« Le petit troupeau » et les « autres brebis » : deux groupes de chrétiens ?

Bible et exégèse · Romain ·

Les Témoins de Jéhovah lisent la mention du « petit troupeau » en Luc 12:32 comme désignant les 144 000, et les « autres brebis » de Jean 10:16 comme faisant référence à la grande foule terrestre. Mais est-ce vraiment ce que disent ces textes dans leur contexte ?

Dans les articles précédents, nous avons commencé à examiner une question importante : le Nouveau Testament enseigne-t-il réellement deux espérances chrétiennes distinctes ?

Y a-t-il d’un côté, une espérance céleste réservée à un petit groupe de chrétiens ; de l’autre, une espérance terrestre destinée à la majorité des croyants ?

Si vous n'avez pas eu l'occasion de les lire nous vous invitons à le faire avant de continuer la lecture de celui-ci :

  1. Les 144 000 : lecture littérale ou symbolique ? Et pourquoi ?

  2. L’espérance chrétienne : la vie éternelle est elle sur terre ou au ciel ? — Première partie

  3. L’espérance chrétienne : la vie éternelle est elle sur terre ou au ciel ? — Deuxième partie

Nous avons vu qu’Hébreux 3:1 parle d’un « appel céleste », mais que dans le contexte de l’épître, cet appel désigne surtout l’invitation de Dieu à tenir ferme en Christ, à ne pas revenir en arrière, et à entrer dans la réalité définitive inaugurée par le grand prêtre céleste. L’auteur exhorte une communauté entière à persévérer. L’accent est mis sur l’origine de cet appel : il vient de Dieu.

1 Pierre 1:3-5 parle d’un héritage « réservé dans les cieux ». Pierre rappelle à des chrétiens éprouvés que leur espérance est en sécurité auprès de Dieu. Cet héritage ne peut être ni détruit ni perdu, et il sera pleinement révélé au moment voulu par Dieu.

Philippiens 3:20-21 parle d’une « citoyenneté dans les cieux ». Paul explique que les croyants appartiennent avant tout au royaume de Dieu. Ils attendent le retour de Jésus-Christ venant des cieux, qui transformera leur corps actuel pour le rendre glorieux comme le sien.

De plus Jean 14:2-3, fait référence à la « maison du Père » et à des « demeures ». Le cœur du passage est la promesse d’une communion durable avec lui : « afin que là où je suis, vous soyez vous aussi ».

L'Oxford Bible Commentary note un parallèle avec 1 Thessaloniciens 4:16-17, où les fidèles seront “avec le Seigneur pour toujours”, il suggère même que Jean pourrait comprendre ce “retour” de Jésus comme se réalisant, en un sens, au moment de la mort des disciples. Dans tous les cas l'évangéliste semble anticiper ce retour, en insistant sur une réalité déjà accessible par la foi.

On abordera en détail ce passage, mais pour le moment nous dirons que ce passage cherche simplement à répondre à la question de comment les croyants morts avant la venue glorieuse du Christ participeront-ils eux aussi à cette venue ? L'idée chez Jean c’est que Jésus va au Père et garantit aux disciples une communion durable avec lui.

Tandis que Luc 22:28-30 parle des apôtres qui siégeront sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël. Dans le contexte du dernier repas, Jésus promet aux Douze une fonction particulière dans le Royaume. Le passage évoque surtout leur rôle dans la restauration du peuple de Dieu, mais ne précise pas d'où cela aura lieu. Dans l'imaginaire juif de l'époque du Ier siècle, cela a lieu sur une terre restaurée ou renouvelée (Ézéchiel 37:21-28 ; Isaïe 25:6-8, voir aussi Matthieu 19:28 ; Luc 13:28-29 ; Actes 3:21).

Il reste cependant deux expressions très importantes dans la doctrine des Témoins de Jéhovah : le « petit troupeau » de Luc 12:32 et les « autres brebis » de Jean 10:16.

Dans la Tour de Garde de décembre 2022, l’organisation résume clairement sa compréhension ainsi :

« Jésus a appelé ceux qui régneraient avec lui “petit troupeau” (Luc 12:32). Il a également parlé d’un second groupe, qu’il a appelé “autres brebis”. Ces deux groupes forment un seul troupeau, uni (Jean 10:16). [...] À ce moment-là, bien sûr, le “petit troupeau” sera au ciel, tandis que les “autres brebis” seront sur la terre et auront la perspective d’y vivre éternellement. »

— La Tour de Garde, décembre 2022, « Tu seras avec moi dans le paradis », §14.

La position est donc formulée clairement ici comme telle : le « petit troupeau » serait le groupe céleste, et les « autres brebis » seraient le groupe terrestre. Mais maintenant, il faut prendre le temps de lire les deux passages dans leur contexte respectif.

1. « N’aie pas peur, petit troupeau » : le contexte de Luc 12:32

Le texte de Luc dit :

« N’aie pas peur, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. » — Luc 12:32.

À qui parle ici Jésus ? Pour bien comprendre cette phrase examinons le contexte. Jésus parle à ses disciples, dans un contexte très précis.

À première vue, l’expression « petit troupeau » peut sembler aller dans le sens d’un petit groupe choisi et d'autant plus quand on l'a lit avec la doctrine des 144 000 en tête. Mais répondons d'abord à ces questions :

  1. À qui Jésus parle-t-il ?

  2. Que vient-il de dire ?

  3. Pourquoi emploie-t-il cette image ?

Luc 12 commence avec une foule immense autour de Jésus. Pourtant, l’auteur précise que Jésus s’adresse d’abord à ses disciples (Luc 12:1). Le chapitre met en garde contre la peur des hommes, contre l’inquiétude, contre l’obsession des biens matériels et contre la recherche anxieuse de sécurité.

Juste avant de parler du « petit troupeau », Jésus dit :

« Ne vous inquiétez pas pour la vie, de ce que vous mangerez, ni pour le corps, de quoi vous serez vêtus. » — Luc 12:22.

Puis il ajoute :

« Cherchez plutôt son Royaume, et cela vous sera donné par-dessus. » — Luc 12:31.

Et c'est justement dans ce contexte qu’il dit :

« N’aie pas peur, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. » — Luc 12:32.

Le contexte immédiat parle de ne pas s’angoisser pour la nourriture, le vêtement ou la sécurité matérielle, car le Père connaît les besoins des siens. L’expression « petit troupeau » désigne donc la communauté fragile des disciples, minoritaire, vulnérable, mais gardée par Dieu.

Dans Luc, ce passage s’inscrit dans un ensemble où les richesses peuvent devenir un obstacle au discipulat et où les disciples sont appelés à la confiance et à la vigilance.

L’Oxford Bible Commentary souligne justement que, chez Luc, les possessions sont un enjeu majeur, car elles peuvent nourrir l’autosuffisance et devenir un obstacle à la réponse à l’appel de Dieu. L’intention de Jésus n’est donc pas de distinguer deux espérances, mais de rassurer ses disciples : même s’ils sont peu nombreux et socialement fragiles, le Père leur donne le Royaume.

Le « petit » de Luc 12:32 sert à exprimer la faiblesse apparente du groupe des disciples face au monde. Utiliser Luc 12:32 pour expliquer Apocalypse 7 revient donc à déplacer un texte de son contexte pour lui faire porter une question qu’il ne traite pas.

De plus l'expression « recevoir le Royaume » signifie dans l'Évangile participer à ce règne de Dieu, appartenir au peuple du Roi, vivre sous son autorité, attendre son accomplissement. L'auteur n'entend donc pas ici l'idée d'aller au ciel pour régner, mais se conformer à la réalité inaugurée par Jésus dès maintenant (Luc 4:43 ; 11:2 ; 17:20-21 ; 22:18).

En tant que chrétien nous faisons partie de ce petit troupeau, à travers les enjeux de la vie. Joel B. Green, dans son commentaire sur Luc, souligne que ce chapitre insiste ici sur la confiance envers Dieu au milieu de l’insécurité matérielle et sociale. Le passage vise à former une communauté capable de vivre dans la confiance envers le Père et la recherche du Royaume.

Il convient naturellement de se s'interroger sur les raisons pour lesquelles l'organisation y voit ici une référence au 144 000 du livre de l'Apocalypse. Le lien entre les deux textes ne repose malheureusement sur aucune base solide sur le plan exégétique.

La question est donc simple : pourquoi voir dans cette parole de Jésus une séparation entre deux groupes de chrétiens, alors qu’il est avant tout en train de rassurer ses disciples ?

2. Jean 10:16 — Qui sont les « autres brebis » ?

Venons-en maintenant au deuxième texte central :

« J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos ; celles-là aussi, il faut que je les amène ; elles écouteront ma voix, et il y aura un seul troupeau, un seul berger. » — Jean 10:16.

Chez les Témoins de Jéhovah, il est souvent compris ainsi : les « autres brebis » dont il est question seraient les chrétiens qui ne font pas partie des 144 000 et qui ont l’espérance de vivre éternellement sur terre.

Mais là encore, c'est important de poser la question : dans Jean 10, de quoi Jésus parle-t-il ?

Si nous réexaminons le contexte, Jean 10 se place juste après Jean, où Jésus guérit un homme aveugle depuis sa naissance. Les autorités religieuses ne se réjouissent pas, mais au contraire elles interrogent l'homme, le mettent sous pression, rejettent son témoignage puis le jettent dehors.

Et c'est justement après cela, que Jésus va parler des bergers et des brebis.

Il met en opposition deux types de guides. D'un côté ceux qui prétendent guider le peuple, mais qui rejettent un homme que Dieu vient de guérir. Et de l’autre, Jésus, le vrai berger, qui connaît ses brebis, les appelle par leur nom, marche devant elles, et donne sa vie pour elles.

Il dit :

« Moi, je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour les brebis. [...] Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent. » — Jean 10:11, 14.

Jésus se présente ici comme le berger envoyé par Dieu. Mais cette image du berger vient directement de l'Ancien Testament. Dans celui-ci Israël est souvent présenté comme le troupeau de Dieu. Et les responsables d’Israël sont appelés des bergers. En Ézéchiel 34, Dieu reproche aux mauvais bergers de s’occuper d’eux-mêmes au lieu de prendre soin des brebis. Puis Dieu annonce :

« Moi-même, je chercherai mes brebis et j’en prendrai soin. [...] J’établirai sur elles un seul berger, mon serviteur David. »

— Ézéchiel 34:11, 23.

Cette idée est reprise aussi en Ézéchiel 37 où Dieu rassemble son peuple, l’unifie, et le place sous la direction d'un seul roi, d'un seul berger (Ézéchiel 37:21-24).

Donc quand Jésus dit : « Je suis le bon berger », il reprend la grande espérance biblique, celle que Dieu va lui-même venir chercher ses brebis, les rassembler, et leur donner le berger attendu. Et justement dans ce contexte que Jésus dit qu’il a aussi « d’autres brebis ».

Qui sont les « autres brebis » ? Et qu’est-ce que « cet enclos » dont parle Jésus ? Dans le contexte du ministère de Jésus, l’enclos le plus naturel, c’est Israël.

Jésus parle au milieu du peuple juif. Ses premiers disciples sont juifs. Les images qu'il utilise du berger, du troupeau et des brebis renvoient d’abord à Israël et à aux responsables religieux de l'époque.

Jésus annonce quelque chose de nouveau et d’important : il a aussi d’autres brebis, qui ne font pas encore partie de ce troupeau, c’est-à-dire des personnes non juives (les nations, les « païens ou Gentils » dans le langage biblique). Il dit qu’il doit aussi les amener, qu’elles écouteront sa voix, et que tous seront unis sous un seul berger.

Et cela correspond très bien à l’ensemble du Nouveau Testament. Pourquoi ? Parce que Jésus commence son ministère au milieu du peuple d’Israël, mais son œuvre ne s’arrête pas à Israël.

Jésus cherche donc à rassembler tous les enfants de Dieu dispersés (Jean 11:52), c'est ce que l’on voit en Jean 12. Des Grecs veulent voir Jésus (Jean 12:20-21). Et Jésus répond en parlant de sa mort prochaine. Puis il dit :

« Et moi, quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi. » — Jean 12:32.

Il est donc assez étonnant, de constater que les Témoins de Jéhovah aient pu à ce point transformer le sens originel du texte en question, dont ils se servent pour construire leur doctrine, des autres brebis/petit troupeau = grande foule/144 000. Il est donc primordial de revenir au sens que ces textes avaient lorsqu'ils furent rédigés et diffusés dans les premières communautés chrétiennes du Ier siècle.

Imaginons un instant la réaction d'un chrétien d'origine des nations (Gentils ou non-Juifs) en lisant ce texte. En le lisant il pouvait se dire : « Certes je ne viens pas de l'enclos d'Israël, mais Jésus m'appelle aussi et moi aussi je suis une brebis du berger. » Ce texte répond donc à la question : comment des gens aussi différents peuvent-ils appartenir au même peuple de Dieu ? Parce qu'ils ont un seul et même berger, Jésus.

On retrouve par ailleurs ce message ailleurs dans le Nouveau Testament, dans les épîtres de Paul, en Éphésiens 2 :

« Souvenez-vous donc de ceci : vous qui étiez autrefois les non-Juifs dans la chair, qui étiez traités d'incirconcis par ceux qui se disent circoncis et qui le sont dans la chair et par des mains humaines, vous étiez en ce temps-là sans Christ, privés du droit de cité en Israël, étrangers aux alliances de la promesse, sans espérance et sans Dieu dans le monde. Mais maintenant, en Jésus-Christ, vous qui autrefois étiez loin, vous êtes devenus proches, par le sang du Christ. » — Éphésiens 2:11-13.

Cette idée revient à d'autres endroits. Cela montre la nécessité que ce message soit compris et diffusé au sein des premières communautés de chrétiens (1 Corinthiens 12:13 ; Romains 10:12 ; Galates 3:28 ; Colossiens 3:11). Et cela rejoint très bien Jean 10:16 : les brebis ne sont pas définies par leur origine, mais par la voix qu’elles écoutent, celle de Jésus-Christ.

Conclusion

Que peut-on retenir de tout cela ?

Dans Luc 12:32, Jésus parle à des disciples fragiles, peu nombreux, exposés à l’inquiétude. Il ne leur donne pas une étiquette doctrinale compliquée. Il les rassure simplement : « N’aie pas peur, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. »

Le cœur du passage est donc la confiance. Jésus ne cherche pas à expliquer qui ira au ciel et qui vivra sur terre. Il dit à ses disciples : vous êtes petits, mais vous n’êtes pas abandonnés. Vous êtes vulnérables, mais le Père vous donne le Royaume.

Dans Jean 10:16, Jésus parle des « autres brebis » dans le contexte du bon berger. Il reprend une image connue dans la Bible : Dieu rassemble ses brebis, prend soin de son peuple et lui donne un berger. Dans ce contexte, les « autres brebis » désignent très vraisemblablement ceux qui ne viennent pas de l’enclos d’Israël, c’est-à-dire les croyants issus des nations, les non-Juifs.

C’est exactement ce que l’on retrouve ailleurs dans le Nouveau Testament. En Éphésiens 2, Paul explique que ceux qui étaient loin sont devenus proches par le sang du Christ. Les Juifs et les non-Juifs ne restent pas deux peuples séparés : Christ fait des deux « un seul homme nouveau » et les réconcilie « en un seul corps » (Éphésiens 2:13-16). En Éphésiens 3:6, Paul va encore plus loin : les croyants issus des nations sont « cohéritiers », « membres du même corps » et « participants de la même promesse ».

La question est donc pourquoi lire Luc 12:32 et Jean 10:16 comme la description d'une séparation entre deux groupes de chrétiens ayant deux espérances différentes, alors que le premier passage cherche à rassurer les disciples de Jésus, et que le second parle justement du rassemblement des brebis autour d’un seul berger ?

Une fois replacés dans leur contexte, ces deux textes semblent porter un message beaucoup plus simple.

Le « petit troupeau » : Jésus rassure ses disciples fragiles.

Les « autres brebis » : Jésus annonce que son œuvre dépasse Israël et rassemble aussi les croyants venus des nations.

Dans les deux cas, le texte nous invite moins à classer les croyants qu’à regarder ce que Dieu fait : il donne le Royaume à ceux qui lui font confiance, et il rassemble en Christ ceux qui étaient séparés.

La suite de notre réflexion devra donc aller plus loin : si ceux qui appartiennent au Christ forment un seul peuple, comment comprendre la résurrection, l’immortalité, l’incorruptibilité et la transformation du corps dont parle Paul en 1 Corinthiens 15 ?

C’est probablement là que la doctrine des deux espérances verra son dernier pilier s'effondrer.

Sources

  • Joseph A. Fitzmyer, The Gospel according to Luke X–XXIV, Anchor Bible 28A, Garden City, Doubleday, 1985.

  • François Bovon, Luke 2 et Luke 3, Hermeneia, Minneapolis, Fortress Press.

  • Joel B. Green, The Gospel of Luke, New International Commentary on the New Testament, Grand Rapids, Eerdmans, 1997.

  • John Nolland, Luke 9:21–18:34, Word Biblical Commentary 35B, Dallas, Word Books, 1993.

  • Raymond E. Brown, The Gospel according to John I–XII, Anchor Bible 29, Garden City, Doubleday, 1966.

  • D. A. Carson, The Gospel according to John, Pillar New Testament Commentary, Grand Rapids, Eerdmans, 1991.

  • Craig S. Keener, The Gospel of John: A Commentary, Peabody, Hendrickson, 2003.

  • Herman Ridderbos, The Gospel according to John: A Theological Commentary, Grand Rapids, Eerdmans, 1997.

  • Andreas J. Köstenberger, John, Baker Exegetical Commentary on the New Testament, Grand Rapids, Baker Academic, 2004.

  • Andrew T. Lincoln, Ephesians, Word Biblical Commentary 42, Dallas, Word Books, 1990.

  • Ernest Best, Ephesians, International Critical Commentary, Edinburgh, T&T Clark, 1998.

  • Peter T. O’Brien, The Letter to the Ephesians, Pillar New Testament Commentary, Grand Rapids, Eerdmans, 1999.

  • Andreas Dettwiler, L’épître aux Éphésiens, Université de Genève.

  • N. T. Wright, Paul and the Faithfulness of God, London, SPCK, 2013.

144 000, Évangiles, Exégèse, Chrétiens oints, Témoins de Jéhovah, Grande foule, Royaume de Dieu