La résurrection : quand et comment selon Paul ? — Première partie

Bible et exégèse · Romain ·

Les Témoins de Jéhovah utilisent 1 Thessaloniciens 4:13-18 pour affirmer que la première résurrection des chrétiens oints est déjà en cours. Mais que cherche vraiment à dire Paul dans ce passage ? Parlait-il d’une résurrection déjà commencée, ou voulait-il surtout rassurer les Thessaloniciens au sujet des croyants morts avant la venue du Seigneur ?

Dans les articles précédents, nous avons pu voir que plusieurs textes sont souvent utilisés pour défendre l’idée de deux espérances chrétiennes (ciel et terre). Après analyse on constate qu'ils ne disent pas exactement ce qu’on leur fait parfois dire lorsqu'on regarde de plus près le contexte et que l'on s'intéresse au message transmis par l'auteur.

Jusqu'à maintenant nous avons pu étudier le sujet des 144 000, de la grande foule, de ce qui concerne l’appel céleste, d'un héritage gardé dans les cieux ou encore de la citoyenneté céleste dont parle le Nouveau Testament. Dernièrement nous avons abordé la question du « petit troupeau » et des « autres brebis » qui se trouvent dans les Évangiles (Luc et Jean).

À chaque fois, une question revient systématiquement : est-ce que le texte enseigne vraiment deux groupes de chrétiens avec deux espérances différentes ? Ou est-ce que cette distinction vient d’un système doctrinal qu’on ajoute ensuite aux textes ? 

On constate que malheureusement l'organisation fait ce que l'on appelle communément de l’exégèse impressionniste ou l’eiségèse — c’est-à-dire lire ses idées dans le texte —, cette approche cherche seulement à prouver une doctrine sans respecter les données linguistiques et contextuelles et elle est donc totalement opposée à l'exégèse.

Bien sûr, l'exégèse prend plus de temps que l'eiségèse. Mais si nous voulons être ces ouvriers sans honte "qui manient correctement la parole de vérité", alors nous devons prendre le temps de bien comprendre le texte (2 Timothée 2:15). L'exégèse est selon nous le seul moyen. 

Et nous verrons que c'est également le cas du passage que nous allons examiner dans cet article.

Avançons à présent vers notre sujet, des plus importants : la résurrection.

  1. Quand a-t-elle lieu ?

  2. Comment Paul la décrit-il ?

  3. Est-elle déjà en cours ?

  4. Concerne-t-elle seulement certains chrétiens ?

  5. Et que veut dire Paul quand il parle des croyants « emportés dans les nuages à la rencontre du Seigneur » ?

Ces questions sont importantes, parce que les Témoins de Jéhovah utilisent 1 Thessaloniciens 4:13-17 pour défendre l’idée que la « première résurrection » des chrétiens oints aurait commencé au début de la présence invisible du Christ — à ce jour c'est l'interprétation qu'ils en font mais il n'est pas impossible qu'elle évolue dans les années à venir, à méditer.

Dans La Tour de Garde du 1er janvier 2007, l’organisation explique :

« Ainsi, les chrétiens oints qui sont morts avant la présence du Christ ont été relevés pour la vie céleste avant ceux qui étaient toujours en vie durant la présence du Christ. Cela signifie que la première résurrection a dû commencer au début de la présence du Christ, et qu’elle continue “ durant sa présence ”. » — La Tour de Garde, 1er janvier 2007, « La première résurrection est en cours ! », §13.

L’idée est donc claire : selon cette explication, la première résurrection aurait commencé au début de la présence du Christ — qui a commencé selon eux en 1914—, et elle se poursuivrait progressivement pendant cette présence — période qu'ils nomment également les derniers jours, mais ce sujet fera l'objet d'un article à part entière prochainement.

Mais est-ce vraiment ce que Paul dit en 1 Thessaloniciens 4 ? Prenons le temps de lire le passage dans son contexte.

1. Paul écrit pour consoler ces croyants, non pour donner un calendrier prophétique précis

La première lettre aux Thessaloniciens est probablement l’un des plus anciens écrits du Nouveau Testament. Paul l’écrit vers 50-51 de notre ère, depuis Corinthe, à une jeune communauté chrétienne située à Thessalonique, en Macédoine, aux côtés de Timothée et de Silvain (ou Silas).

Cette communauté est assez récente. Paul n’a pas pu rester longtemps avec elle. Selon Actes 17, il a dû quitter la ville à cause de l’opposition rencontrée. Pourtant, les Thessaloniciens ont accueilli son message avec force, dans un contexte difficile.

Mais un problème commence à se poser. Certains croyants sont morts avant le retour du Christ tant attendu. Et, de ce fait, cela inquiète la communauté. Donc la question se pose : les Thessaloniciens attendaient avec impatience la venue du Seigneur. Ils croyaient que Jésus allait revenir. Mais que se passe-t-il pour ceux qui meurent avant ce retour ? Vont-ils manquer quelque chose ? Seront-ils désavantagés par rapport aux croyants encore vivants ?

À savoir

Le Nouveau Testament enseigne une parousia (retour du Christ) imminente attendue par les premiers chrétiens (1 Thessaloniciens 4:15-17), mais ce retour tarde, ce qui oblige les auteurs à réinterpréter l’attente eschatologique (2 Pierre 3:4-9).

« Le retard de la parousie a obligé les premiers auteurs chrétiens à élaborer une eschatologie plus symbolique ou spirituelle. » — Dale C. Allison, Constructing Jesus, 2010.

Et c'est précisément à cette inquiétude que Paul répond. Il commence ainsi :

« Nous ne voulons pas, frères, que vous soyez dans l’ignorance au sujet de ceux qui se sont endormis dans la mort, afin que vous ne soyez pas tristes comme les autres, qui n’ont pas d’espérance. » — 1 Thessaloniciens 4:13.

Le but de Paul est donc annoncé dès le départ. Il veut éviter que les croyants soient dans l’ignorance, il veut les consoler et leur dire que les morts en Christ ne seront pas oubliés. Comprendre cela va considérablement changer la manière de lire ce passage et nous permettre de comprendre les véritables enjeux de ce texte et ce qu'il ne dit pas.

2. Le cœur du passage : les morts seront-ils désavantagés ?

Paul poursuit ensuite :

« En effet, si nous croyons que Jésus est mort et qu’il s’est relevé, de même aussi ceux qui se sont endormis en Jésus, Dieu les ramènera avec lui. » — 1 Thessaloniciens 4:14.

L'argument de Paul est simple, il dit que Jésus est mort et il est ressuscité, donc ceux qui appartiennent à Jésus et qui sont morts ne sont pas perdus. En ce sens, 1 Thessaloniciens 4 est un chapitre avant tout pastoral, répondant aux besoins concrets d'une communauté chrétienne fragile.

Dans le texte, Paul montre que le destin des croyants est solidaire du destin du Christ. Ce qui est arrivé à Jésus devient le modèle de ce que Dieu fera pour ceux qui lui appartiennent.

Puis Paul ajoute :

« Nous les vivants qui restons jusqu’à la venue du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui se sont endormis. » — 1 Thessaloniciens 4:15.

Voilà le coeur du problème. Ceux qui sont vivants ne passeront pas avant les morts. Les croyants encore en vie au moment de la venue du Seigneur ne seront pas avantagés par rapport à ceux qui sont morts. C'est exactement ce que Paul veut corriger.

L'interprétation des Témoins de Jéhovah ne prend absolument pas cela en compte. Par conséquent, le but de Paul n’est pas de décrire un “scénario céleste”, mais de rassurer sur la participation égale de ceux qui sont morts et des vivants à la parousie au moment du retour du Christ (du grec parousia, "présence", "venue").

3. « Les morts en Christ ressusciteront d’abord » : d’abord par rapport à qui ?

Voici maintenant le passage central :

« Car le Seigneur lui-même, à un signal donné, à la voix d’un archange, et au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel ; et les morts en Christ ressusciteront d’abord. Ensuite nous les vivants, qui serons restés, nous serons enlevés ensemble avec eux dans les nuages, à la rencontre du Seigneur dans les airs ; et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. » — 1 Thessaloniciens 4:16-17.

Mais d’abord par rapport à qui ? Dans le contexte, la réponse est évidente : d’abord par rapport aux vivants. Paul compare les croyants morts et les croyants vivants au moment de la venue ou "présence" du Seigneur.

Les Thessaloniciens se demandaient en quelque sorte les morts seront-ils désavantagés par rapport à nous ? Paul leur répond tout simplement non et au contraire, les morts en Christ ressusciteront d’abord, puis les vivants seront réunis avec eux.

Maintenant Paul ne dit pas ici que certains chrétiens seraient déjà ressuscités de manière invisible pendant une longue période. Il veut dire que les morts et les vivants participeront ensemble à la venue du Christ, « nous serons enlevés ensemble avec eux ».

La question est donc : pourquoi transformer une parole de consolation adressée à une communauté endeuillée du Ier siècle pour la faire correspondre à une doctrine basée sur un calcul chronologique, pour parler d'une résurrection commencée de façon invisible ?

L’explication de l’organisation complexifie le passage en y ajoutant des éléments que Paul ne mentionne pas et totalement étrangers pour les auditeurs.

4. La « présence » du Seigneur : une venue visible ou une période invisible ?

Le mot le plus important dans ce passage est le mot grec parousia. On le traduit souvent par « venue », « présence » ou « arrivée ». Le mot peut désigner la présence de quelqu’un, mais aussi son arrivée officielle.

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Monnaie de l’empereur Trajan Dèce célébrant l’adventus, l’arrivée officielle du souverain.

Dans le monde gréco-romain, parousia pouvait être utilisé pour parler de la visite solennelle d’un souverain, d’un roi, d’un empereur ou d’un dignitaire important. Ce n’était pas une présence discrète ou cachée. C’était une arrivée publique, officielle, marquée par des signes, des honneurs, une attente collective.

Le livre Étude Perspicace reconnaît d'ailleurs cette utilisation puisqu'il dit, je cite, à l'entrée Présence :

Le Dictionnaire du Nouveau Testament par Xavier Léon-Dufour (Paris, 1975, p. 411) indique que le terme parousia était “ utilisé dans le monde gréco-romain pour désigner les visites officielles des empereurs ”.

pourtant le même livre Étude perspicace tente ensuite de concilier cette idée avec une présence invisible du Christ. Et c’est là que le raisonnement devient fragile.

Car à aucun moment Paul évoque explicitement une venue ou présence invisible, au contraire, il parle du Seigneur qui « descend du ciel », avec « un cri de commandement », « une voix d’archange », « la trompette de Dieu », la résurrection des morts, puis le rassemblement des croyants à sa rencontre.

Tout le passage va donc dans le sens d’une manifestation solennelle, visible, publique et décisive du Christ, en combinant le protocole de l’adventus impérial (l'arrivée visible du souverain) et les images théologiques de l'Ancien Testament. Donc Paul ne parle pas d’une présence cachée, discrète et qu'on ne pourrait déterminer uniquement que sur la base d'un calcul chronologique alambiqué.

Et encore, faut-il encore une fois se demander comment les auditeurs auraient compris les propos de Paul dans leur contexte ? Et à quoi cela faisait, sans aucun doute, référence ?

Paul utilise un vocabulaire que ses lecteurs pouvaient comprendre dans leur monde politique et impérial, mais ici il l’applique à Jésus. Le message est fort, il dit en quelque sorte : le vrai Roi qui vient, celui que les croyants attendent, ce n’est pas l’empereur. C’est le Seigneur Jésus.

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Entrée du Christ à Jérusalem, représentée comme un *adventus* royal dans les Évangiles de Rossano, VIe siècle.

Le mot parousia, qu’il emploie, renvoie à l’arrivée solennelle d’un souverain, un vocabulaire familier au Ier siècle. Tout le texte va plutôt vers l’idée d’une manifestation royale et publique du Christ.

À retenir

Au Ier siècle, la parousia d’un roi ou d’un empereur était un événement cérémoniel majeur :

  • On sortait à sa rencontre, on ornait les rues, on proclamait sa gloire, et on l’accompagnait dans la cité.

  • Des inscriptions impériales (notamment de Priene, 9 av. n. è.) présentent déjà la naissance d'Auguste comme une “Bonne Nouvelle” (euangelion).

Paul reprend donc ce vocabulaire impérial pour le subvertir : le véritable Kyrios (Seigneur) n’est pas César, mais le Christ, et c’est sa parousie qui inaugure le règne définitif. Les croyants participent à ce cortège royal céleste-terrestre.

Ajoutons à cela les images utilisées par Paul qui appartiennent au répertoire apocalyptique juif connu de l'époque, la descente du Seigneur dans les nuées rappelle Daniel 7:13, 14, également la trompette évoque le rassemblement final du peuple de Dieu (Exode 19 ; Zacharie 9).

Paul ne cherche pas à expliquer “où” iront les croyants, mais à dire que toute la communauté sera réunie (morts et vivants) lorsque le Christ se manifestera. La dimension symbolique domine ce passage et il s’agit d’un message d’espérance plus que d’une description précise d'un mouvement vers le ciel.

Paul fusionne ici deux répertoires familiers pour ses lecteurs : le protocole politique romain (sortir à la rencontre du roi qui arrive) et le répertoire apocalyptique juif (les nuées comme véhicule de la présence divine, à l'image de Daniel 7).

Le symbole (les nuages ou nuées) porte un sens politique conséquent (la souveraineté divine écrase la souveraineté romaine), et l'image politique (l'accueil ou adventus) donne sa structure au symbole.

Mais voyons en détail pourquoi ?

5. « Aller à la rencontre » : une image bien connue dans le monde antique

Un autre mot est très important : Paul dit que les croyants seront emportés « à la rencontre » du Seigneur.

Le mot grec utilisé est apantēsis. Ce mot désigne l’action d’aller à la rencontre de quelqu’un qui arrive.

Dans le monde antique, il pouvait désigner un geste d’accueil officiel : des habitants sortent de leur ville pour accueillir un personnage important, puis ils l’accompagnent vers la ville.

Ce n’est pas l’idée de partir avec lui pour ne jamais revenir. C’est vraiment l’idée d’aller accueillir celui qui arrive. Cette notion de "rencontre" était donc avant tout une coutume civique du Ier siècle, voire une sorte de rituel d’honneur. Voici quelques exemples :

  • Xénophon, Cyropédie 8.3.14 : les habitants vont à la rencontre (eis apantēsin) du roi Cyrus pour l’accueillir.

  • Flavius Josèphe, Antiquités juives 11.8.5 : les habitants de Jérusalem sortent à la rencontre (eis apantēsin) d’Alexandre le Grand.

  • Plutarque, Cimon 8.7 : même schéma, avec le peuple sortant pour accueillir un chef triomphant.

On retrouve ce sens ailleurs dans le Nouveau Testament. Dans Matthieu 25:6, les vierges sortent « à la rencontre » de l’époux :

« Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre. » — Matthieu 25:6.

Ici les vierges ne quittent pas la terre pour aller vivre ailleurs : elles l’accueillent pour le cortège nuptial.

Dans Actes 28:15, des chrétiens de Rome viennent « à la rencontre » de Paul jusqu’au Forum d’Appius :

« Les frères, ayant appris de nos nouvelles, vinrent de là jusqu’au Forum d’Appius et aux Trois-Tavernes à notre rencontre. » — Actes 28:15.

Les chrétiens de Rome ne viennent pas pour repartir avec Paul loin de Rome. Ils sortent de la ville pour l’accueillir, puis l’accompagnent vers Rome. Tous ces exemples éclairent magnifiquement 1 Thessaloniciens 4.

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Une communauté sort de la ville pour accueillir le Seigneur qui vient.

Et c’est très cohérent avec Thessalonique. La ville était importante dans l’Empire romain, située sur la Via Egnatia, grande voie romaine qui traversait la Macédoine et passait par Thessalonique. Les chrétiens de Thessalonique pouvaient donc très bien comprendre l’image d’une arrivée solennelle, d’une rencontre officielle, d’un peuple qui va accueillir un Seigneur victorieux.

Ces deux exemples montrent que le mouvement de “rencontre” n’a pas pour but un départ définitif, mais l’accompagnement d’un personnage entrant.

La question est donc simple : pourquoi lire ce passage comme un départ définitif vers le ciel, alors que le mot utilisé évoque plutôt l’accueil d’un personnage qui arrive ?

6. « Emportés dans les nuages » : cela veut-il dire vivre au ciel ?

Paul dit aussi que les croyants seront « emportés dans les nuages ». Le verbe grec utilisé est harpazō. Il signifie être saisi, enlevé, emporté rapidement.

Ce verbe peut décrire une action soudaine et puissante de Dieu. Mais à lui seul, il ne détermine pas où l’on va vivre ensuite. Ces images que Paul emploie ici : voix de commandement, archange, trompette, nuées, rencontre dans les airs : tout cela appartient au langage biblique de la manifestation divine.

C’est un langage de victoire, de révélation et de majesté. C’est l’image d’une rencontre solennelle avec le Christ qui vient. Le point central du texte n’est pas “où vivront-ils ensuite ?” mais “ils seront réunis au Seigneur pour toujours.”

Les croyants, ressuscités et vivants, vont à la rencontre du Christ “dans les airs” pour l’accompagner dans sa venue sur terre, non pour partir avec lui “au ciel”.

Autrement dit, la direction du mouvement est descendante, non ascendante : le Seigneur vient du ciel vers la terre, et les siens l’accueillent comme une cour royale l’accueille à son entrée triomphale.

Dans 1 Thessaloniciens 4, le verbe harpazō est utilisé de manière collective : “nous serons enlevés ensemble avec eux dans les nuées”.

Le but du mouvement n’est pas de changer de “monde” mais de se joindre à la procession du Seigneur venant du ciel — un motif emprunté au protocole d’accueil des souverains dans le monde gréco-romain. Et la conclusion de Paul est : « ainsi nous serons toujours avec le Seigneur ».

Le centre de l’espérance chrétienne, chez Paul, ce n’est pas d’abord un lieu. C’est une communion, c'est être avec le Seigneur.

Cela ne veut pas dire que la question du lieu n’a aucune importance. Mais ici, Paul ne la développe pas. Son but est de rassurer les croyants : morts et vivants seront réunis avec le Seigneur. Voilà pourquoi Paul conclut :

« Consolez-vous donc les uns les autres par ces paroles. » — 1 Thessaloniciens 4:18.

C’est peut-être le verset le plus important pour comprendre tout le passage. Le passage doit donc d’abord être lu comme une parole de consolation.

Conclusion

Alors, que répondre à l'article de la Tour de Garde de 2007 ?

L’article de La Tour de Garde affirme que 1 Thessaloniciens 4:13-17 permet de conclure que la première résurrection des chrétiens oints a commencé au début de la présence du Christ et qu’elle se poursuit durant cette présence.

Mais cette conclusion va plus loin que ce que dit le texte.

Dans 1 Thessaloniciens 4, Paul ne cherche pas à expliquer une résurrection céleste commencée de manière invisible. Il répond à une inquiétude pastorale très précise : que va-t-il arriver aux croyants morts avant la venue du Seigneur ?

Sa réponse est simple : ils ne seront pas oubliés. Les vivants ne les précéderont pas. Les morts en Christ ressusciteront d’abord, puis les vivants seront réunis avec eux, et tous seront avec le Seigneur.

La question est donc : l'interprétation des Témoins de Jéhovah ne produit-elle pas l'inverse de ce que voulait dire Paul ?

C’est donc une parole de consolation, pas un calendrier prophétique.

Ce passage trouve d’ailleurs un écho très fort dans ce que Paul écrira quelques années plus tard aux Corinthiens. En 1 Corinthiens 15, Paul revient sur le même sujet : la résurrection des morts, la venue du Christ et la transformation des croyants.

Il écrit :

« Chacun en son rang : Christ comme prémices, puis ceux qui appartiennent au Christ, lors de sa venue (parousia). » — 1 Corinthiens 15:23.

Puis il ajoute :

« Nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons changés, en un instant, en un clin d’œil, à la dernière trompette. Car la trompette sonnera, les morts se réveilleront impérissables, et nous, nous serons changés. » — 1 Corinthiens 15:51-52.

Le parallèle avec 1 Thessaloniciens 4 est assez évident, on y évoque la venue du Christ, la trompette, les morts qui ressuscitent, les vivants qui sont associés à eux, et l’espérance d’une transformation finale.

N. T. Wright rapproche directement 1 Thessaloniciens 4 de 1 Corinthiens 15:51-54 et de Philippiens 3:20-21. Selon lui, Paul utilise l’image de citoyens qui sortent rencontrer un souverain, puis l’escortent dans la cité.

Autrement dit, Paul ne développe pas deux scénarios différents. Il parle d’une même espérance : ceux qui appartiennent au Christ participeront à sa venue, qu’ils soient morts ou encore vivants.

Mais récapitulons une dernière fois :

  1. Le mot parousia peut signifier « présence », mais dans ce passage il désigne la venue solennelle du Seigneur. Le contexte ne parle pas d’une présence invisible reconnue seulement par un calcul chronologique, mais d’une manifestation accompagnée d’un cri, d’une voix d’archange, d’une trompette et de la résurrection des morts.

  2. L’expression eis apantēsin, « à la rencontre de », évoque l’accueil d’un personnage qui arrive. Dans le monde antique, on pouvait sortir à la rencontre d’un roi, d’un général ou d’un dignitaire pour l’honorer et l’accompagner lors de son entrée dans la cité. Cette image était particulièrement parlante pour les Thessaloniciens, habitants d’une ville importante de Macédoine, située sur la Via Egnatia.

  3. Quant au verbe harpazō, traduit par « emportés » ou « enlevés », il indique une action soudaine et puissante. Mais il ne suffit pas, à lui seul, à prouver que les croyants partent vivre au ciel. Le but du mouvement est précisé par Paul : aller à la rencontre du Seigneur et être toujours avec lui.

C’est aussi pourquoi il faut éviter de lire 1 Thessaloniciens 4 comme une doctrine d’“enlèvement au ciel” au sens où elle sera développée beaucoup plus tard, notamment dans certains milieux dispensationalistes à partir du XIXe siècle. Paul ne décrit pas ici un départ secret de l’Église vers le ciel. Il annonce la manifestation royale du Christ et la réunion des croyants avec lui.

D’une certaine manière, la lecture des Témoins de Jéhovah produit un équivalent adapté à leur propre système doctrinal. Elle ne parle pas d’un enlèvement secret de toute l’Église, comme dans le dispensationalisme classique, mais elle transforme tout de même ce passage en doctrine d’une résurrection céleste invisible, réservée à un groupe particulier de chrétiens, et commencée à une date précise.

Or ce n’est pas la question que Paul traite.

Paul ne parle pas ici de 1914, ni d’une présence invisible, ni d’une résurrection progressive des chrétiens oints. Il parle des morts en Christ, des vivants au moment de la venue du Seigneur, et de leur réunion définitive commune avec lui.

La vraie question n’est donc pas : « À quel moment une classe céleste commence-t-elle à être ressuscitée invisiblement ? »

La vraie question est celle des Thessaloniciens : « Les croyants morts avant la venue du Christ seront-ils désavantagés ? »

Et la réponse de Paul est claire : non, ils ressusciteront d’abord. Les vivants seront réunis avec eux. Et tous seront toujours avec le Seigneur. Voilà pourquoi Paul conclut :

« Consolez-vous donc les uns les autres par ces paroles. » — 1 Thessaloniciens 4:18.

Par ailleurs, selon Paul les vivants et les morts ressuscités doivent être emportés ensemble. De ce fait, un système doctrinal qui sépare ces deux groupes par un intervalle de plus d'un siècle (les morts en 1914, puis les vivants au compte-gouttes après leur mort physique) rompt la structure grammaticale et tout le propos du verset.

Dans le prochain article, nous poursuivrons avec 1 Corinthiens 15. Ce chapitre nous permettra d’aller plus loin : Paul y explique non seulement quand les morts ressuscitent, mais aussi comment ils ressuscitent, et ce que signifie être transformé pour recevoir l’incorruptibilité.

Maranatha !

Nous vous invitons également à regarder cette vidéo de présentation du livre de 1 Thessaloniciens de la chaîne BibleProject:

Vidéo YouTube · lTz0CuviQPE

Sources

  • Abraham J. Malherbe, The Letters to the Thessalonians, Anchor Yale Bible, New Haven, Yale University Press, 2000.

  • Gene L. Green, The Letters to the Thessalonians, Pillar New Testament Commentary, Grand Rapids, Eerdmans, 2002.

  • F. F. Bruce, 1 and 2 Thessalonians, Word Biblical Commentary 45, Waco, Word Books, 1982.

  • Gordon D. Fee, The First and Second Letters to the Thessalonians, New International Commentary on the New Testament, Grand Rapids, Eerdmans, 2009.

  • Beverly Roberts Gaventa, First and Second Thessalonians, Interpretation, Louisville, John Knox Press, 1998.

  • Michael R. Cosby, « Hellenistic Formal Receptions and Paul’s Use of APANTĒSIS in 1 Thessalonians 4:17 », Bulletin for Biblical Research 4, 1994.

  • N. T. Wright, Surprised by Hope, London, SPCK, 2007.

  • N. T. Wright, Paul and the Faithfulness of God, London, SPCK, 2013.

  • Ben Witherington III, 1 and 2 Thessalonians: A Socio-Rhetorical Commentary, Grand Rapids, Eerdmans, 2006.

  • Erik Peterson, « Die Einholung des Kyrios », Zeitschrift für systematische Theologie 7, 1930.

Épîtres, Parousia, Résurrection, Chrétiens oints, Témoins de Jéhovah, Histoire, Dispensationalisme, 1914