Qu’entendent les textes bibliques lorsqu’ils parlent des « derniers jours » ? — Première partie

Bible et exégèse · Romain ·

Les Témoins de Jéhovah ont la particularité de croire que l’humanité vit dans la période qu’ils appellent « les derniers jours » depuis 1914. Mais sur quelle base exégétique repose exactement cette conclusion ? De plus, cette lecture est-elle réellement en accord avec les textes bibliques ?

Dès l’Ancien Testament, on rencontre des expressions qui peuvent sembler énigmatiques pour un lecteur moderne : « la fin des jours », « le temps de la fin », « les derniers jours ». La question est donc légitime : qu’entendaient réellement les auteurs bibliques par ces expressions, et comment faut-il les comprendre aujourd’hui, sans projeter nos catégories modernes sur des textes anciens ?

Un premier constat s’impose : ces expressions apparaissent surtout dans la littérature juive post-exilique (après l'exil à Babylone), et plus largement dans le judaïsme du Second Temple (donc à partir du Ve siècle av. n. è.).

Ce point est fondamental. Pourquoi ?

Parce que cette période correspond à une rupture historique majeure. Israël a perdu son indépendance politique. Le peuple vit désormais sous domination étrangère — d'abord perse, ensuite grecque, puis romaine. À cela s’ajoutent des épisodes de persécutions religieuses et de crise politique parfois violentes, comme sous Antiochos IV Épiphane au IIᵉ siècle av. n. è., un contexte directement visé par certains passages du livre de Daniel (notamment le chapitre 11).

Dans ce cadre, l’espérance biblique évolue. Elle ne se limite plus à une restauration nationale immédiate ou locale (comme dans le livre d'Isaïe 11, le prophète Amos ou Michée), mais s’inscrit dans une vision ou perspective plus large : Dieu interviendra pour mettre fin à un ordre historique jugé injuste, restaurer Jérusalem, purifier le Temple et établir définitivement sa souveraineté. Et c’est dans ce contexte que naissent les grandes attentes messianiques.

1. Que signifie l'expression « temps de la fin » ?

Mais que signifient concrètement ces expressions comme « fin des jours » ou « temps de la fin » ?

D'abord, un point essentiel doit être clarifié ces expressions ne désignent pas, à l’origine, la fin du monde au sens cosmique. Elles renvoient d’abord à la fin d’un âge, c’est-à-dire d’un ordre historique et religieux donné.

Dans la Bible hébraïque, le vocabulaire est parlant. L’hébreu utilise par exemple ʾaḥarit hayyamim (« la fin des jours »), tandis que le grec du Nouveau Testament parle de synteleia tou aiōnos (« la clôture de l’âge »).

« Je suis venu maintenant pour te faire comprendre ce qui doit arriver à ton peuple dans la suite des temps ; car il y a encore une vision pour ces jours-là. » — Daniel 10:14, NBS

Le mot aiōn ne signifie pas « planète », mais période, époque, ordre du monde. Autrement dit, on parle d’un changement de régime, pas d’une annihilation du réel ou du monde matériel tel qu'on le connaît.

Cette manière de penser le temps est très largement partagée dans la littérature juive du Second Temple. Les textes apocalyptiques — Daniel, 1 Hénoch, 4 Esdras, 2 Baruch — fonctionnent presque tous avec le même schéma :

  1. un âge présent : marqué par l’injustice, la domination des puissances étrangères et la souffrance des justes ;

  2. un âge à venir : instauré par Dieu, caractérisé par la justice, la paix et la restauration du peuple fidèle et la victoire finale de Dieu.

La « fin » n’est donc pas une destruction totale, mais le jugement de Dieu sur l’ordre actuel, suivi d’un renouvellement de la création (Isaïe 65-66).

Les textes des manuscrits de Qumrân (datant du IIe siècle av. n. è.) illustrent très bien cette logique. Pour la communauté vivant près de la mer Morte, la « fin des jours » est imminente, mais elle est comprise comme la fin de l’ordre corrompu dans lequel ils vivent.

Pour en savoir plus, cette vidéo éclaire l'impact que la découverte des manuscrits de la mer Morte ont eu sur notre compréhension du Nouveau Testament :

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Ces groupes juifs interprétaient déjà les événements qu'ils vivaient et les crises par lesquelles ils passaient comme le moment décisif avant l’intervention de Dieu. Par exemple, ces manuscrits datant d'entre le IIe et Ier siècle av. n. è. :

  • Le 4QFlorilegium : reflète une communauté qui « se croit vivre dans les derniers jours ». De ce fait, la communauté interprète plusieurs passages bibliques de l'Ancien Testament comme annonçant les évènements de son propre temps.

  • La Règle de la Congrégation / 1QSa : décrit l'organisation de la communauté « dans les derniers jours ». Cela montre que ces croyants ne pensaient pas seulement attendre la fin : ils cherchaient déjà à organiser le peuple fidèle en vue de l’âge messianique.

  • Le Document de Damas / CD : affirme que Dieu a suscité un groupe fidèle au sein d’un Israël jugé infidèle. La communauté se comprend comme le vrai reste de l’alliance, appelé à se séparer, à se purifier et à suivre l’interprétation correcte de la Loi avant le jugement. L'avènement du Messie y est associé à la « venue du Maître de justice à la fin des jours ».

  • Le Pesher d’Habacuc / 1QpHab : interprète les paroles du prophète comme visant la « génération finale » et s'accomplissant à leur époque. Même lorsque l’accomplissement semble tarder, la communauté reste convaincue de vivre dans le temps décisif précédant l’intervention de Dieu.

Cette période est vécue communautairement, dans l’attente d’une intervention décisive de Dieu, sans spéculation sur la fin ou la destruction du cosmos à proprement parler.

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Règle de la Communauté, 1QS (Ier siècle av. n. è.) — document réglementaire de Qumrân

À partir de la fin du IIe siècle av. n. è., on retrouve dans ce mouvement juif ancien de Qumrân (probablement esséniens), toutes les caractéristiques d'un mouvement suivant une logique sectaire-apocalyptique :

  • un groupe minoritaire (au sein du Judaïsme) se perçoit comme le vrai peuple fidèle à Dieu à la fin des temps ;

  • séparé d’un ordre religieux jugé corrompu ;

  • détenteur de l’interprétation correcte des Écritures ;

  • et appelé à se purifier avant l’intervention imminente de Dieu.

Tout cela précède Jésus et pose les bases et permet de mieux saisir le contexte de sa venue et de ce qu'il inaugure. Et ce que le Nouveau Testament va ensuite annoncer : non pas seulement que « la fin » approche, mais qu’avec Jésus, quelque chose de décisif a déjà commencé.

Il convient de rappeler que l'on dialogue avec les catégories juives de l’époque du Judaïsme du Second Temple. De plus, il faut savoir aussi que lorsque tu lis dans ta Bible “les derniers jours” ou “la fin du monde” dans une traduction, tu lis donc déjà une interprétation. Dans le grec du NT, les auteurs ont plusieurs mots différents, et ils ne recouvrent pas les mêmes idées.

Il faut donc s'intéresser à quel sens avaient ces expressions dans le contexte du Ier siècle afin d'éviter les anachronismes mais aussi d'éviter de projeter notre regard actuel sur le monde. Sans ça on peut faire dire tout et n'importe quoi à un texte.

À retenir

Les « derniers jours » désignent en premier lieu l’horizon final de l'accomplissement du dessein de Dieu, ils peuvent désigner parfois l’avenir lointain, parfois une crise finale d’une période historique précise, parfois la consommation ultime de l’histoire et de l'âge présent.

Simplement cette expression désigne "la phase finale de l’ordre actuel, ou le moment où Dieu accomplit ce qu’il a promis", sans fixer la durée de cette période ou de ce moment.

2. Avec Jésus, les derniers jours sont déjà inaugurés

Lorsque l’on arrive au Nouveau Testament, ce cadre ou ce thème des « derniers jours » n’est pas abandonné. Il est repris, nuancé et réinterprété.

Le Nouveau Testament se place dans la continuité des processus interprétatifs observés dans les manuscrits de la mer Morte.

Dans les évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc), Jésus annonce que le Royaume de Dieu « s’est approché » (Marc 1:15). Jésus ne dit pas seulement que Dieu agira un jour. Il annonce que quelque chose est déjà en train de se passer.

Le Royaume n’est pas encore pleinement manifesté, mais il est déjà à l’œuvre par son ministère. Les guérisons, le pardon accordé aux pécheurs, l’accueil de ceux qui sont exclus par le système de l'époque, la libération des personnes écrasées, tout cela fonctionne comme des signes de l’âge à venir qui fait irruption dans l’âge présent.

C’est une logique de transition : quelque chose a commencé, mais n’est pas encore achevé. Jésus inaugure une période transitoire vers quelque chose de plus grand encore à venir.

C’est précisément ce que l’on retrouve dans Matthieu. Jésus parle de la « consommation de l’âge » (Matthieu 13:39-40 ; 24:3). Cette expression désigne la clôture d’un âge, le moment où Dieu met fin à un ordre ancien pour faire advenir pleinement son règne.

Dans Matthieu 24, cette tension est particulièrement visible. Jésus parle à la fois d’événements proches pour sa génération, notamment les crises (guerres, famines, épidémies, etc.), les persécutions et la destruction du Temple, et de quelque chose qui pointe vers un horizon plus large, celui de la consommation finale de l’âge, marqué par le jugement et la venue du Fils de l’homme.

Autrement dit, pour Matthieu c'est un processus, c'est quelque chose qui commence avec Jésus et se manifeste dans l’histoire, notamment avec la chute de Jérusalem en 70 par les armées romaines.

3. Le Nouveau Testament situe les derniers jours au Ier siècle

Dans le Nouveau Testament, il apparaît clairement que les « derniers jours » ne commencent pas en 1914. Ils sont liés à la venue de Jésus, à sa mort, à sa résurrection et à l’effusion de l’Esprit. L'épître aux Hébreux l'affirme dès son ouverture :

« Après avoir autrefois, à bien des reprises et de bien des manières, parlé aux pères par les prophètes, Dieu nous a parlé, en ces jours qui sont les derniers, par le Fils. » — Hébreux 1:1-2, NBS

L’auteur ne dit pas que les derniers jours commenceront dans un futur lointain. Il dit que Dieu a parlé « en ces jours qui sont les derniers » par son Fils. Pour lui, les derniers jours sont donc déjà ouverts par la venue du Christ.

On retrouve également la même logique en Actes 2. Le jour de la Pentecôte, Pierre explique l’effusion de l’Esprit en citant le prophète Joël :

« Dans les derniers jours, dit Dieu, je répandrai de mon Esprit sur toute chair » (Actes 2:17).

Pierre dit que ce qui se passe devant ses auditeurs correspond à ce que Joël avait annoncé. Les derniers jours sont donc déjà en cours au Ier siècle.

Pour Pierre, cette prophétie s’accomplit au présent, maintenant, dans l’effusion de l’Esprit. Autrement dit, les “derniers jours” ne sont pas reportés à un futur indéfini : ils sont déjà inaugurés. C'est une manière de dire : ce qu'on attendait depuis longtemps a commencé, c'est le moment où l'histoire bascule vers autre chose.

Paul partage la même lecture. En 1 Corinthiens 10:11, il écrit que « les fins des âges » sont arrivées sur la génération chrétienne.  Paul dit que plusieurs “âges” trouvent leur aboutissement dans son époque. En Galates 1:4, il parle de « cet âge mauvais » dont les croyants sont déjà délivrés. En Romains 13:11-12, il affirme que « le salut est plus près de nous qu’au moment où nous avons cru » et que « la nuit est avancée, le jour s’est approché ». Montrant ainsi que l’histoire est entrée dans sa phase terminale, sans être encore achevée.

Jean exprime lui aussi cette tension. Il peut écrire : « C’est la dernière heure » (1 Jean 2:18). Dans son évangile, la « vie éternelle » n’est pas seulement une promesse future : « celui qui croit a la vie éternelle » (Jean 5:24). Cette vie est déjà accessible, parce qu’elle appartient à l’âge à venir désormais ouvert. Pourtant, Jean parle aussi d’une résurrection future et d’un jugement à venir (Jean 5:28-29).

Jacques avertit les riches injustes en disant qu’ils ont amassé des trésors « dans les derniers jours » (Jacques 5:1-3) et pour terminer, Pierre dans sa première lettre nous dit :

« Il a été désigné d'avance, avant la fondation du monde, et il s'est manifesté à la fin des temps, à cause de vous » — 1 Pierre 1:20, NBS

Pierre affirme donc ici que Christ a été manifesté « à la fin des temps » pour les croyants. Même le passage de 2 Timothée 3:1-5 n'a de sens que s'il s'applique déjà au Ier siècle. En effet, Paul déclare à Timothée : « Éloigne-toi de ces gens-là ». Paul l’avertit donc contre des comportements déjà présents dans les communautés, notamment dans certains milieux religieux.

Par ailleurs, cela est même confirmé par les auteurs de la fin du Ier siècle et du début du IIe siècle de notre ère, que l’on nomme les « Pères apostoliques » : la génération suivant celle des apôtres dont certains furent enseignés par ces derniers.

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Ignace d'Antioche, vers 110 de n. è.

Il ressort clairement de leurs écrits, notamment ceux d’Ignace d’Antioche et de Clément de Rome, adressés aux assemblées de l’époque que ces communautés étaient déjà confrontées à ces problématiques.

Leurs avertissements fréquents montrent que certains chrétiens pouvaient se montrer rétifs (résistants à l’autorité), impertinents, ingrats, peu disposés à l'obéissance. De plus, ceux qui venaient du paganisme n’avaient jamais connu la pratique d’une direction spirituelle chrétienne, qu’ils n’acceptaient pas toujours sans agitation.

Cela montre que les comportements décrits par Paul en 2 Timothée 3 ne renvoient pas spécifiquement à notre époque moderne et aux comportements de nos contemporains, mais à des réalités déjà présentes dans les premières communautés chrétiennes.

En définitive, le Nouveau Testament ne dit jamais que cette période commencerait à un autre moment de l'Histoire, les derniers jours ne commencent pas au XXe siècle. Ils commencent avec Jésus, sa mort, sa résurrection et l’effusion de l’Esprit.

Mais alors comment vivre en attendant que le Royaume soit pleinement visible ?

4. Le paradoxe du « déjà là » et du « pas encore »

Pour comprendre les derniers jours, il faut saisir une tension centrale du Nouveau Testament : avec Jésus, quelque chose de décisif a déjà commencé, mais tout n’est pas encore accompli.

Les exégètes parlent souvent d’« eschatologie inaugurée ». C'est généralement la position retenue par les exégètes et théologiens contemporains comme George Eldon Ladd, Oscar Cullmann, Herman Ridderbos, N. T. Wright et G. K. Beale. Cela signifie que les réalités de la fin — celle du Royaume, de l’Esprit, le salut, la vie éternelle, la nouvelle création — sont déjà entrées dans l’histoire par la venue, la mort et la résurrection de Jésus, mais qu’elles attendent encore leur accomplissement final.

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Débarquement de Normandie, le 6 juin 1944.

Pour les amateurs d'Histoire, le théologien et exégète Oscar Cullmann a utilisé une image aujourd'hui devenue célèbre. Pour lui, la période chrétienne ressemble au temps entre le débarquement de Normandie et la victoire finale des alliés. La victoire décisive est déjà acquise, mais la guerre n’est pas encore terminée. De la même manière, dans le Nouveau Testament, la résurrection de Jésus marque déjà la victoire décisive de Dieu, mais les croyants attendent encore la manifestation finale de cette victoire.

« La ligne du temps [...] est, selon le Nouveau Testament, coupée : il y a un milieu temporel (accomplissement) et une fin temporelle (achèvement). J’ai résumé cette tension par la formule : “déjà” et “pas encore” ; et je l’ai illustrée par une image bien comprise au moment où j’ai fixé mon idée par écrit (1944). La bataille décisive avait eu lieu, mais les combats continuaient et on attendait encore l’armistice. Le temps compris entre le milieu et la fin est celui du Nouveau Testament et se prolonge dans celui qui est le nôtre : il s’agit d’un temps intermédiaire... » — Oscar Cullmann, Les Voies de l'unité chrétienne, 1992.

C’est cela le « déjà là / pas encore ». Les derniers jours ont déjà commencé, mais ils ne sont pas encore achevés. Le Royaume est déjà inauguré, mais il n’est pas encore pleinement visible dans toute la création.

Cette tension évite deux erreurs.

La première serait de croire que tout est déjà accompli, comme si l’histoire était terminée (c'est la position de l'hyper-prétérisme, qui considère que toutes les promesses du Nouveau Testament se sont déjà accomplies au Ier siècle).

La seconde, qui nous concerne directement, serait de croire que rien n’a encore commencé, comme si les derniers jours devaient attendre une date moderne comme 1914, pour démarrer.

Le Nouveau Testament tient les deux ensemble : depuis Jésus, nous sommes déjà dans les derniers jours ; mais nous attendons encore leur accomplissement final. Nous sommes donc dans un temps transitoire depuis près de deux mille ans.

Jésus n’annonce pas seulement la fin, il en marque le commencement.

5. Alors, que signifie concrètement vivre dans les derniers jours ?

Nous l'avons vu brièvement. Dans la Bible qui nous est parvenue, l'expression « derniers jours » ou « la clôture de l’âge » ne sont pas présentés comme une période précise et réservée à une génération très lointaine de chrétiens et à un moment précis de l’histoire moderne (au XXe siècle).

Les auteurs bibliques eux-mêmes affirment que cette période a commencé au Ier siècle.

Ce n’est pas une interprétation tardive : ce sont les textes qui le disent. D'abord, ils désignent la phase finale de l’histoire, comprise comme la fin d’un ordre ancien et l’ouverture d’un âge nouveau voulu par Dieu.

Dans le judaïsme ancien, l’histoire est pensée en deux âges :

  1. l’âge présent, marqué par l’injustice, la domination et la souffrance ;

  2. l’âge à venir, marqué par la justice, la paix et la restauration de la création.

La « fin » correspond donc au passage entre ces deux âges, d'un âge à l'autre, c'est une période de transition.

Autrement dit, les “derniers jours” ne commencent pas en 1914, ni à une date calculée à partir du livre Daniel, mais avec Jésus lui-même.

Cela change profondément la manière de lire l’actualité. Les guerres, les catastrophes, les crises ne sont pas des preuves que « nous sommes enfin entrés dans les derniers jours » : selon la Bible, ces réalités font partie de toute la période ouverte par Jésus.

La question biblique n’est donc pas : Sommes-nous enfin dans les derniers jours ? Mais plutôt : Comment vivons-nous dans ce temps qui dure depuis le Christ ?

Les premiers chrétiens ne vivaient pas dans l’attente obsessionnelle d’une date, mais dans une vigilance active, une fidélité quotidienne, convaincus que l’histoire avait déjà basculé, même si tout n’était pas encore visible.

Relire les textes ainsi n’enlève rien à l’espérance biblique. Au contraire, cela la rend plus cohérente. Ce n'est pas une attente sans cesse reportée, ni une génération “spéciale” qui aurait enfin compris les textes, mais une période unique, commencée avec Jésus, qui concerne tous les croyants depuis deux mille ans.

Cette lecture invite chacun, aujourd’hui encore, non pas à chercher des signes dans les médias, mais à relire les Écritures avec une question plus sérieuse et exigeante : si les “derniers jours” ont commencé avec Jésus, qu’est-ce que cela change concrètement dans ma manière de comprendre la foi, l’espérance et l’engagement chrétien ?

Conclusion

Même si tout n’est pas encore accompli — la mort, l’injustice et la souffrance existent encore — les croyants attendent toujours la venue finale du Christ, la résurrection, le jugement et la nouvelle création.

Nous l’avons vu : le Nouveau Testament introduit un paradoxe essentiel à comprendre. En exégèse, on parle souvent du « déjà là / pas encore ». Cela signifie que le règne de Dieu est déjà inauguré par Jésus — par sa mort, sa résurrection et l’effusion de l’Esprit — mais qu’il n’est pas encore pleinement manifesté, notamment dans la nouvelle création symbolisée par la Nouvelle Jérusalem (Apocalypse 21–22).

Autrement dit, Dieu a déjà agi de manière décisive dans l’histoire, mais l’accomplissement final reste encore attendu.

Aujourd’hui, beaucoup de chrétiens vivent pourtant comme si Dieu devait encore arriver, comme s’il n’était pas déjà intervenu de manière décisive dans l’histoire. Cette manière de voir conduit souvent à des croyances fragiles, davantage nourries par l’émotion, l’angoisse de l’actualité et l’attente de signes visibles que par une lecture attentive des textes eux-mêmes. Le problème avec ce type de discours produit par l'organisation, c'est qu'il repose souvent sur un argument circulaire du type :

« Nous savons que nous sommes dans les derniers jours parce que les événements actuels accomplissent les prophéties ; et nous savons que ces événements accomplissent les prophéties parce que nous sommes dans les derniers jours. »

Évitons donc de lire l’actualité uniquement pour confirmer notre interprétation des textes, ou ce que nous croyons qu’ils disent.

Relire les textes dans leur contexte permet de sortir de cette logique. Les guerres, les catastrophes naturelles et les crises mondiales ne sont pas des signaux permettant de dater le début des derniers jours. Elles rappellent simplement que l’âge présent reste marqué par l'injustice, la violence et la mort. Alors demandons-nous :

« Comment vivre, depuis la venue du Christ, dans ce temps final, ces derniers jours, où les croyants attendent encore l’accomplissement du Royaume et de ses bienfaits ? »

Maintenant, il peut être intéressant de se demander sur quelle base repose l’interprétation des Témoins de Jéhovah, et ce qui en fait la particularité, voire même la force. C’est ce que nous verrons dans le prochain article.

Sources

  • George Eldon Ladd, The Presence of the Future, Eerdmans, 1974.

  • Oscar Cullmann, Christ and Time, SCM Press, 1951.

  • G. K. Beale, A New Testament Biblical Theology, Baker Academic, 2011.

  • N. T. Wright, Surprised by Hope, HarperOne, 2008.

  • Craig S. Keener, Acts: An Exegetical Commentary, vol. 1, Baker Academic, 2012.

  • F. F. Bruce, The Epistle to the Hebrews, New International Commentary on the New Testament, Eerdmans, 1990.

  • Richard Bauckham, The Theology of the Book of Revelation, Cambridge University Press, 1993.

  • John J. Collins, The Apocalyptic Imagination, Eerdmans, 2016.

  • James C. VanderKam, The Dead Sea Scrolls Today, Eerdmans, 2010.

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