Le mot « paradis » est sans doute l’un des mots les plus couramment utilisés pour parler de la vie après la mort. Mais d'où vient ce mot ? Et surtout quel sens avait-il à l'origine ?
Le mot français « paradis » vient du latin paradisus, lui-même emprunté au grec παράδεισος (paradeisos). Ce mot grec vient du vieux perse, souvent reconstruit sous la forme pairidaeza ou pairidaēza, qui désignait un espace clos, un parc, un jardin entouré de murs.
On pense souvent que le mot « paradis » était utilisé pour parler du lieu dans lequel se trouvaient Adam et Ève dans le récit de la Genèse. Mais le récit de Genèse 2–3 parle du jardin d’Éden, en hébreu gan ʿEden, et non d’un « paradis ».
En fait, c'est à partir de la Septante (vers le IIIe siècle av. n. è.), la traduction grecque de l’Ancien Testament, que le mot paradeisos est utilisé pour parler et traduire l'expression « jardin d’Éden » (Genèse 2:8). Cela nous éclaire sur la manière dont les traducteurs lisaient et comprenaient les textes à leur époque.
À savoir
Le mot « paradis » n’apparaît pas dans la Bible hébraïque. En hébreu biblique, Genèse 2–3 parle du gan ʿEden, le « jardin d’Éden ». Le mot hébreu proche, pardēs, d’origine perse, apparaît seulement en Néhémie 2:8, Ecclésiaste 2:5 et Cantique 4:13, mais il désigne un parc, un verger ou un jardin. C'est un indice parmi d'autres permettant de déterminer l'époque de leur rédaction.
À partir du IIe av. n. è., le concept de « paradis » commence progressivement à évoluer dans le Judaïsme du Second Temple pour désigner un lieu de repos réservé aux justes après la mort, souvent associé à une section ou à un compartiment dans le séjour des morts (appelé shéol — hébreu — ou hadès — en grec) ou encore à un espace céleste gardé auprès de Dieu en attendant la restauration finale.
Au Ier siècle Jésus reprend cette idée répandue dans le Judaïsme de l'époque. Par exemple en Luc 23:43, lorsqu'il dit au condamné crucifié à côté de lui : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis. » Ici, le paradis est lié à la communion avec Jésus après la mort.
Ce paradis n’est pas encore vu comme l’état final ou la finalité pour les personnes justes, mais c’est un lieu intermédiaire et temporaire où les fidèles attendent la résurrection (Luc 16:22, aussi appelé « le sein d’Abraham »).
Jésus réutilise des images connues à son époque (notamment influencées par la littérature juive inter-testamentaire, comme 1 Hénoch, 4 Esdras, ou le récit du “riche et pauvre” égyptien — appelé Setné Khamwas et Si-Osire). Jésus utilise donc un motif narratif connu dans le monde antique et reprend les croyances populaires sur le sort des morts que ces auditeurs connaissaient bien, comme cela est courant dans la littérature parabolique, afin d'en dégager une leçon, une morale ou un enseignement.
Pour Jésus le « paradis » n’est pas la destination finale, mais un lieu de repos en présence de Dieu, avant la résurrection. Le point central, c'est la promesse d’être avec le Christ.
On retrouve également ce mot en 2 Corinthiens 12:4, où Paul parle d’un homme « enlevé dans le paradis », dans le cadre d’une expérience céleste particulièrement intéressante. En effet, dans la pensée juive ancienne de l'époque de Paul (notamment dans la littérature apocalyptique comme 2 Hénoch 8 ou l’Apocalypse de Moïse ou appelée aussi Vie grecque d’Adam et Ève), on parlait souvent de plusieurs cieux :
Le 1er ciel : le ciel visible, l’atmosphère, les nuages.
Le 2e ciel : le lieu des astres, des puissances spirituelles.
Le 3e ciel (parfois plus de sept cieux, voire davantage) : le lieu de Dieu, le plus élevé, inaccessible normalement.
D’ailleurs, Paul pouvait très bien connaître des représentations à plusieurs cieux, voire à sept cieux, tout en ne mentionnant ici que le troisième ciel, qu’il semble associer au paradis.
Paul décrit ici une sorte d'expérience mystique, où il a pu accéder de manière anticipée aux réalités finales promises par Dieu probablement liées à l'accomplissement du Royaume futur, à la résurrection et à la nouvelle création.
De plus, il ne faut pas oublier que le Judaïsme du Ier siècle était varié sur la question de l’au-delà et de ce qu'il se passe après la mort (résurrection chez les pharisiens, négation de la résurrection chez les sadducéens et une grande diversité dans les apocalypses juives).
Le « paradis » chez Jésus et Paul, c'est d'abord un moment de communion avec Dieu avant la résurrection finale, selon la pensée juive du Ier siècle. De ce fait les croyants vivent un état intermédiaire auprès de Dieu, souvent appelé « paradis » ou « présence du Christ ».
À retenir
Le « paradis » est vu ici comme l’accès à la présence divine, non comme étant la destination finale des justes, mais une expérience de vision et/ou de communion avec Dieu, au sommet de la révélation.
Dans Luc 23:43 et 2 Corinthiens 12:4, ni Jésus, ni Paul ne décrivent l’état final des croyants après la résurrection. Aucun de ces deux textes ne dit que le salut final consiste à monter au ciel pour y vivre éternellement. Par ailleurs, tant Jésus que Paul dans ces épîtres, évoquent plutôt un état intermédiaire auprès de Dieu après la mort des croyants (2 Corinthiens 5:8 ; Philippiens 1:23).
Le but ultime, c'est que le ciel et la terre fusionnent parfaitement et pour l'éternité (Éphésiens 1:10 et Colossiens 1:20), que toute la création soit renouvelée et régénérée, afin de vivre sur une terre où habitera la justice et la paix.
Le troisième et dernier passage à mentionner le mot « paradis » dans le Nouveau Testament est plus tardif (vers l'an 96). : il s'agit du livre de l'Apocalypse 2:7. Ici le paradis est associé à l’arbre de vie : « Au vainqueur, je donnerai à manger de l’arbre de vie qui est dans le paradis de Dieu. »
Ici, l’image renvoie clairement à l’Éden originel (Genèse 2–3), mais aussi à la restauration finale de la création, annonçant la vision finale du livre d’Apocalypse 22:1–2, où l’arbre de vie est au centre de la nouvelle Jérusalem, au bord du fleuve d’eau de la vie. Puis Apocalypse 22:14 et 19 déclare heureux ceux qui ont droit à l’arbre de vie.
Le « paradis de Dieu » devient ainsi l'image de la vie éternelle dans la nouvelle création, après la résurrection, là où l’humanité retrouve l’arbre de vie et vit avec Dieu pour toujours (Apocalypse 22:3-5). C’est l’Éden restauré ; la fin de l’histoire qui rejoint son commencement.
L’Apocalypse reprend donc cette image pour annoncer une restauration : ce qui a été perdu au commencement sera rendu à la fin. Pour plus d'informations sur le livre de l'Apocalypse voir cet article :
Les 144 000 : lecture littérale ou symbolique ? Et pourquoi ?, ensuite comparer ces passages Apocalypse 7:9, 13, 14 et 22:14 .
« paradis de Dieu » : Il ne s’agit pas d’un lieu céleste abstrait, mais d’un monde rétabli, concret et éternel, dans lequel les justes vivront pleinement en présence de Dieu.
En résumé
Au départ, le terme paradeisos renvoie littéralement à un « jardin clos », puis dans le Judaïsme du Second Temple au lieu de récompense des justes après la mort, attendant la résurrection finale et le jugement. Ainsi, il désigne l’espace de bénédiction auprès de Dieu. Dans le Nouveau Testament, il évoque à la fois la communion avec le Christ après la mort, une expérience céleste auprès de Dieu, l’espérance finale d'une vie restaurée dans une création renouvelée et réconciliée.
Dans les trois cas où le mot apparaît dans le Nouveau Testament, le mot n’a pas automatiquement le même référent dans chaque contexte, autrement dit, il ne désigne pas la même réalité à chaque fois.
Il faut d’abord observer le contexte et le genre littéraire avant d’expliquer le texte.
En quelque sorte, le « paradis » renvoie à une espérance plus profonde qui est celle de retrouver la vie parfaite avec Dieu pour l'éternité.
Pour en savoir plus, regarder cette vidéo de la chaîne BibleProject :
Sources
Anchor Bible Dictionary, entrée « Paradise ».
Theological Dictionary of the New Testament, entrée παράδεισος.
BDAG, A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature, entrée παράδεισος.
Liddell-Scott-Jones, A Greek-English Lexicon, entrée παράδεισος.
Encyclopaedia Iranica, entrée « Paradise ».
John J. Collins, The Apocalyptic Imagination.
Martha Himmelfarb, Tours of Hell: An Apocalyptic Form in Jewish and Christian Literature.
Craig R. Koester, Revelation, Anchor Yale Bible.
G. K. Beale, The Book of Revelation, New International Greek Testament Commentary.
Textes principaux : Genèse 2–3 ; Néhémie 2:8 ; Ecclésiaste 2:5 ; Cantique 4:13 ; Luc 23:43 ; 2 Corinthiens 12:4 ; Apocalypse 2:7 ; Apocalypse 22:1-2.