro Collins, Crisis and Catharsis: The Power of the Apocalypse, Philadelphia, Westminster Press, 1984.

  • Grant R. Osborne, Revelation, Baker Exegetical Commentary on the New Testament, Grand Rapids, Baker Academic, 2002.

  • Pierre Prigent, L’Apocalypse de saint Jean, Commentaire du Nouveau Testament, Genève, Labor et Fides, 2000.

  • Elisabeth Schüssler Fiorenza, Revelation: Vision of a Just World, Minneapolis, Fortress Press, 1991.

  • N. T. Wright, The Resurrection of the Son of God, Minneapolis, Fortress Press, 2003.

  • N. T. Wright, Surprised by Hope, New York, HarperOne, 2008.

  • John Barton et John Muddiman, dir., The Oxford Bible Commentary, Oxford, Oxford University Press, 2001.

  • Justin Martyr, Dialogue avec Tryphon, chapitres 80–81.

  • Irénée de Lyon, Contre les hérésies, livre V, chapitres 32–36.

  • Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 39.

  • Augustin d’Hippone, La Cité de Dieu, livre XX, chapitre 7.

Publications des Témoins de Jéhovah consultées :

  • « La Révélation : ce qu’elle signifiera pour toi », La Tour de Garde, mai 2022.

  • « Ton nom figure-t-il dans le “livre de vie” ? », La Tour de Garde, septembre 2022.

  • « “Ils amènent la multitude à la justice” », La Tour de Garde, septembre 2022.

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