Genèse 1:26 : « Faisons les humains à notre image »

Bible et exégèse · Romain ·

Cet article est une réponse à l'article du site jw.org Que veulent dire ces versets ? — Genèse 1:26 : « Faisons l’homme à notre image »

Genèse 1:26 est l’un des versets les plus importants de toute la Bible pour comprendre ce qu’est l’être humain, quelle est sa place dans la création, et quelle vocation Dieu lui confie. Le texte dit :

« Puis Dieu dit : Faisons l’être humain à notre image, selon notre ressemblance, et qu’ils dominent sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les animaux domestiques, sur toute la terre et sur tous les animaux qui rampent sur la terre. » — Genèse 1:26

Puis le verset suivant ajoute :

« Dieu créa l’être humain à son image ; à l’image de Dieu il le créa ; homme et femme il les créa. » — Genèse 1:27

Ces versets sont souvent compris comme une affirmation morale : l’être humain serait à l’image de Dieu parce qu’il peut manifester certaines qualités divines, comme l’amour, la justice, la sagesse ou la compassion comme l'article jw.org le dit : "C’est ce qui explique pourquoi les humains sont capables d’imiter les traits de personnalité de Dieu".

Cette idée n’est pas fausse en soi. Elle exprime une conséquence importante du texte. Mais elle ne suffit pas à expliquer ce que Genèse 1 veut dire dans son contexte littéraire, historique et théologique. L'article de jw.org n'aborde qu'en surface le véritable sens de cette expression, pourtant essentielle. Mais voyons cela en détails.

1. Le texte hébreu : que veut dire « image » ?

L’expression hébraïque utilisée en Genèse 1:26-27 est :

בְּצֶלֶם אֱלֹהִים — beṣelem ʾĕlōhîm

Elle signifie littéralement : « dans l’image de Dieu » ou « comme image de Dieu ». Mais qu'est-ce que cela veut bien pouvoir dire pour l'auteur du texte de la Genèse ?

Le mot clé est צֶלֶם — ṣelem. Dans l’hébreu biblique, ce mot désigne généralement une image concrète, une statue, une représentation matérielle ou une effigie.

Ce mot est utilisé ailleurs dans l’Ancien Testament pour parler d’images ou de représentations cultuelles, parfois d’idoles ou de statues liées à un culte. On retrouve par exemple ce vocabulaire en Nombres 33:52 ou en 2 Rois 11:18.

Autrement dit, le mot ṣelem ne désigne pas d’abord des qualités intérieures que les individus peuvent réfléter. Il désigne une représentation visible. Une image rend présent ou visible quelque chose qui ne l’est pas directement.

Dans ce sens, dire que l’être humain est créé comme image de Dieu, c’est dire qu’il est placé dans le monde comme représentant visible du Dieu invisible. Dans Genèse 1, l’image de Dieu n’est pas seulement ce que l’être humain possède intérieurement. C’est aussi ce qu’il est appelé à être dans le monde.

C'est un message absolument magnifique, qu'on trouve dès la première page de la Bible.

2. Le contexte du Proche-Orient ancien

Pour bien comprendre Genèse 1, il faut le replacer dans son contexte culturel. Parce qu'encore une fois: "un texte en dehors de son contexte est un prétexte". C'est là que cela devient intéressant.

meta-Artists_impression_of_a_hall_in_an_Assyrian_palace_from_The_Monuments_of_Nineveh_by_Sir_Austen_Henry_Layard_1853
Artist’s impression of a hall in an Assyrian palace from The Monuments of Nineveh by Sir Austen Henry Layard, 1853

Dans les sociétés du Proche-Orient ancien, notamment en Égypte et en Mésopotamie, l’idée d’être « image du dieu » n’était pas inconnue. Elle était souvent associée au roi.

Le roi pouvait être présenté comme le représentant du dieu sur terre. En Égypte, le pharaon était lié au monde divin et pouvait être compris comme l’image vivante d’une divinité. En Mésopotamie aussi, le roi exerçait une fonction de représentation divine : il gouvernait au nom des dieux et maintenait l’ordre du monde. Voici quelques exemples :

  1. Tukulti-Ninurta est appelé « l'image d'Enlil (salam "Enlil) » (XIIIe siècle av. n. è) : il le représente face au peuple, et il est le chef de l'armée.

  2. Lettre d'un prêtre-médecin à Assarhaddon, celui-ci est appelé dans le texte « image de Shamash » (salmu ša "šamaš). Le même personnage écrit que le roi est « le reflet parfait du dieu » (kal mussuli sa ili).

  3. Texte d'interprétation d'un présage (RMA 170), le roi est décrit comme « image de Mardouk » (şalam "Marduk).

Remarquez que c'est le même mot qui est employé dans la Genèse : ṣelem. Dans ce contexte, être « image du dieu » signifiait donc exercer une fonction royale. Le roi représentait l’autorité divine dans le monde et vis-à-vis du peuple.

Il faut aussi mentionner les statues divines dans les temples mésopotamiens. Ces statues n’étaient pas considérées comme de simples décorations. Elles étaient pensées comme des représentations visibles de la présence divine dans le temple. Le mot akkadien ṣalmu, proche du mot hébreu ṣelem, désigne justement ce type d’image ou de statue.

Ce contexte éclaire fortement Genèse 1.

Le texte biblique reprend un langage et les concepts connu dans le monde ancien de l'époque, mais il le transforme profondément, la majorité des exégètes soulignent ce fait. Dans les cultures voisines, le roi seul pouvait être présenté comme image du dieu. Et c'est là toute la différence !

Dans Genèse 1, ce n’est pas seulement le roi qui est image de Dieu. C’est l’humanité entière. Le texte dit clairement :

« homme et femme il les créa. » — Genèse 1:27

Cela signifie que l’image de Dieu n’est pas réservée à une élite royale, masculine, sacerdotale ou politique. Elle est donnée à l’être humain en tant qu’être humain, homme et femme, sans distinction.

C’est probablement l’un des aspects les plus puissants du texte : Genèse 1 universalise une dignité qui, dans d’autres cultures, était surtout réservée au roi. On pourrait dire que le récit « démocratise » une idée royale.

Tous les humains, et pas seulement les rois, sont appelés à représenter Dieu sur la terre. En fait dans Genèse 1, être créé à l’image de Dieu ne signifie pas d'abord posséder certaines qualités morales. Cela signifie surtout recevoir une vocation : représenter Dieu dans le monde et exercer une responsabilité sur la création.

3. Le lien direct avec la domination sur la création

Genèse 1:26 ne dit pas seulement :

« Faisons l’être humain à notre image. »

Le verset continue immédiatement :

« et qu’ils dominent sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les animaux domestiques, toute la terre… »

Le lien est donc direct entre être image de Dieu et exercer une responsabilité sur la création.

Cela signifie que l’image de Dieu se comprend d’abord comme une vocation fonctionnelle. Par « fonctionnelle », il faut entendre : liée à une mission, un rôle, une tâche confiée. Dieu nous laisse la responsabilité de nos choix. L’être humain est créé pour représenter Dieu dans le monde et gouverner la création en son nom.

Mais attention : dans le contexte biblique, cette domination ne doit pas être comprise comme une exploitation brutale. Il ne s’agit pas d’écraser la création, mais de la gouverner selon le caractère du Dieu créateur.

Autrement dit, l’humain est appelé à exercer une autorité responsable, juste et bienveillante.

C’est là que les qualités morales ont leur place. L’amour, la justice, la compassion ou la sagesse ne sont pas absents du texte. Mais ils ne constituent pas toute la définition de l’image de Dieu. Ils décrivent plutôt la manière dont l’être humain doit exercer sa vocation.

L’image de Dieu, dans Genèse 1, c’est donc à la fois une dignité et une mission. C'est absolument révolutionnaire comme message !

Une dignité, parce que tout être humain représente Dieu. Une mission, parce que l’humanité reçoit la responsabilité de gouverner la terre en son nom, en tant que vice-roi.

4. Dieu n’a pas d’idole : l’humanité est son image vivante

Il y a ici une idée théologique très forte. Dans le monde ancien, les temples abritaient des statues divines. Ces statues représentaient la présence du dieu dans son sanctuaire.

Or, dans Genèse 1, Dieu n’est pas représenté par une statue de pierre, de bois ou de métal. Il n’a pas besoin d’une idole fabriquée par des mains humaines.

Son image dans le monde, c’est l’humanité vivante. Autrement dit, Dieu n’a pas d’idole parce que l’être humain est son image.

Cela donne une portée très forte au récit de Genèse 1. Le monde créé peut être compris comme une sorte de temple cosmique, et l’humanité comme l’image vivante placée dans ce temple pour y représenter Dieu.

Cette lecture est particulièrement importante si l’on situe Genèse 1 dans un contexte sacerdotal (souvent appelée source P), rédigé vers le VIe siècle av. J.-C., souvent associé à la période de l’exil ou de l’après-exil babylonien.

Dans un monde rempli de temples, de statues divines et d’images cultuelles, le texte biblique affirme une idée profondément différente : le Dieu créateur n’est pas localisé dans une statue. Il est transcendant (au-delà de tout), invisible, et pourtant représenté dans le monde par l’humanité qu’il a créée.

Cette idée peut aussi être comprise comme une critique implicite de l’idolâtrie. Les peuples fabriquent des images de leurs dieux. Mais dans Genèse 1, c’est Dieu lui-même qui crée son image : l’être humain.

Ainsi l’idolâtrie est paradoxale : l’être humain, qui est lui-même créé comme image vivante de Dieu, fabrique des images mortes devant lesquelles il se prosterne. La Bible inverse donc la logique religieuse du monde ancien de l'époque : ce ne sont pas les statues qui révèlent Dieu dans le monde, mais l’humanité vivante appelée à refléter son règne.

5. L’image de Dieu concerne l’homme et la femme

Genèse 1:27 est très clair :

« Dieu créa l’être humain à son image ; à l’image de Dieu il le créa ; homme et femme il les créa. »

Le texte ne dit pas que l’homme masculin serait davantage image de Dieu que la femme. Il ne dit pas non plus que la femme serait image de Dieu de manière secondaire ou dérivée. L’homme et la femme sont créés à l’image de Dieu.

Cela signifie que la dignité, la vocation et la responsabilité liées à l’image de Dieu appartiennent aux deux.

Ce point est très important. Dans un monde ancien souvent très hiérarchisé, Genèse 1 affirme que l’humanité entière, masculine et féminine, reçoit cette vocation royale.

La fonction de représenter Dieu dans le monde n’est donc pas réservée à un sexe, à une caste ou à une classe sociale. Elle est donnée à l’humanité toute entière !

6. Le Psaume 8 reprend cette vocation humaine

Le Psaume 8 reprend directement le thème de Genèse 1. Le psalmiste s’émerveille en ces termes :

« Qu’est-ce que l’homme, pour que tu te souviennes de lui ?
Et le fils de l’homme, pour que tu prennes soin de lui ?
Tu l’as fait de peu inférieur aux êtres célestes,
tu l’as couronné de gloire et de splendeur.
Tu lui as donné la domination sur les œuvres de tes mains,
tu as tout mis sous ses pieds.
» — Psaume 8:4-6

On le retrouve bien ici, le vocabulaire est royal. L’humain est « couronné ». Il reçoit une forme de gloire. Il reçoit une domination sur les œuvres de Dieu. Le Psaume 8 ne parle donc pas seulement de qualités morales que l'on peut refléter. Il parle d’une vocation royale confiée à l’humanité.

C’est exactement ce que Genèse 1 avait déjà posé : l’être humain est créé pour représenter Dieu et participer à son gouvernement sur la création.

Mais le Psaume 8 introduit aussi une tension : l’être humain est grand, mais il reste fragile. Il est honoré, mais il n’est pas Dieu. Il reçoit une autorité, mais une autorité déléguée. L’humain n’est pas le propriétaire absolu de la terre. Il en est l’intendant responsable.

7. Le Nouveau Testament relit ce thème à la lumière du Christ

Le Nouveau Testament reprend le thème de l’image de Dieu, mais le relit à la lumière du Christ. Colossiens 1:15 dit que le Christ est :

« l’image du Dieu invisible. »

Cela signifie que le Christ manifeste parfaitement ce que l’humanité devait être : la représentation fidèle de Dieu. Là où l’humanité a échoué à porter correctement l’image de Dieu, le Christ l’accomplit pleinement. Il est l’image parfaite du Dieu invisible.

C’est pourquoi le thème de l’image de Dieu ne concerne pas seulement la création. Il concerne aussi la restauration de l’humanité.

Le Nouveau Testament présente le croyant comme appelé à être renouvelé selon l’image du Christ. On retrouve cette idée en Romains 8:29, 2 Corinthiens 3:18, Éphésiens 4:24 ou Colossiens 3:10. Ainsi les humains sont appelés à devenir comme Christ. Car Christ inaugure une nouvelle humanité, en régnant avec amour, et choisissant de servir les autres, plutôt que de les dominer. Jésus est alors le précurseur de cette humanité, capable de faire preuve de douceur, paix, patience, bienveillance et de maîtrise de soi.

Le projet biblique n’est donc pas simplement que l’être humain possède la capacité de refléter des qualités morales. Le projet biblique est que l’humanité soit restaurée dans sa vocation première : refléter Dieu, vivre selon sa justice et participer à son règne.

8. L’Apocalypse et la vocation royale de l’humanité

Ce thème atteint son aboutissement dans le livre de l’Apocalypse. Apocalypse 5:10 affirme :

« Tu as fait d’eux un royaume et des prêtres pour notre Dieu, et ils régneront sur la terre. »

Puis Apocalypse 22:5 dit :

« Ils régneront pour les siècles des siècles. »

Ces textes reprennent une idée déjà présente dès Genèse 1 : l’humanité est appelée à participer au gouvernement de la création. La fin de la Bible rejoint donc son commencement.

Au début, l’humanité est créée à l’image de Dieu et reçoit la vocation de gouverner la création. À la fin, dans la création renouvelée, le peuple de Dieu règne avec Dieu.

Cela montre que le thème de l’image de Dieu n’est pas un détail secondaire. C’est un fil conducteur de toute la Bible. On peut ainsi résumer la réflexion qui ressort de la Bible :

  1. Genèse 1 pose la vocation humaine.

  2. Le Psaume 8 la médite.

  3. Le Christ l’accomplit parfaitement.

  4. L’Apocalypse en montre l’aboutissement final.

9. La portée éthique de l’image de Dieu

Si l’être humain représente Dieu, alors il porte une dignité particulière. C’est pourquoi l’idée d’image de Dieu devient aussi un fondement éthique majeur. Genèse 9:6 affirme :

« Celui qui verse le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé ; car Dieu a fait l’homme à son image. »

Ici, l’image de Dieu fonde la valeur de la vie humaine. On retrouve une idée proche dans la tradition juive, notamment dans la Mishna, Sanhédrin 4:5, où il est dit que détruire une vie humaine revient à détruire un monde entier. Cette idée exprime fortement la valeur incomparable de chaque personne humaine.

Jacques 3:9 reprend également cette logique lorsqu’il critique ceux qui bénissent Dieu tout en maudissant les humains « faits à la ressemblance de Dieu ». Jacques 3:9 applique directement l’image de Dieu à la manière dont nous parlons des autres. On ne peut pas bénir Dieu tout en méprisant ceux qui portent sa ressemblance. Cela signifie qu’une théologie, bien que correcte, si elle conduit à déshumaniser l’autre, se contredit elle-même.

Cela montre que l’image de Dieu a bien une portée morale. Elle fonde la dignité humaine, le respect d’autrui et la responsabilité éthique. Mais cette portée morale découle d’une vocation plus large : l’être humain représente Dieu dans le monde.

10. L’explication proposée par les Témoins de Jéhovah pose un sérieux problème

Dans son article sur Genèse 1:26, jw.org explique que les humains sont créés à l’image de Dieu parce qu’ils ont la capacité de cultiver et de manifester des qualités que Dieu possède, comme l’amour, l’empathie et la justice. Évidemment cette explication contient une part de vérité.

Oui, l’être humain peut refléter certaines qualités divines. Oui, l’image de Dieu implique une responsabilité morale. Et oui, les humains sont appelés à imiter Dieu dans leur manière de vivre.

Mais cette explication reste incomplète si l’on regarde le texte de Genèse 1 dans son contexte. Le problème est qu’elle réduit l’image de Dieu à une capacité d'ordre morale (manifester les qualités), alors que le texte associe directement l’image de Dieu à une vocation de gouvernement sur la création.

Être image de Dieu, ce n’est pas seulement pouvoir manifester de l’amour ou de la justice. C’est être établi comme représentant de Dieu dans le monde, avec une responsabilité royale sur la création. C’est pourquoi beaucoup d’exégètes parlent d’une fonction royale, représentative ou vice-régente de l’humanité.

Le mot « vice-régent » signifie simplement : quelqu’un qui gouverne au nom d’un autre. Dans cette lecture, l’humanité gouverne la création non pas comme propriétaire absolu, mais comme représentante du Créateur.

Encore une fois l’Apocalypse réaffirme que les serviteurs de Dieu régneront sur la terre. Il y a donc une cohérence narrative dans la Bible : l’être humain est créé pour représenter Dieu et participer à son règne sur la création.

Cette question devient particulièrement importante lorsqu’on la compare à l’enseignement des Témoins de Jéhovah sur les 144 000. Selon cette doctrine, seuls 144 000 humains sont appelés à régner avec Christ au ciel. Les autres humains fidèles vivraient éternellement sur la terre, mais sans participer de la même manière à cette fonction royale. C'est problématique et en contradiction avec le projet même de Dieu pour l'humanité.

Le problème est que, dans Genèse 1, la vocation de représenter Dieu et de gouverner la création n’est pas donnée à un petit groupe restreint de l’humanité. Dans cette perspective, on peut se demander si la lecture qui réserve le règne avec Christ à un nombre limité de personnes ne réduit pas une vocation qui, dès les premières pages de la Bible, semble avoir une portée beaucoup plus large.

Pour en savoir plus, lisez ces deux articles qui abordent le problème de l'interprétation des Témoins de Jéhovah sur la question des 144 000 :

  1. Les 144 000 : lecture littérale ou symbolique ? Et pourquoi ?

  2. L’espérance chrétienne : la vie éternelle est elle sur terre ou ciel ? — Première partie

Il convient de se poser cette question honnête : à qui la Bible attribue-t-elle la vocation de régner sur la création avec Dieu ?

Conclusion

Dans son contexte historique initial, l’expression « image de Dieu » semble signifier que l’humanité représente Dieu dans le monde et exerce une responsabilité sur la création.

Le récit de Genèse 1 propose une idée radicale pour l’Antiquité : la dignité royale n’est plus réservée au roi, mais attribuée à tous les êtres humains. L’être humain n’est pas une créature ordinaire. Il est porteur d’une vocation : refléter Dieu, gouverner la création avec sagesse, et vivre comme représentant du Créateur.

Ainsi l'article jw.org propose une interprétation qui peut sembler intéressante, mais qui ne correspond pas exactement à ce que le texte de Genèse 1 semble vouloir exprimer dans son contexte original. Si l’on réduit l’image de Dieu à de simples qualités morales, il devient difficile d’expliquer pourquoi ces textes parlent également d’une vocation royale confiée à l’humanité.

En effet, selon l'interprétation qu'ils en donnent, uniquement 144 000 humains ressuscités au ciel régneront avec le Christ. Dans cette perspective, la vocation royale évoquée dans l’Apocalypse ne concerne donc qu’un nombre très limité de personnes.

Inconsciemment ou non, ils ont détourné l’appel adressé par Dieu aux humains dès les premières pages de la Bible ; celui de régner sur la création avec amour et bienveillance ; pour le réserver à un nombre limité de personnes. Pourtant, selon la logique du récit biblique, cette vocation est appelée à trouver son plein accomplissement lors du renouvellement de la création.

Une telle interprétation écarte ainsi la possibilité que cette vocation soit en réalité universelle et destinée à l’ensemble de l’humanité.

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Sources

  • J. Richard Middleton, The Liberating Image: The Imago Dei in Genesis 1, Brazos Press, 2005.

  • Catherine L. McDowell, The Image of God in the Garden of Eden: The Creation of Humankind in Genesis 2:5–3:24 in Light of the mīs pî pīt pî and wpt-r Rituals of Mesopotamia and Ancient Egypt, Eisenbrauns, 2015.

  • Claus Westermann, Genesis 1–11: A Commentary, Augsburg Publishing House, 1984.

  • John H. Walton, Genesis 1 as Ancient Cosmology, Eisenbrauns, 2011.

  • John H. Walton, The Lost World of Genesis One, IVP Academic, 2009.

  • Walter Brueggemann, Genesis, Interpretation Commentary, John Knox Press, 1982.

  • Gordon J. Wenham, Genesis 1–15, Word Biblical Commentary, Word Books, 1987.

  • Gerhard von Rad, Genesis: A Commentary, SCM Press, 1961.

  • N. T. Wright, Surprised by Hope, HarperOne, 2008.

  • Mishna, Sanhédrin 4:5.

Genèse, 144 000, Exégèse, Témoins de Jéhovah, Création, Proche-Orient Ancien